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Publié par Christian Hivert

abandons barbaresDe toutes les effluves macérantes qui crevassaient son être, il avait réussi à en exhumer une bonne part, et les mettre en forme consciente, répertoriées, attendues. Mais il en est une qui manque indéniablement à l'appel, éternellement vrillée au plus profond...

 

Oui, une dont il pouvait retrouver tous les contours râpeux et les contacts rêches, une qui lui mangeait le crâne et le hantait dans son corps, une dont il aurait pu, dont il aurait voulu, dont il aurait tenté de raconter la longue histoire, s'il l'eût connu !

 

Indicible et par ce fait il n'avait, malgré ses essais infructueux dans sa longue vie d'errance, coulant mélancoliquement, goutte à goutte, par ce fait il n'avait pu décrire, jamais ! De ses impressions imprécises, hachées, mâchées, indéfinissables.


De la douleur : elle ne lui faisait aucun mal, mais il la sentait obstinément ancrée en lui, vrillée à l'estomac, répandant ses ondes vibrantes dans le ventre, le bas ventre, serpentant le long de ses bras, de ses jambes, se courbant sauvagement dans le coeur et telle une fourmilière à l'étroit, poussant indécemment.


Poussant les parois, doucement, doucement, langoureusement, repartait à l'assaut des épaules et du cou, tardant familièrement à la nuque, telle une caresse qui met en émoi, et se coulait, se lovait traîtreusement aguicheuse, se nichait voluptueusement agressive, impudique et servile, vulgaire et sophistiquée, fière et alanguie.


Elle s'abandonnait dans les arcanes de la matière crânienne, asservissant ses appétits, ses envies et les anesthésiant, douce et cajolante.


Comme une dose d'hormone décalée, une adrénaline débloquée en permanence, et jamais elle ne semblait vouloir s'éteindre, le laisser libre et plein d'entrain à nouveau, jamais l'équilibre et la sérénité ne le reposerait, le détendrait.


Cela avait commencé après l'adolescence, lors des premières angoisses amoureuses, en avait gardé la saveur et le tact et poursuivait sa sieste comme au bois dormant, comme un sortilège jaloux pourrait s'insuffler dans la gorge d'une jeunette et la rendre fétide et repoussante.


A vouloir s'éclater le marasme contre les murs et ne pas pouvoir le faire, parce que justement ne pas le vouloir. Sa volonté s'évadait, mais ce n'était pas seulement cela, tout son être fuyait désespérément, haletant et pourchassé par lui-même.


Et l'oubli le cernait de part en part dans les souvenirs de ce qu'il savait néanmoins pouvoir être. A tenter de trouver lentement, comme la lecture d'un livre que l'on ferait en épelant chaque mot, des bribes de raisons de continuer de survivre !


Il avait beau s'ébrouer, se contrôler, réfléchir, respirer, c'était comme si chaque geste ne se répondait qu'a lui-même, sans écho que l'écho sale que l'on peut sentir à agiter ses mains dans une mare de vase molle.


On sent la matière, elle est là, on la tient mais elle n'est pas là, elle n'est plus là, on ne tient rien, que des traces, vagues dégoulinures que l'on voudrait laver, mais on n'arrive pas parce que l'on s'en fout.


Pourtant, si on lavait, on lessivait, le corps se détendrait, serait moins poisseux, collant, on retrouverait le courage, mais justement on n'a plus le courage !


Alors il prit un stylo.

 

 

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