





Dans un des ateliers où l'on venait d'obturer l'entré par une planche afin de signifier le caractère de délibération secrète de la réunion clandestine, les vociférations
du provocateur particulier des renseignements généraux se faisaient entendre à quiconque dur
d'oreille, discrètement.
La conjuration des ego réunissait ce jour, outre Camille Malo dont le nom mérite d'être cité sans fard pour ses services rendus à l'Etat en opération commandée, des italiens, dit camarades, protégés au plus haut niveau de la République et des clandestins ouvertement déclarés, donc connus.
Ces clandestins étaient par ailleurs très intéressants à observer, avec leur manière ineffable de vouloir indiquer au plus large nombre l'occulté de leur vie dans les moindres gestes et les plus délicates des attitudes, le réel problème était de se démarquer du danger de leur fréquentation.
Arthur ne pouvait rien empêcher ni combattre, tout serait su et publié des années plus tard, lorsqu'il avait osé émettre des doutes, il s'était fait entouré par une horde échevelée lui enjoignant de présenter des excuses et lui interdisant d'accuser de valeureux combattants sans preuve, il s'était tu.
En attendant que le commissaire des renseignements généraux, impliqué dans la disparition du pasteur défenseur des sexualités différentes, n'écrive ses mémoires, il fallait réfléchir aux moyens de la lutte et tenir le cap avec cette donnée, le squat était naturellement infiltré au plus haut niveau.
Les forces infiltrantes venaient du plus haut niveau des institutions en charge de la sécurité publique des personnes et des biens, c'était donc une permanente communion discrète dont la cible directe était la ruine des possibilités de résistance aux iniquités, la scission des vigueurs.
Les apprentis guerriers en grande frustration d'actes révolutionnaires se laissaient subjuguer un temps par la voix bégayante et forte de l'agitateur professionnel téléguidé, "les armes, les explosifs, ça se trouve, differ des tracts c'est bidon, il faut aller plus loin, il faut frapper un grand coup".
Arthur savait ce qu'il fallait savoir et connaîtrait tous les membres de la réunion, que chacun accomplisse son destin, mais il se sentait en mesure d'en dissuader plus d'un, aucun n'était réellement guerrier dans l'âme, il savait pouvoir en débattre, inutile de dénoncer la manipulation.
L'immense majorité des militants investis dans les différents collectifs de lutte étaient solides dans leurs convictions et ne se laisseraient jamais tenter par le trublion, le débat sur l'action clandestine et violente était clos depuis longtemps et les services secrets d'Action Directe éloignés.
Le mythe explosif des faibles, utile aux puissances militaires massacrantes des nations pétrolières avait toujours ses entrées dans des gosiers vibrants entre deux goulées de bières, mais la mégalomanie agissante des groupuscules en scission continuelle s'était émoussée depuis longtemps.
Arthur souhaitait seulement que son indicateur repéré ne saccage pas trop de destins, la majorité des collectifs étaient prévenus, il se dirigea vers le palier du Premier étage, conservant à sa vue la descente de l'escalier, il pourrait ainsi voir les visages des comploteurs quittant leur réunion.
Par la suite, il aurait le temps de les reprendre tranquillement un par un, il n'y avait pas tant de demeurés que cela qu'il ne fut impossible de leur faire entendre raison en peu de mots, toutes les résistances n'agglutinaient-elles pas à elles les irresponsables et les aventureux de tous bords?
Par la grande double porte du défouloir, Arthur pouvait voir l'éternel Xavier, autre provocateur violent d'un autre style celui-là, faisant tournoyer d'une main une barre d'inox aux reflets durement métalliques, ancien pied de table, émoustillant des adolescentes venues s'encanailler et baisoter.
De son autre main, il tenait une cigarette blonde et la fumait à la manière décontractée d'un acteur américain de série B, il entretenait le difficile exercice de forcer leur fascination à l'évocation des exploits guerriers dont il s'attribuait les mérites sans fanfaronnade ni retenue, du vécu.
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