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Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 12:43
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Maintenant, Sergio est mort dans son sommeil, il avait quarante sept ans et n'avait pas envie d'en avoir beaucoup plus, le handicap qu'il avait était de plus en plus lourd à gérer avec l'age, il voulait être comédien, l'article qui suit le represente bien, deux ans avant ses adieux, à tout ceux qui l'on connu il a laissé des souvenirs, il est toujours avec nous, n'oubliez pas sa paille, (pour vider les godets, courte pour les verres à vin, longue pour les autres).

 

Christian Hivert, Le Libones, 4 decembre 2010


Boulimique de répliques


Sergio Malduca, 45 ans, vit le théâtre avec ses tripes. Il joue dans Le Procès de Kafka, mis en scène par Philippe Adrien, actuellement en tournée.


Parler du handicap "ça l'emmerde". Ras-le-bol d'être réduit à ses difficultés pour se déplacer sur scène ou pour dire distinctement son texte. Il s'énerve, Sergio Malduca : "Merde, mon métier c'est pas handicapé, c'est comédien !". D'accord, la phrase n'est pas de lui. Il l'emprunte à Ouiza Ouyed, aussi dans la distribution du Procès de Kafka. Une création d'après l'oeuvre de l'auteur tchèque, adaptée et mise en scène par Philippe Adrien, directeur du Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes. Sergio Malduca interprète Franz, gendarme corrompu, qui, avec un acolyte, vient arrêter Josef K. Appuyé à une porte, le voilà goguenard dans son habit de fonction. Ce n'est pas le rôle qu'il aurait voulu jouer. L'amant de Léni, Bloch le chétif, l'aurait plus amusé. Tant pis. "Dans la situation où je suis, je ne peux rien refuser." La rage est là. La frustration pas loin.

 

En fait, il voudrait tout jouer, persévérant, insatisfait. Mais son téléphone ne sonne pas. "Ils sont où les metteurs en scène qui embauchent des handicapés ? Je leur lance un appel solennel, qu'ils se manifestent !"Sergio Malduca pendant une seance de maquillage Sa dernière pièce, c'était Le Malade imaginaire, en 2001, aussi avec

malducca-maquillage.jpg la Compagnie du 3e Œil et Philippe Adrien. Des représentations à Paris, en banlieue, en province, un formidable succès, des articles de presse élogieux. "Des handis qui veulent faire du théâtre professionnellement, y'en n'a pas des masses, alors on se retrouve toujours un peu avec les mêmes." Après ? Rien. Encore heureux que Le Procès soit arrivé, sinon c'était la galère financière. "Pas assez de contrats donc exit les Assedics; et comme je travaille, pas d'allocation adulte handicapé car j'ai dépassé le plafond. Le RMI ? Non, je ne veux pas".


Le théâtre ça fait pourtant vingt-cinq ans qu'il en fait. Tous des manuels dans sa famille de douze enfants, sauf lui. A 20 ans, il débarque à Paris de sa Lorraine natale sans savoir exactement quel métier exercer. Il entend parler d'une école de théâtre, Le Théâtre quand même, animée par Cécile Ricard, comédienne devenue hémiplégique. Déclic. Trois ans de formation, des rencontres qui l'ont marqué : Pierre Santini, Gérard Desarthe ; des rôles aussi : Caligula, Néron, le pouvoir et la détresse, la mégalomanie et le manque d'amour. Suivent les castings : il est reçu entre deux rendez-vous. C'est l'époque des "désolé, je suis pressé" et des "on vous écrira". Une galère. Il sait qu'il s'est fait jeter de partout "parce qu'imaginer un individu avec mon physique faire du théâtre ou du cinéma, c'était inconcevable pour eux". Lui, il s'en fout de l'inconcevable, jouer c'est viscéral. "Il fallait continuer ou crever."

 

Avec un groupe d'amis, il fait du théâtre de rue pendant trois ans, bénévolement, puis il anime un atelier de pratique théâtrale dans un foyer pour handicapés moteurs à Tremblay-en-France. "On faisait des exercices d'élocution, des jeux de rôle, de l'improvisation". Le groupe réalise aussi un court-métrage La Cité de l'automobile, un Roméo et Juliette version banlieusarde. Second déclic. Bruno Netter, Josef K aujourd'hui, le contacte pour un rôle dans Le Livre de Job. "Une histoire de mec valide qui se sent hors normes, entouré de personnes handicapées qui lui remontent le moral." Dans Le Procès, Sergio Malduca apparaît deux fois. Au début de la pièce, il parle en premier, lui qui a des problèmes d'élocution à cause de son infirmité motrice cérébrale. "C'est une responsabilité d'être celui qui commence, mais ça l'est en général, handicapé ou pas. Et puis Philippe Adrien n'est pas con, il sait que je peux le faire."

 

Plus tard, le voilà suspendu dans une sorte de harnais, sur le point d'être fouetté pour avoir tenté d'extorquer de l'argent à Josef K. "Le metteur en scène m'a beaucoup utilisé dans la surprise. Tout le monde se demande comment j'ai pu être installé dans ce harnais... Il a choisi de choquer avec mon handicap mais j'assume, je m'en amuse." Difficile, là, de ne pas parler du handicap et retour à la sempiternelle question de ce que l'on est, veut paraître et de la perception des autres. Quand leur regard devient misérabiliste, Sergio Malduca se hérisse.

 

"Merde, j'ai envie de pisser, de baiser, comme tout le monde !" Souvenirs de métro quand la gentille dame lui laisse sa place, qu'il dit merci et que tous le regardent l'air étonné. "Eh oui, il est tout tordu et en plus il parle !" Même ceux qui le connaissent bien n'évitent pas toujours les attitudes protectrices à son égard. Il arrive aux autres comédiens de vouloir l'aider et parfois ça l'énerve.


Qu'importe. Après plus de vingt représentations à Paris en janvier et février, il part en tournée. Et quand la lumière donne vie à Franz, le gendarme goguenard, que tous les regards sont braqués sur lui, Sergio Malduca ne pense plus qu'à une chose : donner du plaisir aux spectateurs.


Valérie Di Chiappari. Crédit photographique : Jérôme Deya

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
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