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Publié par Christian Hivert

006Pour que le processus puisse tirer l’humanité de l’obscurité, il fallait qu’il s’impose, se renforce et s’étende. Il n’y avait pas le choix. Si pour cela il fallait briser les structures économiques d’un pays fanatisé derrière son tyran, alors tant pis. La reconstruction prendrait, prenait du temps mais grâce aux programmes de kouchnérisation, les populations démunies pourraient survivre, peu à peu se faire défanatiser, et reconstruire leur pays sur le modèle exemplaire du processus. Jojo, franchement, ne voyait pas d’autre solution ! En attendant, Jojo savourait ses moments.

De temps à autre il se sentait un peu seul et désoeuvré, alors il s’occupait de son bien-être avec la plus minutieuse des attentions. Ce soir peut-être irait-il à cette soirée privée où sa cousine l’avait invité. Comme cela il n’aurait pas à se faire à manger lui-même, et puis ça le changerait un peu de ces soirées passées seul à pianoter sur son visiocom pour d’éphémères rencontres entre câblés du réseaux de télé-convivialité. Elle était un peu fofolle sa cousine, toujours à la traîne de personnages les plus marginaux et les plus extraordinaires qui soient. Une ribambelle de peintres, poètes, rebelles et contestataires en tout genre. En général, il s’éclatait bien parmi eux, et puis ça ne prêtait pas à conséquence.

Peut-être y reverrait-il Marion ! Il avait déjà vu des jolies filles, mais jamais son appétit libidineux ne s’était autant aiguisé qu’à son contact. Ce n’est pas qu’elle puisse prétendre rivaliser avec les courbes parfaites des filles de cristaux liquides qui s’affichaient sur les panneaux publicitaires, mais dés qu’elle lui apparaissait, c’était comme si son sang se mettait à faire des folies dans ses veines.

Son seul problème était de réussir à retenir son attention. Comme elle était un peu artiste, sculpteur entre autre, il avait bien tenté de potasser des revues d’art sur son écran, mais ça l’avait passablement endormi. Et il avait déjà deux ou trois fois eu du mal à soutenir une conversation intéressante sur ce sujet. Si l’occasion se représentait il faudrait qu’il trouve autre chose.

Mais quoi ! La dernière fois, il avait appris incidemment que la belle fréquentait les entrepôts et les bureaux squattés par les artistes dans le quartier en réfection de l’Opéra. Pourquoi ne pas se prendre d’intérêt pour ces lieux si « fascinants par leur côté sauvage et la perversité de leur utilisation ».

Tiens, à voir, il faudrait peut-être qu’il tente une incursion de côté là. On ne sait jamais. Sa décision du coup était prise. Il irait à cette fête où il avait été invité. Marion, cependant, loin de se douter à quel point elle poussait à la réflexion les garçons qu’elle croisait était en train de bien se prendre la tête à coller un nénuphar en résine algophtylique sur le front d’une sculpture de bois qu’elle venait de finir. Le titre en serait « idée absconse » mais pour le moment cela ne tenait pas.

Elle fit une nouvelle tentative, puis laissa tout tomber pour aujourd’hui. Il faisait beau et peut-être que Pat-Lou passait l’après-midi dans son atelier. Ses petits seins durcirent d’un coup à l’idée d’aller le surprendre et que là dans quelques minutes si elle le souhaitait elle se ferait prendre, couchée dans la sciure de l’atelier, sous le regard impavide du vieux moustachu du sixième en face, dont la fenêtre se reflétait dans la monumentale glace de l’armoire sur laquelle travaillait justement Pat-Lou. Il suffisait de.....

Pat-Lou était bien là, mais le vieux n’était pas à sa fenêtre. Elle le quitta au bout de quelques instants et s’en fut en baguenaude rêveuse le long des rues. Elle avait une décision importante à prendre pour sa vie et cela la hérissait de partout. Décidément rien n’était simple. Rien n’avait jamais été simple pour elle et rien ne le serait jamais. Mais il fallait qu’elle arrive à se décider et vite, l’échéance était fixée à la fin de la semaine. D’ici là il fallait qu’elle prépare sa réponse, et depuis des mois elle tergiversait.

Voyons, qu’est-ce qui était le plus important pour elle ! Jusqu’à présent elle avait toujours mené sa vie à tâtons, sans trop y réfléchir, sans pour autant faire n’importe quoi, mais aucun choix qu’elle avait fait n’avait présenté d’engagement total, en profondeur comme celui qu’on lui demandait de faire maintenant. Elle n’arrivait pas à s’y résoudre. Si elle suivait sa logique de vie, ses principes, ses engagements moraux, elle ne pouvait pas reculer, il fallait qu’elle accepte.

