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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

Ce genre d’ambiguïté était inévitable, voilà tout, cela n’avait rien à voir avec ce besoin impérieux qu’il avait de Reine, d’être son compagnon fidèle, son chevalier en titre, pour Nora, il lui suffisait d’être clair, de ne jamais la laisser espérer et peu à peu ce serait une soeur formidable.

 

Une soeur choisie, d’ailleurs c’était cela, elle lui prenait la main comme un frère et une soeur qui ont été longtemps séparés, ou qui n’ont jamais été séparés, "Alors, tu rêves beau brun, t’es ou Arthur, coucou, on est là nous", elle en profita pour lui reprendre la main, tendre.

 

Alors ce n'est plus moi ta sœur, mais Dominique, tu as éclaté de rire en me disant que ce n'était pas possible mon truc, on se fait la famille que l'on se choisit me disait toujours Pierre Selos, tu ne pouvais être mon amante, j'aurai aimé que tu sois ma sœur, tu n'as rien voulu.

 

La soirée continuait, puis au bout de deux ou trois tournées, certaines payées par les habitués, d’autres par le patron, le reste partagé entre eux au coup par coup, ils changeaient de bistrot, cela permettait au cercle de se recentrer et de se réorganiser, de respirer et de pisser.

 

Et au bout de la main de Nora, Arthur conservait toujours le privilège de sa place réservée, parfois, sur le parcours des bistrots où ils suivaient la traîne des deux soeurs, certains décrochaient, soit ils n’avaient plus d’argent, soit il se faisait tard, soit ils risquaient de rentrer à pied.

 

Peu à peu le groupe s’amenuisait, jusqu’à ce que Arthur se retrouvât seul avec elles au beau milieu de la nuit, alors elles allaient travailler sur le journal dans les locaux déserts de "Confluence", la scoop de photocomposition où travaillait Nora, l'équipée devenait nocturne et fabuleuse.

 

Elle faisait de la saisie au kilomètre sur un micro-ordinateur, c’était là le nouveau job de l’ancienne dactylo, rien de globalement excitant, mais elle travaillait à ses heures, disposait des clés des locaux en permanence et d’un salaire égalitaire sympathique et nécessaire en fin de mois.


Nora alors s’agitait, rapide, précise, efficace, elle tourbillonnait une heure ou deux, corrigeant les textes saisis, les éditant en longues bandes justifiées, les découpant, les recoupant, les collant, un double décimètre en permanence à la main, elle finissait les dernières feuilles.

 

Elle réglait les derniers problèmes soulevés par le format des photos, recentrer, aérer, trouver encore le thème d’une ultime feuille, traquer les fautes oubliées et pouvoir porter le tout à l’imprimerie, il restait encore quelques nuits blanches à se taper, mais cela prenait forme.

 

Pendant ce temps, Reine mettait la dernière main à sa feuille de bande dessinée et crayonnait, Arthur découvrait le monde du papier, de l’extérieur, les deux sœurs en l’entraînant derrière elles le raccrochaient à tout un monde de réalisations que jusqu’alors il ne soupçonnait pas.

 

Il se retrouvait en plein vibration, avec l’envie de tout voir, tout découvrir, tout réinventer, puis attendant Nora classant méthodiquement les "prêts à imprimer", "à corriger", "à justifier", Reine venait s’asseoir sur ses genoux, il était incrédule, tête contre tête ils dessinaient.

 

Dominique préférait s'en amuser à s'en étourdir, voilà, joli, corps contre corps, et tu vas attendre encore, jamais ne saisiras, alors elle se lèvera et partira, comme moi, mais tu me serinais sans cesse que tu n'étais pas disponible, tes garçons plus âgés que tu embrassais sous mon nez.

 

Arthur alors se disait que toutes ces chances étaient conservées, il lui suffisait d’être patient encore, toujours patient, pour Arthur ce mot là n’avait d’ailleurs pas la même valeur que pour beaucoup d’autres, on dit de quelqu’un "il est patient", on laisse entendre "il n’est pas normal".

 

Il n’est pas fait du même moule que tout le monde, personne ne saurait l’en blâmer véritablement, mais c’est comme si l’on disait "gentil", cela marque un homme dans le sens d’une particularité bizarre, sans être excessif, on considère que ce gars là doit rester tranquille.


Il ne doit ne pas s’occuper d’autres histoires que les siennes, ne pas se plaindre de ses misères, tout au plus, en désespoir de compréhension, après l’avoir bien eu en pitié l’admirera-t-on, Arthur tenait la patience en très haute estime, c'était son histoire, mais il ne le savait pas.

 

Il y a ceux qui sont du côté du manche et qui ne patientent pas, Oui Dominique, tu es du côté du manche, tu le souhaitais comme cela, tu avais programmé toute ta vie en une série de remarques le long des couloirs du Lycée, si je l'imagine, ce doit être triste, nul besoin de m'écarter.

 

Je suis ce looser que tes magazines réactionnaires comme Libé ou Actuel vilipendent, mais sans moi ou des gens comme moi, il n'est nulle société, juste des barbaries juxtaposées, Dominique, un jour tu devras regarder en arrière, ton présent te pèsera tellement, comment te reconstruire?

 

J'étais sage et bon enfant, je suis devenu guerrier des causes perdues, je murmurais des plaisanteries pour faire esclaffer la classe, je prend la parole en hurlant parfois, et souvent on applaudit mais on ne rit pas, et toi Dominique, courras-tu toujours après l'éphémère gloire et l'argent des puissances?

 

Dominique, ne le disait-tu toi-même, les fées se sont penchées sur ton berceau, et un vieux fond de puritanisme familial t'as appris que le seigneur souhaitait que l'on fit fructifier ses cadeaux de naissance, mes fées étaient en blouse blanche et mon berceau était un dortoir collectif.

 

Un jour l'être humain respectera l'être humain, il n'y aura plus de bon côté du manche et les rapports des uns avec les autres cessera d'être sado-masochiste, pour reprendre ton expression favorite, oui, mais en attendant autant être à la bonne place, non? Dominique défendait ses positions.

 

Tout dépend ce que l'on appele une bonne place dans le carnage, chacun décide en fonction de son directeur de conscience personnel, c'était aussi une de ces trouvailles serinées de Dominique Premier, elle avait son directeur de conscience personnel, pourquoi ne voulait-elle pas le revoir?

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