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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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Après le concert, Arthur filerait chez Béa, quelques stations de métro, pour peaufiner les détails de l'opération, tout le monde étant sur place et prévenu, il ne suffisait plus que d'organiser l'éphémère, pour une nuit d'agitation discrète et au petit matin dix familles logées et quinze célibataires.

 

Tu renquilles aussi sec toi, mais Dominique, c'est le moment, c'est le sens de la dérive, jamais il ne faut mollir, dés que la situation le permet, je suis pour l'initiative, je t'ai déjà perdue, je n'ai jamais compris pourquoi, je n'ai plus rien à perdre, même pas la vie, comme nous nous aimions.

 

Arthur quitta le concert avant le départ du dernier métro, il lui fallait filer vite, il avait plusieurs choses à régler chez Béa, Rocky l'y rejoindrait, Jean-Philippe également, et l'équipe d'ouverture du nouvel immeuble, tout serait fait au cours de la même nuit, les familles de Maliens se tenaient prêtes pour le petit matin.

 

L'assemblée générale constitutive du Comité des Mal-Logés, bientôt dénommé par tous C.M.L., avait été un grand moment d'émotion, tous les mal-logés du quartier, habitants les taudis et les chambres à douze lits des marchands de sommeil ou les hôtels meublés étaient venus dirent leur volonté de s'unir.

 

Les militants tout vérolés de leurs prétentions organisatrices avaient été débordés par la vague spontanée, pour le moment ils étaient sonnés, ils se gobergeaient et tentaient de se faire voir un peu plus que la moyenne, mais la véracité des situations d'injustice sociale leur séchait le gosier.

 

Le responsable autoproclamé du soixante-sept avait eu beau essayé de plastronner, ses dossiers des familles calés sous le bras dans son sage et éternel cartable de cuir marron clair, il n'était pas à l'honneur et n'avait rien à proposer publiquement, il était loin de ses combinaisons téléphoniques discrètes.

 

Arthur s'était bien amusé, le concert avait réuni toutes les catégories socioprofessionnelles chères aux doctorants en sociologie anti-marxiste, ce qu'avant Bourdieu on nommait simplement le prolétariat du quartier, la future base sociale autonome du nouveau comité.


Ceux que la presse depuis quelques années nommaient les Autonomes pour leur prétentions abusives à constamment vouloir aller chatouiller les boucliers des C.R.S. en manifestation étaient perdus au milieu et éberlués, se grattant désespérément les neurones pour récupérer l'histoire.

 

Un jour ou l'autre on saurait par l'entremise d'une encyclopédie du révisionnisme de l'histoire à la petite semaine qu'un tel, chef d'organisation inexistante à ce moment-là, aurait été à l'origine de tout, maoïste depuis seize ans, au moment de la dissolution de la Gauche Prolétarienne en 1973.

 

Mais l'asphalte recouvrant les pavés parisiens se souviendrait, ce jour-là nulle organisation politique constituée ne fut à l'origine de la constitution du comité des mal-logés, seuls des pauvres et des inaperçus, des réprouvés et des réfractaires, des isolés et des déclassés, des exclus et des énervés.

 

Alors ton mode de vie te plait, c'est la liberté, moi j'étais programmée depuis mon enfance, et tu n'as pas voulu t'échapper, les dérives moi, je les calcule aux fonctions, matheuse, tu n'étais pas mauvais non plus, veux-tu avouer par là que j'étais meilleur que toi trois fois sur quatre ?

 

J'ai vu une professeure pleurer en apprenant ton départ du lycée et l'interruption de tes études, je sais Dominique, cela m'a été répété, et tes textes sur tout le hall du second étage, oui, ça nous a fait un choc, les interclasses étaient calmes, on était tous là en train de lire, je sais, je vous voyais.

 

J'ai été follement fière de toi, je sais, tu m'as sauté au cou après avoir traversé tout le hall en courant, quel courage tu as eu, quelle crise infernale j'ai vécu, j'en suis devenu fou, je quittais le lycée et je te quittais, je n'aurais jamais été disponible, j'avais ma carrière à construire, mes études à finir.

 

Est-ce la crise qui m'a fait prendre la décision, est-ce la décision qui m'a mis en crise, les spécialistes les meilleurs sont partagés, mais tu ne voulais pas de moi, alors rien ne me retenait plus, j'ai rejoins ceux qui savaient me dire je t'aime, et j'ai survécu, je ne crains plus rien, cette nuit sur les toits.


C'est le meilleur endroit en ville, la nuit sur les toits éclairés en rase-motte par les lumières d'en bas dans les ombres frissonnantes des oublis de la civilisation, avec les greffiers tachetés et rayés pour public, à voir le monde petit de haut, je flatte les étoiles et mon insolence leur parvient.

 

Pour cela il me faut accoutumer mes pieds à une démarche hasardeuse mais assurée le long d'une gouttière d'évacuation d'eau de pluie, laisser l'adrénaline endormir mon corps, lorsque l'odeur de l'ozone parvient aux narines et que le cerveau souri aux habits des événements provoqués.

 

Alors tu es fier, alors j'aime ma dérive et je gère mes souffrances, mais tu ne construis rien, je ne dirais pas cela comme cela, je participe au mouvement autonome de la vie, la vie des uns, la vie des autres, rien ni personne ne m'est indifférent, je ne construis pas d'empire.

 

Tu dois bien me maudire, oh non Dominique, je n'aurais pas pu me plier à toutes ces conditions que l'on t'impose, tu paies un prix que tu ne connais pas encore, je ne te plains pas non plus, c'était ton choix, toi et ton ego vous serez satisfaits, mais la petite fille de  huit ans est dans le placard.

 

Comment, oui Dominique, ta poupée préférée quand tu avais huit ans, c'était la petite fille en toi cette poupée, elle avait été méchante, tu ne l'as jamais sortie, non elle y est toujours, la petite fille en toi est toujours dans le placard, là où tu vas cela vaut mieux, ne pas être entière peut sauver.

 

Tu auras les honneurs et les fonctions, tu auras les égards et la gloire, ton rayonnement éclipsera toute mémoire, je verrai ton sourire sur les pages des magazines en papier glacé, tes découvertes changeront le monde, en bien j'espère, science sans conscience, tu sais tout cela.

 

Et toi, et moi cette nuit, je me déguiserai encore en chevalier blanc, cette nuit je rejoindrai les constructeurs de l'improbable, cette nuit encore je serai ivre d'utopie, cette nuit encore je te parlerai dans ma tête à l'infini, cette nuit encore je serai majestueux et fier, éphémère et victorieux.

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