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Publié par Christian Hivert

Et alors, il saurait attendre à nouveau, il voulait se faire remarquer, provoquer l'intérêt, se faire inviter, se faire choisir, il en avait toujours fait ainsi avec Dominique, et après son refus avec toutes les autres, et il n’avait jamais cessé d’attendre, l’angoisse à nouveau le submergea.

 

Il dévala les escaliers de son hôtel derrière un grand Pakistanais se rendant à son travail, dans la rue les Premiers travailleurs émergeaient de leurs portes d’immeubles, éblouis dans le jour déjà éclairé, il pressa le pas, pourvu que le veilleur de l'hôtel ne soit pas éveillé, il était tard.

 

Sa nuit blanche sur les épaules, il était bien, comme lorsqu’il traînait en rentrant de son travail, il descendit boire son café à son bistrot habituel, il était encore tôt, les deux soeurs ne seraient pas réveillées, mais il ne fallait pas qu’il arrive trop tard non plus, il fallait penser aux croissants.

 

Avec leur histoire de journal, elles étaient bien capables d’avoir à se lever tôt, il s’absorba un moment dans la lecture du Parisien, ne pas se précipiter, il faisait clairement ce qu’il avait envie de faire, la première fois depuis longtemps de façon forte, serait-ce mieux, que cherchait-il?

 

Il tenta d’envisager toutes les situations possibles, essaya de ne plus y penser, commanda un deuxième café, interrogea l’horoscope du journal, taureau Premier décan, journée fatigante, prenez soin de votre santé, recula, tergiversa, espéra, il vivait, et il se commanda un troisième café.

 

Un soleil de matinée élégante le surprit à la sortie du métro Père Lachaise, il passa une première fois dans la rue, sans oser s’approcher de la porte convoitée, acheta des croissants à la boulangerie du Boulevard, revint dans le café de l’angle de la rue de Themcen et de l’avenue Gambetta.

 

Il commanda un blanc d’Alsace, et s’il les attendait là, elles se réveillent tranquillement, sortent, passent devant la terrasse, forcément, pour prendre le métro, il les aperçoit, les appelle, non , décidément, il fallait qu’il y aille, simplement, allez, respirer puissamment.

Parce qu’il avait envie de passer les voir, et faire ce que l’on a envie de faire, il n’y a aucun mal à cela, il n’y tint plus, paya sa consommation, vida d’un coup son verre, et son paquet de croissants sous le bras s’engagea à nouveau dans la vie, que leur dirait-il, cela viendrait tout seul.

 

Dire une chose simple, une chose franche, "J’avais envie de venir vous voir, je suis venu", voilà, c’était ça, simple et franc, il n’y avait pas mieux, de l’audace, toujours de l’audace, après avoir franchi une petite cour décorée de multiples pots de fleurs, il avait évité l’interphone disgracieux.

 

Profitant de la sortie fort à propos d’un locataire, il grimpa un petit escalier en bois, sur le côté de la cour, au Premier étage il dédaigna la sonnette, trop intempestive, à neuf heure trente cinq il frappota discrètement à la porte de son futur immédiat, le cœur en embolie clinique.

 

Une voix encore enrouée par la sommeil s’inquiéta "Qui c’est ?" "C’est Arthur" "Arthur ?" "Oui, Arthur de la rue des Vignoles" "Ah, Arthur, ah ouais, attends j’arrive", quelques pas raclés au sol et le verrou heurta le mécanisme du désir en attente, la porte s’ouvrit et croisa les sourires.

 

"Salut" "Salut je dérange pas ?" "Non pas du tout, entres, qu’est ce que tu veux ?" "Rien de précis, je voulais vous voir, tiens j’ai amené les croissants" "Ah, super, c’est sympa, mais quelle heure il est ?" "Neuf heure et demi environ" "Et t’es venu nous réveiller, c’est chouette ça, t'es mignon"

 

"Ca tombe bien, on avait un rencard important avec l’imprimeur, pour le journal ça va nous laisser le temps de nous préparer, tiens la cuisine est là, il y a tout ce qu’il faut pour faire le café, tu n'as qu’a regarder dans les placards, fait comme chez toi, moi je file à la douche, c'est super ça".

 

L’accueil endormi de Nora était chaleureux, il referma la porte du studio derrière lui tandis qu’elle se dirigeait vers le petite salle de bain, la pièce contenait un matelas à deux places, posé au sol, encore occupé par Reine endormie, une planche sur deux tréteaux servant de bureau.

Un pouf et une chauffeuse se tenaient de part et d’autre d’une table basse, ému par la proximité de la nudité de Reine sous sa couette, Arthur s’engouffra dans la cuisine le coeur battant, tandis que la porte de la salle de bain restait entrouverte sur le désir naissant et renouvelé de Nora.

 

Dominique s'égayait jouant les grandes et les affranchies, son rôle préféré depuis sa petite enfance, ses parents emmenaient toujours leur fille unique dans les diners et les réunions d'adultes, elle en avait développé un sentiment permanent de supériorité, "Tu vas l'avoir comme ça ?".

 

Arthur prit grandement son temps pour préparer le café, n’osant plus sortir de la cuisine avant que les deux filles ne se soient habillées, il multiplia chacun de ses gestes, par deux, par trois, par quatre, puis par un zeste d’éternité sereine, l’eau coulait toujours à flot dans la salle de bain.

 

Nora chantonnait le tube le plus célèbre d’Idir, si l’on ne prend en compte son trouble excité patinant sa fatigue oscillante, Arthur fut heureux et imperturbable ce jour là, Reine bientôt fut levée, moue devant, et les deux soeurs s’assirent en face de lui pour prendre leur petit déjeuner.

 

Il sentit vibrer en lui des fibres enfouies depuis longtemps, pour cette brève intimité consentie en confiance il déposait son coeur et son âme à leurs pieds, prêt à les servir, les suivre, les aimer, surtout Reine, toujours aussi nonchalante, majestueuse, promesse magique de son futur.

 

Nora alimentait le fourneau des échanges verbaux, prenait à témoin sa soeur pour tout, mais en quelque sorte dirigeant les débats, le papillonnage des mots encollés  frôlait l’embrasure des lèvres de Reine, nues de toute trace de maquillage, pinçant une cigarette roulée fine, sirotant le café.

 

Alors la vie prit une autre tournure, pour lui une toute autre tournure, s’il n’avait pas rencontré Patrice il ne serait jamais arrivé jusqu’à la rue des Vignoles, c’était ainsi, il le savait, s’il n’avait pas été rue des Vignoles, il n’aurait pas trouvé de cause à laquelle s’intéresser et jamais vu Reine.

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