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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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Ils étaient devenus amis, sans lui Arthur n'aurait sans doute pas eu l'infini plaisir de connaître toutes et tous, il avait douze ans et une mortelle envie de ne pas en avoir plus, il allait tâter la température de l'eau sous les ponts de Paris, étudiait leur parapet, leur fréquentation, il rencontra Pierre et changea d'idée

 

Arthur était orphelin d'une révolution, il était né trop tard pour suivre efficacement et à un niveau de responsabilité les différents secteurs de luttes côtoyés, son esprit contestataire s'était nourri de toutes ces rencontres, il les avait admirés, mais il n'avait pas l'âge de les suivre.

 

Maintenant après un bout de vie insipide de prolétaire, il brûlait ses vaisseaux à nouveau, quittait sa chambre d'hôtel, son travail et rejoignait la zone, s'empêchant le moindre retour en arrière, comme lorsqu'il avait quitté son lycée et ses parents dés sa majorité légale, fuyant son rôle d'élite.

 

Ne pas pouvoir reculer, être obligé d'y aller par le nécessaire besoin de ne pas dormir à la rue, de ne pas crever de faim, la preuve irrévocable à ses yeux de la totalité de son engagement, insoumis, rebelle, squatteur, ces mots-là l'aspiraient, il en faisait un état, une nouvelle situation.

 

Cela faisait des années qu'Arthur entendait dire que la prochaine fois ce serait pire qu'en soixante-huit, et il ne se passait rien, les situations s'aggravaient, les quartiers se dévastaient, le mécontentement était général et la Gauche de pouvoir gérait le capital en amplifiant leur misère.

 

Alors il repensa à Reine, un jour elle passerait de nouveau, ils ne seraient plus fâchés, Nora avait réussi à partir, elle s'installait un temps à Mayotte, Reine avait quitté son studio, le laissant à son frère Momo et vivait avec Narco, elle se mettait à l'abri d'un revenu partagé, une alcôve.

 

Arthur repensait à tous ces moments où il s'était retrouvé seul avec les deux sœurs et avait humé avec délicatesse et profondeur son privilège, ses visites incessantes n'avaient-elles pas été en définitive pesantes, que leur avait-il apporté de neuf  chaque matin hormis les croissants rituels.


N'avait-il pas été lassant d'assiduité, s'il ne retournait jamais les voir viendraient-elles? Nora en avait assez de la vie Parisienne, son dernier projet était à l'eau, et le beau Narco ne voulait pas la suivre à la Réunion, elle y avait un contact sérieux pour être hébergée. Reine, la reverrait-il?

 

Elle n'avait cessé de lui manifester une affectueuse sympathie et elle éprouvait de l'attirance physique pour tous les autres. Arthur patientait après l'établissement d'une clarté dans ses rapports avec elle, une fois il avait régalé Reine, Nora et un nouveau venu au restaurant du quartier.

 

Ils passèrent une soirée fabuleuse et vinrent nuitamment égayer de leurs chansons kabyles le local du bar sauvage déserté. Reine partit au bras du nouveau finir dans son lit un duo corporel déjà nettement amorcé, Arthur s'écroula en larmes dans les bras de Nora, ne perdant pas espoir.

 

Et ainsi de soirée en soirée, de nuit en nuit, Arthur apprenait à découvrir plus en profondeur et en chaste intimité l'incarnation de ses désirs. Un matin, il l'avait trouvée seule au lever matinal, chez elle, elle se laissa flotter sur une vague de confidences, elle lui montra ses œuvres.

 

Dans un dessin au crayon de papier sur une feuille Canson elle avait figuré une jeune fille en robe noire, entourée d'hommes en cercle, exhibant leur sexe et se masturbant. Une bulle indiquait la pensée de la jeune fille "Ils bandent tous pour moi". Arthur fut abasourdi, la pauvre.

 

Il ne savait quelle pouvait être sa part de malheur et de souffrance, il la regardait se jouer de son sexe et de celui des autres, son ironie mordante était le reflet et l'aboutissement de sa gentillesse abusée, de ses émois mystifiés, elle faisait ce qu'elle savait, vivait la période permise.

 

Il semblait à Arthur que toutes les places et les postures des uns et des autres découlaient des besoins particuliers de la société dans son ensemble, on était là où de par sa naissance on se devait d'être pour remplir le destin prévu, tout était organisé pour être utile, pour un profit.


Reine s'agitait les fesses et stockait le sperme, provoquait des érections masculines en chaîne, elle jouait son rôle, un rôle nécessaire à l'époque de sa vie pour l'ordonnancement général du monde environnant, elle était l'exemple et la motivation des autres, elle rendait service.

 

Julio entre deux pintes de bières de luxe lui avait péremptoirement déclaré "Jean-pierre c'est mon frère , et je ne peut plus rien pour lui, il va crever, si je reste là , je replonge avec lui, je veux vivre alors je mme casse, tu ne me reverra plus, ne te fais pas bouffer, penses à ton Tchi, ciao."

 

Arthur venait à peine de se brancher un type intéressant et chaleureux que ce type se cassait et ne voulait plus voir personne, allait il rester là seul à se bourrer la gueule en attendant la levée tardive du jour de s zonards, n'avait-il pas mieux à faire que de s'embrumer des vapeurs d'alcool.

 

Arthur quitta Julio ce jour-là persuadé d'être sur la bonne voie, il était de nouveau disponible et sans attaches, libre, un soleil clair et lumineux réchauffait un peu cet hiver glacial ayant congelé leurs projets, tout piétinait, l'U.S.I.N.E. démarrerait-elle, tout était prêt, le projet était défini.

 

Il décida d'oublier Reine dans les bras de quelqu'un, Michèle les avait invités un jour afin de leur expliquer la marche à suivre pour squatter, et toute la soirée ils avaient été très complices, il résolut d'aller la trouver et de passer une soirée avec elle, Arthur allongea le pas, prêt à vivre.

 

Son envie frustre et inattendue ne lui avait pas laissé le choix, dans les joutes de paroles et les regards intéressés, dans les gestes croisés et les attentions échangées, dans les avances acceptées et les caresses rendues, dans le désir montant et le repas s'achevant, la volupté  s'écoulait.

 

Les enfants partirent se coucher et il aida Michèle à débarrasser la table, "Je ferais la vaisselle demain, laisses", il se retourna, sentit la chaleur de son corps proche, le trouble l'envahit, le secoua, le poussa, l'attira, ils se blottirent, l'un contre l'autre, à reprendre leur souffle, à se sourire.

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