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Publié par Christian Hivert


Il s’était beaucoup tourné et retourné durant sa nuit sans rêves, ce n’était pas par inconfort, il n’avait peut-être pas été si douillettement installé depuis longtemps, son agitation venait de l’obscurité de ses lendemains, le rêve vint meubler son relâchement dans l’assoupissement matinal.

D’une évidence criante, avec toutes les couleurs d’un film de grande qualité, avec un scénario façon Jacques Prévert, les éléments du rêve s’étaient déroulés sans jamais diminuer l’acuité de sa conscience, comme s’il avait été finement éveillé, fortement sensible et impliqué, en plein élan.

Le soleil était levé depuis longtemps déjà, au ressenti de la virulence de ses émissions chaleureusement réceptionnées par son épiderme, il resta un long moment allongé encore à réveiller le rêve dans sa mémoire, de peur de ne plus jamais pouvoir le visionner, par l’injuste oubli.

Arthur eut le sentiment d’une absence de hasard terrifiante, ce rêve lui était apparu, il devait s’en servir, il devait le noter dans ses détails les plus oubliables,dans ce rêve était sa vie, du passé au futur, son rôle et sa fonction, témoigner, ne plus jamais intervenir, laisser faire, mais tout voir.

Alors il se mit debout d’un coup de rein sec et entier, sa couette basculant à ses pieds, il était en pleine forme et chantonna en préparant son café provenant du commerce revendiqué équitable, sa journée à venir lui promettait la magie, il pouvait se passer des signes, il sortit son cahier.

Il retourna sur son promontoire dominant la rivière, la marche pour y parvenir lui mit les idées en place et calma les chaleurs de son souffle, il avait le temps de s’imprégner, de se couler, lové, comme une main se glisse dans un gant ajusté, il était le rêve, le rêve était lui, sa vie était sauvée.

Le rêve commençait à la chambre de bonne où il avait suivi Patrice en 1984, coincée sous les combles au 6ème étage d’un petit immeuble prolétarien, dans un temps ancien où Paris n’avait pas encore transformé ses pauvres en sans domicile fixe, ils s’étaient déjà largement présentés.

Patrice était cuisinier de formation, ses parents vivaient toujours en Touraine du côté de Montrichard, prononcez Monte Richard, il avait débarqué à Paris muni de son C.A.P. et accompagné d’une copine l’ayant quitté depuis, il était devenu solitaire, dépressif, souffrant, faisant souffrir.

Il avait travaillé comme cuisinier dans plusieurs bonnes places, à la tour Eiffel, à la tour Montparnasse, sur la butte Montmartre, mais comme il le disait lui-même, il ne fallait pas tenter de lui chercher les poux, à l’époque peu de travailleurs s’avachissaient comme de nos jours peureux.

La dernière place en date s’était séparée de lui sur un coup de frites, un client raseur et mécontent s’en était pris un plateau complet sur la tête arrosé de moutarde et ketchup, il y aura toujours des types imbus de leur éphémère position pour vous écraser, faut jamais se laisser faire.

Arthur acquiesçait devant l’indignation vivante, à l’époque c’était ainsi à Paris, où il était né, la fronde et la défense constante des plus faibles était inscrites dans l’histoire des murs et des porches , des courettes et des avenues, des bars et des squares, des fontaines et des bancs, tout en lui.

Ses origines maternelles étaient Morvandiaudes, les paternelles Bourguignonnes, pour l’heure il était veilleur de nuit depuis quatre ans dans différentes sociétés de gardiennage, il arpentait les couloirs désertés par la vivacité laborieuse du jour, armé d’une boîte ronde dénommée mouchard.

Mais il avait également été commis de cuisine, rénovateur d’appartement, vendeur de tableaux, électricien, enfin tout ce que sa force et ses capacités de travail lui avaient procuré comme moyens de survie, le travail salarié existait encore et son négatif le chômage, l’histoire n’était pas finie.

Il n’avait encore jamais connu les jouissances de l’intimité féminine, même sa fonction souvent attitrée d’ami et de confident l’avaient largement laissé sur sa faim de mâle et avait mollement pétri son coeur, la dernière à vouloir son amitié était Reine, mais que lui voulait-elle en vrai?

 Passé la porte, l’on faisait un demi-pas pour se retrouver à butter sur le matelas, un pas de plus sur la gauche conduisait à l’évier caché derrière le frigidaire authentique des années 50, entendez par là de la marque Frigidaire, dans un placard en bois brut, aux portes grinçantes.

Un pas encore dans la même direction, en longeant le placard ingénieusement aménagé se refermant entièrement sur l’espace cuisine, et l’on se trouvait à se courber la tête pour éviter la pente du toit devant la fenêtre, devant laquelle un vieux tourne-disque attendait le microsillon.

Une radio branchée en quasi-permanence sur radio libertaire, quelques étagères à vêtements dans le fond de la pièce et au-dessus du lit complétaient l’ameublement, Patrice tout de suite s’affaira, il bouscula du pied les affaires traînant à terre, les repoussant dans le coin le plus éloigné de l’entrée.

Puis en un tour de main habituée, il avait plié en deux le matelas renfermant une literie rudimentaire et installé une table basse formée de deux tabourets et d’une porte récupérée sciée en deux, avec deux autres tabourets pour s’asseoir, il était fin prêt à recevoir son nouvel ami de rencontre.

Arthur s’installa près de la fenêtre, à côté du tourne-disque, la pauvreté de l’endroit lui était tant habituelle qu’il n’y prit garde, il n’avait pas de goûts de luxe, juste des fantasmes parfois, les pays du monde s’enrichissaient, ils possédaient de plus en plus de pauvres.

Pendant que Patrice s’activait sur sa cuisinière alimentée par une bouteille de butagaz renouvelée mensuellement, Arthur partit à l’intérieur de lui-même, manière pour lui de digérer le nouveau, de le comparer à l’ancien, d’y trouver ou tout du moins d’y justifier sa place.

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