Le Cyrano Pigalle
— Mais yen a marre de toutes vos réunions ! On a aussi besoin de s'amuser, et pour s'amuser, tant qu'on a pas changé le système, il faut du fric, c'est un moyen de faire du fric qui est à notre disposition, si c'est juste rapport au sexe on s'en fout, maintenant tout le monde fait ce qu'il veut ! Chaparov défendait sa nouvelle idée d'activité, affirmait son désir d'autonomie.
Arthur baissait la tête. Il voulait bien reconnaître que les réunions n'étaient pas bien efficaces, mais le moyen de faire autrement ? Il fallait bien se réunir pour évaluer un projet avant de le mettre en œuvre et de se répartir les taches ; tout le monde ne voulait pas la même chose, dans le collectif peu étaient clairs voire même motivés : le squat n'était qu'une sorte d'hôtel.
Cela faisait des semaines que tous les plus jeunes de l'extérieur se réunissaient pour parler de construire des box de répétition, mais leur degré d'autonomie bloquait sur l'approvisionnement en matériaux de construction. Certains parlaient de voler des chantiers non gardiennés la nuit : qui a un camion ? non mais j’ai pas le permis : ils parlaient, le collectif se moquait.
Ils se regardaient tous, étaient collectivement démunis, roulaient des pétards, savouraient leurs canettes de bière, maculaient les murs blancs. Puis l'un d'eux proposait d'aller visiter un chantier, tous se mettaient en branle : on les voyait revenir deux heures plus tard, tout excités, déçus, et leur affaire n'avançait pas ; les sous sols restaient déserts : ils parlaient.
Un jour, l'un d'eux vint beugler ses prouesses en exhibant une tôle ondulée de plastique — déclenchant force de raillerie sur son coefficient d'isolation, son utilité constructive même — ; elle fut déposée le long d'un mur d'un des box jamais construits et y resta, inemployée, jusqu'au jour de l'expulsion du squat : figura sur une vidéo, lors d'un concert.
Les mêmes luttaient d'artifice et de verve pour focaliser l'attention sur eux, dans une compétition joyeuse de slogans, graffitis et autres morceaux de bandes dessinées, à la façons d'un fanzine punk permanent et interactif : de l’underground assumé en lieu clos et sans danger. Il valait mieux voir l'ensemble comme un espace de diversité, de liberté de création.
Les réunions se finissaient souvent dans des libations alcoolisées et le lendemain Arthur n'était pas en grande forme, alors il se levait tard et la tête dans les brumes, dans ces après midis là des envies de vertige et de frissons le prenaient en entier : le vin du soir rend libidineux, les après midis du lendemain Arthur se levait et préparait sa promenade licencieuse.
Son sexe n'était pas encore en érection sous ses vêtements et Arthur commençait à chercher le moyen de le durcir longtemps par quelque situation émoustillante, il rejoignait le boulevard, il y avait un square pas loin où des recoins permettaient une impudeur discrète, bien plus lorsqu'il n'y avait personne au début de l'après midi, ce qui était le cas ce jour.
Arthur sentait son ventre se contracter comme lorsque l'on a peur devant quelque chose, il savait qu'il devait forcer sa nature timide, il ne s'était jamais fait surprendre, mais. Par volutes douces et âpres l'adrénaline l'envahissait jusqu'à la tête, lui donnant un léger tournis, les restes d'ivresse de la veille se mariaient aux frissons intérieurs, Arthur avait peur, c'était bon.
Rien qu'à y penser il en rougissait seul et les souffles d'air chaud le lui faisait sentir comme s'il eut reçu une gifle récemment, son gland commençait à picoter et à grossir dans le slip très serré qu'il avait mis, son membre serait bientôt à l'étroit, une chaleur amie montait en haut de ses cuisses comme s'il eut été caressé, il ne sentait pas encore la goutte chatouiller son pénis.
Le portail grinça, c'était parfait, cela l'avertirait de toute nouvelle entrée dans le square. En quelques pas il se rendit compte que l'endroit était désert, de l'autre ôté des haies de troène, les passants fatiguaient l'asphalte en se parlant parfois, en fermant les yeux on eut pu croire qu'il n'y avait pas de haie ni d'interdit moral, ni d'attentat à la pudeur, les voix étaient spectatrices.
