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Publié par Christian Hivert

Comme l’on dit d’une bande de mômes, ils étaient toujours fourrés ensemble, cela pouvait commencer le matin, alors cela se passait à l’appartement de la rue Houdard, l’un des mâles de la cour apportait les croissants, le Premier levé ou celui qui y pensait, c’était souvent Arthur.

 

Selon leur vélocité, les autres rappliquaient en ordre dispersé, ils se retrouvaient un groupe plus ou moins nombreux, attablés à la terrasse du Saint-Amour à l’angle de la placette Auguste Métivier, Reine trônait, chacun tentait par son brio de capter l’attention de ses rêves.

 

Cela formait une tablée animée de désœuvrés, tous les sujets du monde y passaient, parfois Nora retardait son départ au travail, un instant, puis elle les quittait, Reine devenait alors centrale, Arthur goûtait avec stupeur le plaisir de ces rencontres d’un type nouveau pour lui.

 

Combien de fois, dans le silence exigu de sa chambre d'hôtel, n'avait-il pas attendu la venue de ce corps voluptueux, plein et fourmillant, prometteur d'ivresses, charnu et charnel, Reine allait venir s'étendre à son côté et mourir sa nuit dans son lit, et  dans ses bras.

 

Elle n'était jamais venue, il s'endormait tard dans le concert sauvage des chats en rut de la Butte Montmartre, il revivait les après-midi d'affectueuse compagnie et de vadrouilles dérivantes, l'avait-elle distinguée au milieu de sa cour, les doux rapprochements n'étaient pas rêvés.

 

Il s’était un peu éloigné de Patrice, il y avait déjà suffisamment de candidats plus ou moins heureux au rôle de chevalier errant, c’était fatiguant, il faut dire que les sœurs s’y entendaient à merveille pour constituer un cercle de joyeux lascars rivalisant entre eux pour leur plaire.

 

Dans les cafés où le cortège s’installait, entre Nation et Belleville, sur les boulevards, les deux sœurs étaient connues par tous les patrons, garçons et habitués, certains plus adroits et motivés que les autres se mettaient en frais pour s’introduire un instant dans le cercle.


Arthur, tous ces soirs là, eût la meilleure place, tenu en main par Nora, mais ce n’était pas vraiment là qu’il désirait être, bien que cela lui fût agréable, la préoccupation unique était resté, toutes ces semaines là, comment conquérir le coeur de Reine, l'apprivoiser, l'aimer.

 

D’entorses à ses habitudes renfermées en innovations courageuses il était parvenu à un niveau satisfaisant d’intimité et de camaraderie, sans concurrent réel sur le terrain de la courtoisie et de la tranquille ballade d’espoir, mais il lui manquait l’essentiel, il voulait être aimé, désiré.

 

Aussi, lorsque Nora se faisait trop câline à son bras, pressentant le caractère libertin de la demande, Arthur très doucement, mais clairement s’écartait, il ne lâchait pas sa main non plus, cette main merveilleuse et douce lui offrit le privilège de figurer à la meilleure place.

 

Au plus près possible de Reine.  Nora tenait donc la main d’Arthur le soir et une partie de la nuit, et jamais Arthur n’imagina un seul instant les trésors de patience et de tendresse recelés par ce geste, dans cette main il se sentait comme un enfant nu dans son pyjama,  il ne voyait pas.

 

Jamais il ne supposa l’attrait et le désir qu’elle éprouvait pour lui, il ne la prit pas au sérieux, il tint ses timides tentatives, lorsque allongés sur un canapé de passage elle lui caressait le sexe à travers le pantalon avec sa joue pour de simples paillardises sans intérêt, seule Reine.

 

Et il soupirait en patience, malheureux comme une pierre, englué de fatalité, visiblement Reine le trouvait adroit compagnon et l’admettait à sa table, mais ni ne le retenait, ni ne l’invitait, ne le repoussait point non plus, était-ce un début, Arthur ignorait encore tout d’elles.

 

Et il n’osait se dévoiler, ni en paroles ni en actes, ce n’est pas seulement qu’il n’osait pas, c’est qu’il ne pouvait pas, la chose lui était inconnue, comment faire, il s’énervait contre lui-même, pauvre abruti qu’il était, attendrait-il ainsi toujours, jusqu’à la mort, sans avoir vécu.


Reine ne lui décernait aucune distinction particulière non plus, le voyait-elle seulement, il suffirait d’un signe, un seul signe, mais le signe ne venait jamais seule, était-il suffisamment patient, elle ne le connaissait pas non plus très bien, une certaine méfiance était naturelle.

 

Allons, que vaudrait donc cet amour s’il n’acceptait pas d’attendre un peu, mais c’était cette fille là, cette jeune fille avec qui il voulait vivre, vivre la liberté et le respect mutuel, sans principes moraux, seules des valeurs de dignité et de coeur, ils seraient amants et amis, complices.

 

Admirant et admiré, leur union illuminerait le ciel et la terre, ternirait l’éclat ordinaire de toute vie, balayerait dans l’oubli les duos mythiques de toutes les époques et de leurs peuples, son espoir était immense, il était à elle, elle l'attendait depuis si longtemps, le savait-elle.

 

C’est pourquoi il était si timide, et pourquoi elle feignait de ne pas le voir, elle voulait en être sûre, arriver à l’observer comme si elle n’était pas là, toutes ces histoires devraient être si simples, il suffirait de se prendre la main gentiment, enfin, il tourna la tête vers Nora.

 

Elle charriait un jeune "reubeu" venu s’asseoir à la table avec son demi à demi bu, enfin, pas forcément comme Nora faisait avec lui depuis plusieurs soirs, non, il y aurait une manière particulière de se prendre la main pour se dire tout ce qui prenait tant de temps et d’angoisse.

 

Ce serait une convention culturelle régulière, sans tabou ni restriction morale, on se prendrait par la main et cela dirait , "Je veux te connaître et m’unir à toi", au lieu de cela, on se faisait toutes sortes de singeries, on s’entourait d’attentions hypocrites, on se faisait attendre.

 

Alors justement dans ces cas là on ne se prend pas la main, Nora continuait de vanner le type en face de lui, il retira discrètement sa main comme s’il en avait besoin pour s’allumer une clope, Nora avait envie de lui, mais ça n’avait rien à voir, Nora était une bonne copine.

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