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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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Les habitants se rassemblaient aussi autour d’une activité culturelle, Flamenco, association de motards, association de recherche sur les enfants et leur environnement, ou d’une action collective, association de quartier, la Confédération Nationale du travail CNT.

 

Ils multipliaient les liens avec les groupes à vocation militante, notamment la CNT, organisation anarcho-syndicaliste dont le siège était au 33 rue des Vignoles, la co-existence de groupes aux intérêts divers mais  de même origine sociale dans la même rue crée un réseau de relation complexe.

 

Certains restaient complètement isolés comme les motards, tenus pour être les hommes de main de la municipalité de droite, les autres se retrouvaient pour des actions collectives ou lors de fêtes organisées par la CNT, le bar associatif "La mouette rieuse" était un lieu de rencontres important.

 

 En fin de semaine, les habitués venaient y écouter des poètes, des musiciens et divers artistes connus ou inconnus, et les autonomes et les squatteurs venaient y exprimer leur joie de lutter et de vaincre parfois, cette opération avait été euphorisante, et la bière bien fraîche.

 

Personne n'avait encore eu l'idée d'appeler  tous les différents habitants des ruelles et des impasses des mal-logés, pourtant ils en avaient tous les critères, l’insalubrité des lieux, le surpeuplement, l’absence de sanitaire, la qualité de l’insonorisation, le mauvais état des immeubles.

 

Il y a différentes catégories de mal-logés, une multitude de détails concernant leur tenue vestimentaire, leur visage, leur corps, leur attitude, leur regard sont révélés instantanément, il y a les mal-logés reconnus par les pouvoirs publics en très longue attente, et les autres, tous les autres.

 

Les personnes âgées habitant des immeubles insalubres, les occupants des hôtels meublés dont certains sont placés par la Mairie, les sans logis appelés par l’administration les sans domicile fixe, et les mal-logés illégaux, en situation irrégulière, sans papiers ou occupant de squat.


Ils n'aimaient pas ce mot de squatteur, revendiqué par tant d'autres, désignant à l’origine les pionniers d'Amérique s’installant sur les terres volées aux indiens, pour la plupart, c'était une nécessité, pas un choix, ils étaient tous prêts à signer un bail et prêt à payer un loyer abordable.

 

Leur sort était tôt ou tard l’expulsion sans relogement, cette situation était à l’origine des regroupements éphémères et trop peu suivis de collectifs variés et organisés d'occupation illégales de lieux à l'abandon et sans confort de vie, ces mal-logés ne revendiquaient rien, ils attendaient.

 

Hervé, voisin efficace habitait dans un hôtel meublé de la place de la Réunion une chambre de moins de 10m2, le lavabo et les sanitaires sur le palier, souffrant de problèmes liés à l’alcool, il séjournait régulièrement en hôpital psychiatrique et avait été mis sous tutelle depuis longtemps.

 

Il était souvent assis sur son lit, visible de la rue par la fenêtre du rez-de-chaussée ne dévoilant pas les bouteilles vides jonchant le sol de sa chambre, montrer une chose c’est en cacher une autre, montrer une chose c’est en montrer une autre simultanément, il était leur veilleur.

 

Rien ne dispense d’une description détaillée de sa chambre et de son décor, dessins abstraits accrochés au mur réalisés par l’une des deux sœurs d’Hervé et d'autres copiés par lui-même, une photo centrale d’un homme portant une casquette représentait son père, mort.

 

Le décor de sa chambre évoluait en fonction de ses différents états, du plus sombre au plus enthousiaste, depuis un mois beaucoup de couleurs, vous êtes des bons les gars, vous vous laissez pas faire, ma piaule c’est mon monde, il n’y a que là que je suis bien, alors était-il mal-logé?

 

De ruelles en ruelles le décor insidieux de la pauvreté ignorée des puissants et de leurs inférieurs affidés se plantaient du nord au sud de l'arrondissement , de l'est à l'ouest, dans l'indifférence et la condescendance générale, des hommes et des femmes survivaient grâce à leurs valeurs intrinsèques.


Aucun bien sûr n'eut pu figurer l'espace d'une seconde au banquet des salons petits-bourgeois où se discutaient abondamment les diverses solutions absconses visant à transformer leurs vies et leurs manières d'être, forcément responsables de leur état du moment, c'était férocement une lutte.

 

Mais avec leurs beaux discours, leurs grandes réunions, et surtout leurs principes imbéciles, ils n'avaient jamais réussi ce qu'une poignée de marginaux et de réprouvés venaient de faire dans le plus grand des désordres, naïvement et sans prétentions, gênant la fierté de ces petits maîtres.

 

Mais Arthur comme la plupart de ses compagnons Autonomes n'avaient pas de vision stratégique encore moins de calculs politiciens, ils s'en seraient voulu, ils fonctionnaient à l'instinct, à la colère contre les injustices les plus criantes, à la fête débridée, aux joies les plus explosives.

 

Arthur manquait encore d'un infini espérant, il n'avait pas encore laissé ses oripeaux d'angoisse au vestiaire de l'humanité naissante, il n'arrivait pas à oublier, Dominique Premier parfois martelait, oublies, oublies tout ça, éclates toi, ce qui est passé est passé, fais ta vie, n'attends plus.

 

Parfois Arthur partait en dérive au fil des squats ouverts par ses compagnons autonomes, il glissait sa présence d'un endroit à l'autre, dans son propre squat voisin de l'imprimerie de la L.C.R. à Montreuil, il n'était plus si bien vu, des forces de manipulation interne étaient déjà à l'œuvre.

 

Arthur devait désormais apprendre la jalousie révolutionnaire des camarades, plus de temps était consacré à se saboter les uns les autres afin de s'assurer une suprématie éphémère sur les événements, voir une hégémonie complète sur le déroulement des actions, qu'à se rassembler solidaires.

 

De tous les jaloux dispendieux de leur art de mal-faire pour la satisfaction de leur ego trouble, Ricks était sans doute le plus efficace, le visage légèrement hautain, avenant, rieur et en principe détendu, il pouvait se confronter sereinement à la confection dosée de son chocolat matinal.

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