Puisqu'il n'y avait personne Arthur en profita, les troènes produisaient des longues tiges, c'était leur saison, bien souple et légèrement épaisses, il en brisa une qu'il débarrassa de toutes feuilles, il essaya son effet fouettant sur la paume de sa main, c'était en même temps incisif et cuisant profondément, les marques seraient larges et la sensation serait durable.
De l'autre côté de la haie des voix se rapprochèrent et stagnèrent à moins de deux mètres de lui, les passants cela s'arrête aussi parfois, ils ne pouvaient absolument pas le voir mais ils pourraient l'entendre, il libéra son sexe tendu d'excitation de son slip et baissa le tout aux chevilles, ses tempes réceptionnaient l'afflux sanguin si soudain comme un tambour sa baguette.
Au premier coup de badine sur ses fesses nues, il avait frappé fort et avait sursauté, il se tortilla et se redressa, les voix ne se faisaient plus entendre, avaient ils reconnu le sifflement caractéristique d'une badine en l'air s'apprêtant à frapper suivi du claquement bref de la rencontre avec la peau offerte et consentante, la marque faisait un bourrelet sous ses doigts caressant.
Son sexe était plus que tendu à l'air libre, des souffles d'air le faisait vibrer par spasme réguliers, cette sensation ravissait Arthur, il se débrouillait pour faire durer son érection le plus longtemps possible, parfois en continuant de fesser jusqu'à la sensation qu'une goutte fuitait de son sexe, ce jour il réajusta son slip serré en y fourrant de force son membre durci.
Une telle érection pouvait lui faire l'après midi, il était jeune et en bonne santé, Arthur sorti du square sous l'œil goguenard d'une jeune femme qu'il n'avait pas entendu entrer, ou il l'avait loupé en faisant son inspection, le portail n'avait pas grincé, heureusement qu'il n'avait pas fait une fessée complète, la marque était chaude et sensible, son érection durerait longtemps.
Son bas ventre contraint gênait un peu sa démarche et devenait endolori, c'était son épreuve, Arthur retrouva les boulevards en adaptant sa démarche au mieux à cette cruauté affectueuse qu'il s'infligeait, trouva une vitrine de magasin avec un bon reflet, poste d'observation idéal pour une surveillance discrète des allées et venues, personne ne pense jamais aux reflets.
La bosse de son pantalon était à peine visible. Ayant fait semblant de s'intéresser aux marchandises exposées un certain temps, il vit des jeunes femmes entrer dans la bouche du métro, ce serait parfait. Arrivé sur le quai, il prit soin de ne pas trop s'approcher, l'une d'elle était très belle, il lui suffisait adroitement de s'asseoir non loin d'elle dans le métro.
Tout le temps du court trajet Arthur sentait son érection durer, ravivée du spectacle à l'insu de son gré de cette femme au visage parfait pour Arthur, il la voyait de face à deux rangées, et dans les reflets des vitres du métro de part et d'autre, il pourrait donc ne jamais cesser de la voir sans jamais lui imposer l'offense du moindre regard insistant.
Maintenant il devait se concentrer, il ne regardait jamais directement mais à la dérobée, et attendait que la femme regarde dans sa direction, il se passait alors un bout de langue sur les lèvres les humectant avec un air fautif, observant une réaction éventuelle de la belle inconnue, ses fesses étaient encore chaudes et la marque était toujours sensible comme si elle fut récente.
Il lui sembla qu'elle lui répondait ou était-ce une coïncidence ? Elle salua ses copines et se leva pour sortir, en passant devant Arthur elle eut un petit sourire. Depuis quelques minutes Arthur serrait fort ses cuisses pour comprimer au maximum son sexe prisonnier, tout en restant parfaitement immobile et impavide. Il se mit à rougir jusqu'à la racine des cheveux.
La belle sortit alors que Arthur éjaculait dans son pantalon. Arthur n'allait pas se mettre à suivre des inconnues, il avait joui, il regarda la jeune femme bien mise disparaitre au loin sa cravache de cavalière dépassant de son sac, les vibrations de l'éjaculation s'estompaient hormis quelques spasmes de tout le ventre, son sexe trempé de sperme et son slip commençaient à refroidir.
