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Publié par Christian Hivert

Programmes, libelles et manifestes voyaient le jour. De grands meetings avaient lieu.

Mais la plupart des gens ne se prononçaient pas, ne savait pas. Des empoignades avaient eu lieu et personne n’avait vraiment bien compris. Chacun réagissait par à coup en fonction de ses convictions, ses motivations, ses intérêts. La solidarité, malgré des divergences d’opinion, subsistait et l’armée du midi, tentant de rejoindre l’armée du centre piétinait dans la vallée du Rhône. Lyon et tout ses environs étaient depuis longtemps protégés par un parapluie de détection de charges explosives. Ce qui fait que là également, les armées processorales s’efforçaient de s’avancer par des moyens de lutte anti-guerilla.

Mais bien souvent la population soutenait les rebelles. Ou en tous cas ne soutenait pas les forces processorales. Les affrontements et accrochages divers avaient malgré tout fait deux à trois mille blessés et cent cinquante trois morts à ce jour. Bien souvent les armées étaient obligées de libérer le lendemain sous la pression populaire les quartiers qu’elle avait réquisitionné la veille. En attendant, sur les indications de certains mouchards, ils procédaient à des arrestations et à des exécutions. Mais très peu en fait sur la globalité. Ils préféraient de loin se faire passer pour des libérateurs.

Pour la propagande, ils avaient monté plusieurs opérations de sauvetage de quartiers résidentiels à grand renforts de blindés, hélicos, et de camions de déménagements. Les rebelles en rigolaient à se tordre de douleur. L’armée procédait elle-même à l’expulsion des « friqués » de l’endroit. Ils pourraient bientôt être tranquilles sur tout le territoire.

Mais n’empêche que les rebelles n’en menaient pas large, quand ils voyaient avec quelle facilité l’armée investissait un quartier et  y imposait sa loi pendant plusieurs heures, avant, il est vrai de céder le terrain devant la manifestation émeutière de protestation qui ne manquait jamais de prendre rendez-vous pour le lendemain.

Ces mouvements de troupes, où rien de vraiment décisif ne se déroulait, ne faisaient que peu de dégâts par rapport à l’ampleur du territoire couvert à chaque fois et au nombre élevé de personnes engagées dans ces opérations. Mais c’était là l’une des stratégies des forces de répression. Montrer constamment la supériorité de l’éfficacité militaire.

Montrer que l’armée pouvait attaquer où elle voulait et quand elle voulait. Puis elle se repliait. En sachant bien qu’en face, les dix à vingt-mille manifestants qui se déplaçaient à chaque attaque surprise, s’épuisaient, aspiraient à la tranquillité, sautaient de moins en moins vite dans les transports en commun réquisitionnés par le conseil de coordination et d’autodéfense.

 

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