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Publié par Christian Hivert

Place de la Réunion, il y avait un petit square rond. Arthur acquiesça, son Premier jour de liberté s’annonçait bien. Ce soir, Béa serait heureuse de le revoir et le lui montrerait. Sur la place de la Réunion, les bambins africains se tenaient aux jupes de leurs sœurs, ils filèrent effrayer les pigeons gras de leurs cascades de rires en nuées d’improbables futurs. Seraient-ils ministres un jour ?

Sur un des bancs, Charles Maclart dit Charly baston par les rescapés de son épopée, dit Charly boisson par les effrontés du présent, dit Charly Magloire pour nous qui l’aimions, Charly entamait une ultime discussion avec ses canettes de bière asséchées. Charly avait commencé son baroudage politique chez les Katangais du comité d’occupation de la Sorbonne en 1968.

C'était la version loubard bastonneur de base, responsable du mémorable comité sandwich et des approvisionnements nocturnes en tout genre. Une valeur sûre et fortement drôle, devant un jeune public de punks irrévérencieux. Arthur avait imposé la présence de son irréductible ami de l’Autonomie Parisienne dans l’immeuble du 67, dont l’altière façade donnait derrière le square.

Magloire était dans son jardin, pouvait-on dire. Sa présence équilibrait le rapport de force déloyal imposé par le responsable culturel :

— Planquez-vous, voilà notre chef !

Les Punks s’esclaffèrent et firent la bise de bienvenue à Arthur et à Kahina. Ainsi se saluait- on, lorsque l’on partageait les mêmes bagarres. Charly éméché avait l’alcool affectueux et il serra Arthur fortement sur son cœur :

— C’est toi le chef, Arthur. (Il se mit à beugler) Arthur c’est toi le chef. Le 67, c’est toi qui l’as ouvert. USINE c’est ton histoire. Nous, on te suit, tu nous dis d’ouvrir, nous ouvrons. Tu nous dis de tenir, nous tenons. C’est toi le chef.

— Justement Charly, justement, calme-toi un peu, file-moi une bière.

Kahina et Arthur s’installèrent en compagnie hirsute, le temps de se mettre un peu au même niveau d’euphorie combattante que leur briscard préféré. Arthur laissa Charly déclamer ses prouesses. Il eut peur que son ego n’y trouve la voie d’une certaine mégalomanie. Le sketch était plaisant :

— Comment tu vas, Arthur ?

— Ah ça y est, tu te calmes ? Bon, nous avons une nouvelle opération à lancer.

— Tu sors tout juste de taule, calme-toi, toi !

Arthur fit le tour de la place du regard. C’était bien le meilleur endroit pour discuter sans être écouté par des indiscrets rémunérés.

— Oui, la taule, c’est fini maintenant, les affaires reprennent.

— Calme-toi, bois ta bière, souffle un peu, il n’y a pas que le squat !

Kahina sortait le matériel pour rouler un ou deux pétards. Les punks en avaient déjà un à la bouche. L’après-midi valait le soleil l’éclairant, sortir un jour de fête.

— Il y a la fête, putain Arthur, prends le temps, bois, fume, on va tous au concert de ce soir sur le boulevard, il y aura les Bérus, les Endimanchés, arrête de réfléchir, lâche-toi, t’es un cérébral toi, faut toujours que tu organises, c’est bien, on est avec toi, calme, putain, relax, tu viens de sortir. Aujourd’hui tu laisses faire tes potes du Comité, c’est la fête, merde.

— Okay Charly, okay, on en reparle plus tard.

Charly avait conservé les habitudes les plus spontanées des autonomes de la villa Faucheur, où se réfugiaient parfois les obscurs bataillons du groupe Action Directe.

Dominique Premier feula :

— Il est rond, tu ne peux rien faire avec ce gars.

— Tu rigoles, c’est le meilleur, et c’est dans la poche, il vient de le dire, le reste n’a que peu d’importance.

Arthur s’adressa aux punks :

— Un gros immeuble, cela vous dit, on refait le 67 en mieux, sans responsable, et non dans le secret manipulateur des petits blancs chefs. Que l’immeuble soit réellement autogéré en réunion hebdomadaire, sans chefs, sans arrogance.

— Quand tu veux, où tu veux, tiens !  et on lui tendit un pétard.

Kahina s’amusa :

— C’est bien dehors ?

— C’est bien dehors, je vais bien m’amuser !

— Tu t’es toujours bien amusé depuis le PRO.GR.ES. !

— Et ça va continuer ! Arthur tira une longue bouffée, cuisse contre Kahina.

— Vous avez vu Rocky ?

— Il t’attend pour son squat, il a les clés, il sera là ce soir, il voudrait ouvrir le plus tôt possible, il s’est fâché avec sa pineco, il dort chez Maxwell, c’est pas facile, il est parti chercher un groupe électrogène pour le cercon ce soir, il m’a dit que tu l’attendes.

Pétard servi et squat clés en main, belle la vie. Arthur, après avoir bu quelques canettes de bière et fumé les pétards qu’on lui présentait, eut envie de quitter cette inactivité combattante de ses copains autonomes et punks. Il se leva et assura son équilibre. L’habitude aidant, il circulait gris et enfumé, régulièrement sans qu’il n’y paraisse :

— Bon, on bouge un peu, je retourne sur le boulevard, moi, voir ce qui s’y passe.

Charly Baston pour Charlotte sa nièce

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