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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

Photo 39

Il lui fallut enjamber une petite corniche pour aboutir à une terrassette en vrac d'habitation, l'escalade au toit supérieur fut un jeu de maternelle, et les toitures furent en zinc, plus facilement marchables, il devait trouver l'issue intérieure le ramenant au magasin abandonné de la rue.

 

Simon s'impatientait, ils se parlèrent à voix basse, l'affaire était tranquille, il fallait un peu de temps pour explorer les possibilités aériennes, Arthur se mit en chasse, un Velux à demi ouvert lui barra la route, il y mit le nez en le renversant et vit juste dessous deux corps nus copulant, excusez moi.

 

Maintenant il ne fallait plus traîner, les deux amoureux nocturnes savaient sans doute faire le dix-sept, et les lumières bleues reviendraient l'interrompre dans son périple, il se devait d'être vigilant et rapide, il rampa jusqu'à l'autre bout du toit à l'aplomb de la rue et vit le passage magique.

 

Cette petite boutique était une véritable aubaine, le petit appartement au bout de l'escalier de bois était spacieux et tout à fait en bon état, l'état général de vétusteté indiquait plusieurs années d'inoccupation, la boutique regorgeait de bouteilles de vins fins et d'alcools de qualité, les clés étaient au sol.

 

Dix minutes plus tard il était dans la rue avec les clés de la boutique dans la main, Simon lui souriait, on va chercher des sacs, non, il vaut mieux revenir de plein jour, on a les clés, il vaut mieux filer, j'ai dérangé deux amoureux par un velux, les dulles ne devraient pas tarder, filons par les petites rues.

 

Dominique Premier vivait l'aventure en direct, elle se fit calme et lisse, t'es gonflé quand même, alors vous allez pouvoir vous bourrer la gueule, tu vas encore pouvoir faire le héro, que veux tu, il faut bien fédérer, mais oui, bien sûr, voyons, à grands coup de lampettes, fais tes études.

 

Simon l'apostropha, une bonne nuit en perspective, allons plus loin, j'ai le camion de livreur de mon patron, ah bon, mais c'est bientôt l'heure d'aller se servir en légumes frais, et en packs de bières, de quatre à six heures un certain nombre de livraisons étaient sans surveillance sur les trottoirs.


Puis vint la fin, quelques mois plus tard, en avril 1986, c’était un samedi, ils avaient programmé une belle soirée, il y avait La Souris Déglinguée en tête d’affiche, les Satellites et Alice lovers, la préfecture a envoyé les CRS, ils ont muré l’U.S.I.N.E.,  et les punks noircissaient la rue.

 

Arthur indiqua le moyen de reprendre le lieu par l'arrière et les terrains vagues, sans que les C.R.S. de faction ne s'en aperçoivent, il refit le parcours du Premier jour, suivi de plusieurs bandes de joyeux Autonomes discrets, lorsqu'ils furent une cinquantaine, de l'intérieur, ils firent sauter les parpaings à la masse.

 

Arthur s'était blessé à la jambe en sautant sur un vieux clou depuis la fenêtre du deuxième étage, mais l'espace était ouvert à nouveau, la peau de son tibia pendait, il devait aller se faire recoudre, il avisa le responsable du collectif anti-fasciste, il avait une voiture, ils s'en furent

 

Le concert n'eut pas lieu, après avoir installé le matériel de sonorisation pour que le concert ait bien lieu, les CRS revinrent en nombre, l'ordre était ferme, il fallait les faire déguerpir, les petites échauffourées furent montées en épingle par "le parisien libéré", ils refont Mai 68 à Montreuil.

 

Tout cela pour une petite résistance de cinquante à cent personnes et deux abribus incendiés, la chasse au punk déboula jusqu'aux halles et les interpellés furent relâchés à raison d'un tous les kilomètre jusqu'à Beauvais, il n'y eut pas la moindre inculpation, mais le mythe était lancé.

 

Des arrivistes manipulateurs et subtilement communicants s'en emparèrent, cela fit leur petite heure de gloire et leurs histoires à raconter devant des belles en mal d'aventures et de héros, Arthur en entendit quelques-unes, mais où allaient ils chercher tout cela, pourquoi ne pas rester simple.

 

Un mois plus tard 3.000 personnes sont venues soutenir à retardement l'expulsion déjà réalisée, le rock alternatif devenait une valeur marchande hautement négociable et François des Berruiers Noirs commençait à se dégoûter de jouer, il songeait de plus en plus à cultiver des poireaux.


Arthur par la suite eut à de multiples reprises l'occasion de croiser la route de gens qui parlaient de cette U.S.I.N.E. sans l'avoir connue par eux même, et l'histoire racontée ne correspondait jamais à quelque chose qu'il avait pu y vivre, un mythe étrange commençait à circuler, puis le silence.

 

Toute cette effervescence brouillonne n'eut aucune suite, si ce n'est que ceux qui y mirent réellement les pieds, très jeunes pour la plupart, en gardèrent un vieux fond de révolte contre les injustices de plus en plus criantes de ce monde hideux qui se mettait en place à l'aube du vingt et unième siècle.

 

Cela fut il le dernier soubresaut des vieilles vagues révolutionnaires des années soixante, cela fut il un baroud d'honneur d'une vieille bande d'autonomes radicaux formés aux émeutes de la fin des années soixante dix du vingtième siècle, rien ne se fit plus de la même manière, une époque fut close.

 

Tous les groupes et individus qui remplissaient le lieux de leurs allées et venues quotidiennes avaient en commun un ferment de révolte en référence aux espoirs révolutionnaires de la classe ouvrière depuis les débuts l'industrialisation capitaliste des pays occidentaux, ils furent les derniers.

 

Après il fut dit que les classes sociales n'existaient pas, que les seuls espoirs de justice étaient représentés par les forces électorales de gauche, toutes dirigées par les plus féroces escrocs et dictateurs cyniques que l'histoire prolétaire ait jamais connue, il fut dit que les prolétaires n'existaient plus.

 

Désormais il n'y avait plus de damnés de la terre dont l'unité pouvait constituer une force redoutable de renversements des puissances dans le sens de la justice et de l'équité, il y eut le RMI et les restos du cœur, et les démunis furent invités à être content de leur sort et à remercier leurs oppresseurs.

 

Le monde change, bien sûr Dominique et c'est terrible, c'est un monde qui ne prends en compte que les intérêts d'une infime minorité de gens sans qualité, et condamne la majorité de la population mondiale à vivre dans des conditions de plus en plus inacceptables, et tu peux t'y plaire?

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