Le liquide au départ chaud devenait en coulant doucement jusqu'au creux de ses bourses et de l'attache de son membre recroquevillé froid et gluant, Arthur se sentait souillé, des gouttes continuaient de couler le long de son membre et le chatouillaient, dans le wagon semble t il personne ne s'était rendu compte de rien, il fermait les yeux et se détendait.
Il était bien, les vapeurs du vin de la veille s'évacuaient, il flottait un peu jusqu'à la station suivante et rentrait chez lui en se promenant à pied par rues et ruelles ainsi qu'il en avait pris l'habitude dès son adolescence, Chaparov avait raison, tant qu'il n'y a aucune contrainte chacun son sexe, mais quand même La dérobade venait de sortir au cinéma.
Arthur dérivait depuis si longtemps, puceau libidineux, idéaliste sans Rossinante, cette question que lui avait posé Chaparov lui faisait revenir en mémoire par vagues mordorées de multiples étapes de son périple d'aventures clochardisées et néanmoins militantes, la prostitution des esprits n'était elle pas plus toxique et répandue que celle des corps ?
Les originaux et marginaux composaient la colonne vertébrale du Cyrano — petit bar à quelques pas de la place de Clichy — et se démarquaient du reste des clients par des conduites insolites. Arthur venait de passer devant et par les vitres éclairées il avait pu voir l'agitation braillarde de ces blousons noirs aux attitudes punks, Pierre Selos habitait à deux rues de là.
Parmi les piliers, les punks : Nonoss, Scorbut, Smurf, et Bloody étaient facilement identifiables, leurs noms étaient régulièrement beuglés d'un bout à l'autre du bistrot et de ses trottoirs. Leur spécificité d'apparence agressive créait une distance liée à la crainte, puis on repérait que ce n'était pas fondé, leur image était seulement décalée et surprenante.
Arthur les enviait, leur liberté de choquer et de se moquer était rafraichissante à ses yeux, c'était par là qu'il fallait qu'il dirige ses pas, pour le moment il ne faisait que flâner, minuit était dépassé, le tabac de la place de Clichy réalisait à cette heure tardive ses plus grosses ventes de la journée, n'étant guère que le seul ouvert, on venait de tout Paris s'achalander.
De l'autre côté de la place un petit chapiteau de cirque, une baraque, abritait un spectacle d'effeuillage, et une queue masculine attendait d'entrer sous les lourdes tentures, un aboyeur précisait au cul messieurs, au cul mesdames, aucune hésitation, Arthur découvrait un monde inconnu, une réalité étrangère, explorant les contours de son monde protégé bordé de ouate.
Ses escapades nocturnes avaient commencées beaucoup plus tôt, il n'avait pas quinze ans, ses parents étaient en déplacement :
— Tu es gentil, toi, je t'offre un café chez moi ?
Le nord-africain le toisait, n'était-il pas sorti de chez lui en pleine nuit pour faire des rencontres nouvelles ?
— Oh oui, merci monsieur, je ne veux pas vous déranger.
— Cela me fait plaisir, au contraire, rencontrer un petit jeune audacieux et curieux, c'est bien cela.
Le type d'une cinquantaine d'années souriait sous sa moustache.
— Quel âge as tu ?
— J'ai presque quinze ans Monsieur.
— Ah, et tes parents savent que tu es là ?
— Non ils sont partis à la campagne, je suis resté pour réviser, je ne leur ai pas dit, ils ne savent rien. ils étaient arrivés devant un hôtel pauvre et décrépi.
— C'est là ne fait pas de bruit.
Le café fut servi et le type changea, il ricanait en montrant son entre-jambe, puis il avança la main vers l'entre-jambe de Arthur, en se levant comme pour l'embrasser, Arthur se rua et dévala à grandes enjambées jusqu'à la rue, reprit son souffle, il avait eu la peur de sa vie, combien étaient ils à ainsi aimer les corps des jeunes garçons ? Les dangers de la capitale ?

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