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Publié par Christian Hivert

Ivresses et placards

Chapitre II – La rencontre

 

 

 

 

L’hiver était passé vite, le froid également. Le printemps, les robes légères et les clins de soleil coquins tardaient à souffler le renouveau. Au cours de ces mois égrenés, Arthur et Patrice étaient devenus compagnons inséparables et n’avaient pas chômé, faisant le plein de rencontres magiques.

Il avait semblé que Patrice fournissait à Arthur comme sur un plateau, jour après jour, tout ce qui lui manquait depuis de nombreuses années. Au point que des choses parfaitement ordinaires, comme de se faire des copains au travers de rencontres impétueuses, se révélaient plus riches.

Patrice était le type même du nomade urbain. Il n’ignorait rien pour ainsi dire des différents lieux de rencontre aléatoires faisant inévitablement partie d’une ville comme Paris. D’endroits sauvages en places occupées par de farouches insoumis à l’ordre planifié de l’injustice, il avait déambulé.

Il n’avait d’ailleurs passé son temps qu’à cela. C’était une passion, un art. Depuis sa montée à Paris, son CAP de cuisinier en poche et l’amour de sa vie par la main, il avait dirigé son esprit partout où pouvaient se renifler une connivence affectueuse et un enthousiasme pour la contestation.

De ce fait, il avait été amené à rencontrer toutes sortes de personnages très différents les uns des autres. Une belle brochette de potes habitant aux quatre coins de la capitale, lui permettant constamment de nouvelles errances, lui générant d’abondantes relations, des échanges inédits.

Patrice promenait partout sa face de lune émerveillée perpétuellement transportée, en continuelle découverte de la planète des hommes. Arthur lui emboîtait le pas. Comme veilleur de nuit, il travaillait douze heures, trois nuits sur quatre puis quatre nuits sur trois la semaine suivante.

Cela découlait de la nouvelle réglementation mettant fin à l’ancien système d’équivalence, où douze heures de veille de nuit ne valaient que huit heures de travail payé. Arthur s’était retrouvé avec du temps libre. Le plus dur était de faire alterner les sommeils de nuit avec les sommeils de jour.

Cela le fatiguait beaucoup. En jonglant adroitement avec ses heures de sommeil, il parvenait à être libre de ses jours. Arthur rentrait par les trottoirs mal réveillés des matins de Barbès, croisant la foule des gueux venant de quitter leur lit et s’engouffrant dans les entrailles communes des transports.

Arthur se prenait l’envie de flâner, de profiter de la levée du jour, de se retarder quelques heures. Il allumait une cigarette en s’engageant dans la rue Christiani. La fatigue de la nuit irradiait son dos, sa nuque, les yeux. Ses yeux de veilleur piquaient dans le frais matinal, sous le souffle des vigueurs.

Le sous-sol du journal Libération, avant de tourner dans la rue de Clignancourt, venait de s’éclairer, en général. Il n’y avait plus ce bouillonnement baba cool des origines du journal dans la rue de Lorraine, son ancienne adresse. Même chez eux, il était convenu désormais que le monde ne changerait pas.

Dominique Premier lui souriait dans ses souvenirs. Du haut de ses quatorze ans et demi, elle lui avait exposé la relation d’une matinée passée à Libé. Les mômes rieurs au milieu des bureaux, le débat permanent. Elle en était fière, dans ses tissus mauves, son père l’emmenait là où peu de gens allaient.

Il mettait toujours une majuscule au Premier. Tous les Premiers lui ravivaient la douceur et la tendresse partagée et interrompue. Tous les Premiers étaient sa tristesse et ses joies remisées. Premier était Dominique, si enjouée, si câline, si lointaine, si absente, si inévitablement présente.

C’était il y a tant de temps, avant. Le souvenir de cet amour tendre l’étreignait à chaque fois qu’il dépassait les marches descendant au local flambant neuf du journal libéral reniant son aventure gauchiste. Toi aussi tu les as suivis dans leur dérive, Dominique ? Cela pouvait sans doute expliquer.

Car Dominique l’avait éconduit, prétendait ne l’avoir pas aimé, n’avait jamais voulu reprendre contact. Arthur attendait toujours de rêver d’elle, car il savait que peu de temps après ces rêves il la croisait par hasard, une fois dans le métro, une fois au BHV, une autre fois à la Fnac, au loin, passante.

Arthur reconnaissait de fort loin la silhouette au milieu de l’affluence. Une fois ce furent des bribes assourdies de sa voix. Il avait couru dans les escalators, les couloirs du métro, après son pas entraînant. Elle était là, courir, ne pas être haletant, apaisé :

   Dominique ?

   Quelle surprise, dis donc !

Et la surprise était à chaque fois de la plus cruelle des déconvenues. La belle et jeune Dominique Premier n’avait pas le temps de prendre un verre.

   Ah !

   Les études, tu comprends, je suis pressée.

   Voici mon numéro de téléphone, tu m’appelles ? J’aimerais qu’on se revoie.

Elle n’appelait jamais. Que pouvait-il donc s’être passé depuis ces moments de si chaleureuse connivence ? Quand le jeune corps nerveux de Dominique se collait au sien dans un moment d’émoi partagé et d’échange complice. Cela n’avait jamais été plus loin. Arthur tenait compte du jeune âge de la fillette, attendait.

Elle prétendait – était-ce vrai, était-ce dans Actuel ? – sortir avec des garçons plus âgés. Arthur attendait, avait attendu qu’elle se trouve disponible pour lui, avait supporté de la voir embrasser sous son nez le prétendant du moment, l’avait laissée le caresser, se presser sur lui, avait espéré être aimé, somme toute.

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