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Publié par Christian Hivert

Parfois, la nuit tombante ou une intempérie prévisible exigeait leur retour plus tôt, une cloche sonore qu’elle pouvaient entendre de loin, vivement agitée, les rappelaient, leur chef en tête elles se pressaient, le pis plein, jusqu’au tunnel, et elles appelaient, impératives.

Depuis sa maladie, il n’avait pas été possible de poursuivre l’exploitation, les chèvres s’étaient réparti le territoire environnant, depuis le temps tous les voisins étaient devenus bienveillants, elles débroussaillaient les taillis, cela arrangeait un peu tout le monde.

Le matin était leur moment idéal, pour la traite avant la sortie, quand le temps le permettait, elles remeriaient, attendant chacune leur tour, par des petits coups de museau dans le dos, ou tournant la tête, léchant la tête de la chevrière occupée à les traire, les soulager également.

C’était des moments paisibles, presque reposants, parfois perdues dans la montagne, les chèvres indiquaient un chemin possible, une sente oubliée, masquée par les genets, la chèvre appelait à l’aide pour un passage difficile et avec confiance se laissait tirer, pousser.

Il y avait des moments de pleine recharge d’énergie, certains endroits où l’on se sentait mieux de manière indéfinissable, les bêtes ne s’y trompaient pas non plus, calmant leur ardeur caracolante, pour se délecter d’un buisson épineux, un prunellier, un acacias, on ne sait quoi.

Lorsque toutes les bêtes se trouvaient perchées sur leurs pattes arrière, certaines rusant avec les faïsses instables, le cou tendu, le pis tombant, à tirer des dents sur les feuilles les plus hautes, un sentiment fort de plénitude l’envahissait, l’espace devenait magique,elle se posait.

Une véritable connivence s’instaurait, composée également de fermeté parfois, il ne fallait pas céder, sauf à devoir changer son programme, la chèvre laissée sans indications en fait un peu à sa tête, il lui suffit de sentir non loin une herbe appétissante, selon son goût.

Elle choisissait d’évidence celles satisfaisant son goût délicat, fleurs de pissenlit, carottes sauvages, épines blanches, charmilles, ormeaux, fruitiers, par moment quelques châtaignes de l’année, le feu ne passerait pas après elle, les marchands et les promoteurs de terrains ne l’aimaient pas.

Le plus fatigant de ce travail était le conditionnement du lait pour l’amener à la fromagerie, puis les ballots de paille pour la litière, l’hiver le fourrage, Arthur s’occupant de sortir le fumier au tracteur, mais les chèvres, c’était paisible, un monde de frôlements et de rêveries.

Elles savaient montrer leur désarroi, ou leur contentement, elles s’entendaient pour faciliter la tache, rester en troupeau, faire leurs petits le jour, mais gare si l’herbe de là-bas les tentaient, il n’y avait pas trop du chien et de quelque cris pour les retenir, enfin elles obéissaient bien.

Elles faisaient si bien partie de la carte postale que le touriste ou le randonneur eut été déçu de ne point les croiser, depuis l’antiquité elles avaient accompagné l’aventure de l’Homme, leur rusticité naturelle reprenait droit de cité dans le programme du développement rural.

Et puis la vente des fromages donnait lieu à de grands moments de convivialité et d’échanges sociaux, les marchés étaient fiers de présenter des produits du terroir, les touristes appréciaient le goût local, les repas d’accueil paysan se finissaient en chansons, mais le ver creusait son trou.

Ils avaient aimé cette tranche de leur vie, ils ne regrettaient rien, sans la terrible maladie, ils y seraient encore, il y avait eu de grands moments d’entraide, les vivants humains lorsqu’ils possédaient peu étaient rarement des salopards, mais tout se perd, le meilleur en premier.

Sur son rocher plat, Arthur se sentait en concordance avec le paysage environnant, c’était étrange comme impression fugitive mais profonde, des volutes de force l’imprégnaient, son regard lorsqu’il se levait du cahier glissait sur la surface des végétaux alentour, et il percevait l’énergie.

Trop tard

La vente de ses fromages sur le marché de Bise ne fonctionnait plus si bien et l’on sentait qu’il serait de plus en plus difficile de produire de la bonne tomme d’Ardèche à l’ancienne si l’on voulait rester dans les normes du contemporain calibré, aseptisé sans goût.

Ce nouveau monde se dessinait sous ses yeux éberlués sans l’ombre d’une option, cela avait-il encore du sens et de l’importance de vouloir faire comme les anciens faisaient, lui n’était pas ancien, mais,l’age aidant, il le devenait, mais il n’avait aucune capacité électronique.

Il lui semblait être venu trop tard, pour toutes les situations, pour toutes les solutions, cela avait commencé bien avant sa naissance, lorsque ses parents tout à, leur plaisir ne s’étaient pas interrompus à temps, ce trop tard soupiré semblait avoir coloré sa vie entière.

Ensuite il lui avait semblé avoir grandi en décalage permanent avec les temps de sa vie, comme si des temps se refermaient au fur et à mesure sous ses pas et ses envies à peine amorcées, comme s’il était toujours trop tard, les rêves d’un jour devenus si vite anachroniques.

Toute sa vie, il lui avait vu disparaître un monde attrayant et des promesses d’embellissement, à peine rêvait-on à une meilleure vie pour ses enfants et la possibilité s’en évanouissait irrémédiablement, les trente glorieuses avaient trébuché sur la crise sitôt sorti des restrictions.

L’Europe était en paix et jamais on avait construit et vendu autant d’armes de destruction de plus en plus sophistiquées, la guerre, de toutes les manières possibles, avait labouré tous les continents, massacré tout les peuples, ravagé toutes les contrées, trop tard pour la paix.

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