Si par contre elle suivait son instinct, son caractère, ses lubies et ses fantasmes, si elle n’était pas prête à rompre avec ses envies de l’instant, si elle ne se sentait pas de se contraindre à une trop grande discipline de vie, il valait mieux qu’elle refuse, incontestablement. Mais en refusant, elle heurtait profondément son éthique personnelle. Pourrait-elle vivre comme cela. Jusqu’à présent le problème ne s’était jamais posé .

Elle avait toujours pu mener ses bagarres, ses luttes sans se contraindre, en continuant sa vie de plaisirs, sans jamais se refuser quoi que ce soit que son corps ou son âme n’ait envie. Alors pourquoi maintenant. Qu’est-ce qui ne collait pas ? Elle marchait lentement en ruminant et plus elle ruminait, plus elle s’embrouillait, mais la réponse, claire et lucide, survenait.

Comme elle passait devant la gare St Lazare elle eut une idée qui peut-être aiderait à la résolution de son tourment. Grâce à sa carte « travailleur toutes zones », elle pouvait se rendre partout où elle voulait dans toute la région Ile de France, sans achat supplémentaire de crédit transport, ni justificatif de déplacement. C’était un privilège assez peu partagé, mais avec des parents cadres à la Société Publique de Transports Urbains, cela n’avait rien d’extraordinaire. Depuis la grande rationalisation et les petites qui en découlaient, il était devenu très ardu pour tout un chacun de pouvoir circuler où bon lui semblait.

Des postes de contrôles électroniques étaient installés partout et seuls ceux qui étaient munis des cartes d’autorisation d’utilisation du transport public pouvaient les franchir sans risque. Peu à peu la rationalisation de l’utilisation des transports public s’est mise en place. A chacun une autorisation en corrélation avec son activité et son utilité dans la société. De la même manière avait été rationalisée la circulation automobile.

Seuls pouvaient emprunter les tunnels automobiles à bord d’un véhicule privé ceux qui occupaient un rang supérieur et avaient une activité indispensable au processus. Selon des critères déterminés par les gros ordinateurs processoraux et la caste de ceux qui les géraient. Les autres se contentaient de remplir les wagons dans les tunnels ferroviaires de transports urbains. Et leurs autorisations de transport, en dehors des va-et-vient domicile-lieu de travail étaient déterminés en fonction de la catégorie socio-professionnelle à laquelle ils appartenaient. Pour exemple un père de famille, travailleur de classe A, (travail sans responsabilité ), la plus répandue, ayant de la famille dans l’agglomération des trois Paris avait une autorisation pour un aller-retour par week-end.

S’il en désirait plus il devait faire une demande spéciale et remplir un dossier avec justificatifs, les frais de transports supplémentaires (très élevés) étant déduits automatiquement de son crédit salarial mensuel. Tout un système complexe de dérogations et d’exonérations pour les situations les plus diverses assuraient un minimum de fluidité à l’ensemble. Mais, là, Marion, elle, n’avait pas de souci à se faire de ce côté là, ce qui était très agréable.

Elle pouvait se rendre où elle voulait dans les limites horaires de circulation soit de 5h du matin à 1h du matin tous les jours. Elle en profitait. Et ce privilège représentait justement une partie du problème qu’elle avait à résoudre. Au moment où Marion montait dans le train, Jojo se leva et s’étira et Omar de la bande des Milles, l’un des seuls qui puisse se dire ami intime avec Miro, sortit de la salle de prière, comme chaque jour à la même heure, régénéré. Lorsque Marion débarqua, parmi la cohue des travailleurs des cité-bidons, à la gare de Mantes-cités, le contraste la chopa aux tripes.

Ca faisait longtemps qu’elle n’était pas venue traîner ses guêtres par ici et c’était vraiment saisissant. Sa mémoire l’aida à se réadapter à ce qu’elle voyait. Mais comment les gens qui vivaient là pouvaient-ils l’endurer. Cet espace morne et bétonné. Ces grilles de protection autour de chaque barre de logement et ces gardes avec leurs chiens, c’était tout simplement délirant. Elle se demandait si les gens qu’elle venait voir allaient la reconnaître et vouloir l’aider . Elle était bien consciente qu’elle avait un style de vie beaucoup plus paisible, et que l’on pouvait bien lui en vouloir, lorsque l’on n’avait rien d’autre que son instinct de conservation pour survivre.

Le seul dont elle était sure de pouvoir le trouver c’était Alfred , vu qu’il venait trimbaler sa trombine régulièrement dans les squatts radicaux de Paris, elle avait son contact, il pourrait la guider. Mais en même temps, si elle s’adressait à lui, elle éventait un peu du secret qu’elle se devait de garder pour elle. Et ce crétin d’Alfred avait tellement le désir de se rendre utile pour se faire voir que c’en était louche.

