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Publié par Christian Hivert

Elles allaient pouvoir prendre leur douche ensemble. Le frère de Danièle et Farid circulaient pour chercher leurs plans. Ils en avaient pour un bout, elles seraient tranquilles. Le regard mouillé et enfantin de Danièle lui apprit qu’elle venait de se réveiller. Sans défense, elle se laisserait faire.

Elle lui caressa la bouche de son doigt maquillé de noir. La jeune adolescente ferma les yeux et murmura :

  • Déshabille-moi ! Je suis vannée, j’ai pas la force, on va prendre une douche ?

Rosalie acquiesça de la tête, elle était trop troublée pour pouvoir parler. Elle approuvait, silencieuse. Elle défit le nœud retenant les pans de la robe.

Danièle se mit debout et elle la caressa lentement le long du corps, des mollets aux épaules, en faisant remonter les tissus. Elle passa le tout par-dessus tête et laissa choir à terre. Danièle, frissonnée, secoua la tête et se dirigea vers la douche.

  • Tu commences pas sans moi ?
  • Je t’attends, dépêche-toi.

L’eau était à température idéale. Rosalie s’amusait énormément dans sa tête. Le corps finement sculpté de Danièle s’agitait sous le jet qu’elle tenait dans la main.

  • Tu me mouilles pas les cheveux, fais gaffe.
  • Bien sûr, bien sûr, ma jolie.

— T’en fais pas, allez, tu me mouilleras aussi après ?

Danièle commençait à danser sur la musique d’Higelin. Denise je sens que je vais piquer ma crise. Elle se retourna sous le jet, laissant Rosalie admirer une nouvelle fois ses fesses encore androgynes, galbées et fermes, se trémoussant en musique.

Rosalie rêvait, désarçonnée. Si elle était un mec, c’est par là qu’elle s’enfoncerait. Elle y posa la main et caressa doucement, descendit vers la fente. Danièle se cabra et lui lança sans se retourner :

  • Doucement les mains au cul, profite pas.
  • Oh, tu sais bien que je suis pas comme ça.
  • Justement.

Le disque grésillait, c’était la dernière chanson. Le charme serait bientôt rompu. Rosalie se mit à emmagasiner les images à toute vitesse, en fit provision. Elle avait soudain la gorge sèche et le cœur qui battait fort. Ce serait si peu et ce n’était pas envisageable, il y avait des principes moraux.

Rosalie, dans son adolescence affranchie, n’avait pas encore eu d’aventures. Ni avec les garçons, ceux du quartier se camaient déjà, ni avec les filles. Les plus jolies de ses connaissances réservaient la contemplation de leur corps à une future et vague carrière d’actrice. Elles se prenaient en photo.

  • C’est pour mon book, comment tu me trouves ?

Et Rosalie avait la gorge sèche. Si on avait pu y mettre la main quand même, se rendre compte de la texture de la peau, constater le léger frisson au contact, s’enivrer d’une jeune odeur. Le cœur battait fort, un jour elle oserait insister, palper.

 

*/*

Rosalie tentait à peu près tout de loin. Tout en envie, passant peu aux actes. Le Nord Sud était un de ses repères confortables. Il y avait toujours une bonne âme pour lui payer une consommation, parfois l’offrande d’un petit morceau de haschisch. C’était son bureau, son lieu de convivialité.

Rosalie se demandait toujours si elle plaisait ou non. Et puis elle s’indifférait de la chose. Et puis quand même ce serait bien de plaire, uniquement à ceux que l’on veut approcher. Il ne faudrait jamais que ce ne soit que dans des démarches utilitaires. L’esprit doit commander. Toujours, le corps ?

Elle se perdait dans la subdivision de ses étiquetages des attitudes humaines et dans la hiérarchisation des intérêts qu’elle y portait. Pourrait-elle se satisfaire de quelqu’un qui ne voudrait d’elle qu’au titre des plaisirs physiques ? De toute façon elle n’était pas si belle. Elle pourrait essayer ?

Mais son aspect vestimentaire de jeune fille en tenue noire et fardée à la Nina Hagen devait certainement en rebuter plus d’un. Et tant mieux, elle n’attendait rien de la bestialité d’un rut éphémère. Quand même essayer un jour ? Pourquoi pas avec le concierge ? Ce gros porc, ce dégoûtant !

Parfois, pendant des jours, elle patientait après une idée qui puisse la mettre en mouvement, justifier son existence, la faire apparaître dans sa vie. Elle avait fait une croix sur les études et se motivait sans stresser à postuler à toutes sortes de petits boulots déjà pris d’assaut par des cohortes.

  • Tous les postes sont occupés Mademoiselle, revenez tenter votre chance dans un mois.

Ils appelaient cela tenter sa chance. Ils la situaient où la chance ? Quelle belle chance que de savoir remplir un cornet cartonné de frites calibrées, dans les secondes imparties par d’impavides chefs de vente !

Les dernières petites annonces de plus en plus répétées sur les pages emploi du Figaro demandaient des serveuses seins nus dans des bistrots de nuit. Cela serait certainement mieux payé que simplement serveuse. Elle n’avait que dix-sept ans. Elle avait bien le droit de travailler la nuit ?

Elle n’avait que peu de dépenses, du fait de sa jeunesse. Elle était souvent invitée à dîner par les parents de ses amies du quartier. Les gentilles draguettes payaient ses consommations de café. Et le toit pour la nuit était garanti par ses parents. Oui, une activité contre l’ennui. Rien sans argent.

 

 

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