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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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Prompts aux échanges et aux rencontres, désormais ils se connaissaient mieux et commençaient à se situer un peu mieux dans la filiation de ce qui restait de groupes Autonomes parisiens pour l'heure disloqués et quasiment disparus, ils allaient squatter le local des squatters.

 

Arthur pour l'heure refusait de rendre la clé, mais il était de plus en plus question de remplacer la serrure et de laisser le local fermé, en sécurité, décidément les anciens chevaliers de la lutte n'aimaient pas que l'on tente de se passer de leur vaillance désabusée, pas assez dociles.

 

Il se sentait pris, lui et ses compagnons de route, pour des petits branleurs par des anciens revenus de tout et indisponibles pour la moindre aventure collective, mais les plus jeunes s'accrochaient, ils réfléchissaient à l'ouverture d'un grand espace, ils comptaient les troupes disponibles.

 

Entre deux réunions, Arthur et ceux du bar avaient fait leurs premières conquêtes et appris à manier le pied-de-biche, ils avaient réussi à tenir pendant une quinzaine de jours une petite maison atelier à Bagnolet, et les deux sœurs y venaient régulièrement, pas toujours ensemble.

 

Ils avaient été jusqu'à une dizaine à vivoter là, il y avait une certaine euphorie, c'était la fête toutes les nuits, Reine venait, Arthur se sentait aimé, elle venait engluée de l'un de ses amants, le tenant par la main, comme pour l'exhiber, mais durant la soirée Reine venait pour Arthur.

 

C'était encore l'époque où les marginaux vadrouillant dans le métro ou dans les grandes artères de la mégalopole échangeaient volontiers signes de reconnaissance et invitations à l'improviste pour des soirées musicalement agitées et aux spaghettis courants copieusement arrosés.

 

La plupart des soirées glissait aisément sur les heures fatidiques dans des élancées collectives vers des horizons utopiques de société nouvelle. Reine, dubitative et moqueuse chantait et se faisait câline, frôleuse et joyeuse, puis les torpeurs ivres modéraient la langueur des séparations.


Le moment de l'expulsion par surprise était venu au petit matin, une équipe de nervis payés par le propriétaire les avaient prestement délogés leur laissant sur le dos quelques marques douloureuses rose et bleues, les anciens ne les avaient pas soutenus,  travaillant leur réputation.

 

Isolés ils avaient reflué vers les lieux habituels de leurs réunions et dans des appartements squattés ou chez des copines, c'est dans ces moments et ces endroits qu'avait eu lieu l'embrouille avec les deux sœurs, mettant fin à leurs relations festives et courtoises, amitiés enfouies.

 

Narco, le lendemain de leur expulsion, par un mot des plus outrageants leur enjoignit de ne plus utiliser le local désert comme dortoir collectif, Nora était venue consciemment les narguer au plus mauvais moment de leur récente aventure, Reine avait pris leur parti.

 

Rien que d'y penser Arthur en avait des picotements cardiaques, Nora sortait désormais avec Narco avec qui elle partageait son appartement, les arrangements économiques n'étaient pas pour rien dans sa démarche, et elle était venu les insulter, son journal ne démarrait pas.

 

Nora avait eu beau papillonner dans tous les salons petits-bourgeois et gauchistes très parisiens pour annoncer la sortie de son journal nouvellement tiré, cela n'avait dégagé aucune prise en dépôt-vente, aucun intérêt pour sa diffusion, son histoire n'était pas rentable, ne sentait pas l'argent.

 

Il ressortit de l'impasse, et s'engouffra dans la suivante, c'était celle où habitait Julio, ils allaient pouvoir parler du Tao, Julio, torse nu précisément, faisait sa toilette au robinet commun de l'impasse, les taudis recouverts de tôles disgracieuses, n'avaient ni eau ni électricité.

 

Avec sa voix éraillée par les bitures de bières de luxe, par l'abus de pétards ou de médicaments, il l'arrêta, "tiens te voilà, toi, tu vas pouvoir m’ouvrir le local pour que je puisse faire un café", c'était devenu un rituel, à chaque fois, tant que les anciens ne reprendraient pas les clés.


Arthur aurait tout donné pour comprendre et être sûr, le Tao expliquait-il les choses du sexe, la réponse était-elle dans son Tchi, toutes ces fumisteries de grandes opinions déblatérées pouvaient elles éclairer le monde, éclairer l'homme, et stopper la barbarie massacrante.

 

Arthur se laissa entraîner sur des réflexions plus ou moins pointues sur ses engagements nouveaux, il était en état de résistance, sur les chemins de sa quête, il avait rencontré les autonomes, les anarchistes, les zonards, les insoumis, les squatteurs, les réfractaires de tout genre.

 

Il voulait être utile, mais utile à quoi, utile à faire arrêter le massacre rien de moins que cela, en aurait-il la force, le courage, le savoir nécessaire, il avait beaucoup lu sur les expériences passées, mais hormis le mouvement algérien, il n'avait aucune expérience, les autres du bar non plus.

 

Comment s'y prendrait-il, ces bribes décousues de réflexion politique, de conscience, lui seraient d'elle d'un quelconque usage, ils avaient monté le groupe d'insoumission civile et militaire, les autres se cherchaient comme lui, n'avaient pas d'expérience, que leur volonté.

 

Le résidu décomposé des "occupants Rénovateurs" avait bien voulu leur fournir les coordonnées d'un avocat écrivain pour leur servir de conseil, rendez-vous avait été pris, l'homme, la quarantaine dépassée, les avait reçu chez lui, comme de jeunes camarades à qui l'on rend service.

 

Il avait été très direct et sans aucune condescendance, non seulement ouvert et peu avare de ses réflexions personnelles mais encore encourageant et fraternel, de telles personnes existaient donc encore, il leur avait consacré une après-midi entière sans sourciller, gentiment éducatif.

 

Il finissait d'écrire un livre et son temps n'était pas extensible, ils avaient exploré ensemble toutes les conséquences possibles de leurs engagements, toutes celles auxquelles ils avaient pensé, Arthur se souvenait de ses lectures, plus jeune, de cet écrivain engagé, il l'avait en face de lui.

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