Si les psychopols ne l’avait pas déjà repéré et catalogué, c’est que vraiment leur réputation était surfaite. Mais cela, elle ne le croyait pas. Mais en même temps le fait que cet Alfred soit si crétin et si répertorié comme crétin pouvait être une protection. Si seulement elle pouvait se passer de lui pour atteindre Omar. Il n’était pas question qu’elle aille l’attendre à la Mosquée, trop d’yeux indiscrets et curieux la dévisageraient et tenteraient de se renseigner. Il ne fallait pas qu’elle se fasse repérer ni par les islamistes ni par les Dogues. Et comme Omar fréquentait les deux, c’était pas mal coton.

Elle avait bien pensée à se maquiller, se déguiser, mais trop en faire était bien des fois pire que de ne pas prendre de précautions. La nage en eaux troubles demandait beaucoup de doigté pour passer inaperçu. Mais elle savait faire. Elle se dirigea d’un pas décidé vers l’immeuble qu’Alfred lui avait indiqué à deux pas des barres de travailleurs. Il faudra qu’elle affronte la fameuse Samira qui viendra la flairer à coup sûr. Mais ça ne la dérangeait pas , au contraire un peu d’amusement pervers lui ferait du bien. Samira avait horreur qu’une belle fille traîne dans se parages, à moins qu’elle n’en ait besoin. Et Marion avait horreur des reines.

Sa figure préférée était le cavalier. Le cavalier qui galope librement et fièrement, ou encore le fou distrayant comme Jojo, ou encore la tour solide et imprenable comme Omar. Mais pas la reine avec ses privilèges. A cause de ses privilèges, justement ! Elle avait en horreur ces individus qui se permettaient de régner au milieu de leur petite cour. Mais s’il fallait se servir d’eux et si c’était pour la cause, il n’y avait pas le choix. L’ascenseur fonctionnait, c’était déjà cela.

C’est vrai qu’au niveau de la bidouille c’était de bons artisans ! Si seulement ils pouvaient comprendre un jour que cela ne rimait à rien de se construire ces petits privilèges , que le monde en crevait de ce genre d’arrogance et de ces comportements faussement rebelles, réellement envieux ! Mais là-dessus les bannis avaient certainement raison. Tant que pèserait la chape de domination du processus, les rapports humains ne pouvaient vraiment progresser. La seule chose dont elle n’était absolument pas certaine, c’est la confiance qu’avaient les conspirateurs dans l’insurrection programmée.

S’ils se plantaient, la tuerie générale qui s’ensuivrait forcément ne servirait à rien et le processus renforcerait son pouvoir pour des années encore. Et elle ne voulait pas participer à un fiasco pareil. C’est pour cela qu’elle avait besoin de l’avis d’Omar. Avant de prendre toute décision. L’ascenseur s’était arrêté à l’étage. Elle entendait le claquement d’une porte au fond du couloir, instinctivement elle bondit se cacher dans le réduit à ordures ménagères. C’est quand elle vit Farid, le jeune frère d’Omar s’engouffrer dans l’ascenseur qu’elle bondit à nouveau le rejoindre en lui faisant signe de se taire.

Les portes se refermèrent et l’ascenseur redescendit. La chance était de son côté, tout allait bien. « Mais tu es Marion, dis-donc ça fait bien au moins... » « Oui, ça fait au moins... c’est cela. S’il te plaît, ne me vieillit pas , soit gentil ! » « Tu venais pas à l’appart ? » « Non, enfin si, mais c’est très bien comme ça, il faut que tu m’amènes discrètement à Omar ! » « Rien de plus simple ! Pour Marion et pour Omar, à votre service ! » Il sourit de toutes ses dents.

Elle le trouvait furieusement à son goût, tout comme Omar quelques années plus tôt. Si l’ascenseur avait une panne, c’est pas elle qui s’en plaindrait. « Et mais tu sais, c’est Omar qui va être content. C’est sacrement chouette d’être venue. Je me souviens bien de toi. Comme si c’était hier ! » « C’était hier, non ? » Il sourit à nouveau. En voilà un qui avait bien fait de grandir. Elle sentit à nouveau l’envie lui caresser les seins, elle frissonna. Mais c’était pas pour la gaudriole qu’elle était venue.

L’ascenseur les libéra au rez de dalle et ils sortirent. « Alors, quel bon vent t’amène ? » « J’ai encore besoin de conseils du grand frère » « Ah ! bon ben, ça me regarde pas après tout, allons-y. C’est pas loin ! » « Il est toujours surveillé ? » « Comme si, comme ça, pas en ce moment, je ne pense pas ! » Ils cheminèrent en silence un moment, puis arrivèrent. Omar préparait le thé de fin d’après-midi.

Il n’eut que le temps de poser sa théière pour la recevoir dans ses bras. « Oh, petite soeur, petite soeur, tu es venue ! » Farid s’éclipsa.

Extrait de "Ne peut-être vendu" Roman copyleft disponible à NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc Christian Hivert Paris Squats 1990-Chine 1995
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