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Publié par Christian Hivert

Mais s’il n’avait pas rencontré Reine, jamais il ne se serait dévouée à cette cause,  à partir de cette matinée avec les deux soeurs l’orbite de sa vie dévia de sa trajectoire, lui qui n’avait jamais ressenti d’autres émotions que des émotions apprises, défaites, enfouies, voir frelatées.

 

Même s’il avait souffert de certaines frustrations, même si certaines souffrances l’avaient mené aux portes de la folie, il semblait toujours avoir erré dans un bagne intérieur, un exil au monde où aucun pont ne lui avait permis de relier cette souffrance à des événements de ce monde.

 

Si seulement Dominique avait bien voulu lui parler, si seulement elle avait bien voulu condescendre à lui expliquer gentiment, ne pas l'exclure de sa vie, il s'était retrouvé jeté comme un étron sur le trottoir, ferait-elle donc toujours cela, jouer les importantes, se croire du dessus du panier.

 

Etait-il donc possible qu'il se soit fourvoyé à ce point, qu'il soit tombé amoureux fou à vie de la seule future petite réactionnaire de la cité, lui le libertaire, l'Autonome, et quand bien même, c'était là le risque de la liberté qu'il prisait tant, Reine aussi devait être et rester parfaitement libre.

 

Il lui avait toujours semblé être émotionnellement absent des aléas de ses déambulations, sa vie n’avait fait que suivre les événements qui se présentaient à lui comme autant de routes identiques se suivant les unes les autres, il les suivait jusqu’à leur dénouement, leur bifurcation.

 

Leur croisement le restituait au hasard des rencontres, avec l’impression de ne choisir jamais, d’être mort psychiquement dans un corps ressentant tout, une seule sensation surnageait comme un espoir inattentif, l’angoisse, une angoisse terrible et diffuse aux crises accablantes, chroniques.

 

Mais cette angoisse, constamment présente, même lorsqu’elle sommeillait, n’était pas reliée à des faits précis, elle l’accompagnait et telle une respiration changeait de volume, il s’arrangeait d’elle, pestait lorsqu’elle le submergeait, désespérait de s’en séparer jamais, mais il en était prisonnier.


Les mouvements et ses choix semblaient être guidés par son intérêt immédiat doté de quelques valeurs humaines ramassées sur la chaussée commune, ou peut-être léguées, comme abandonnées par une époque révolue, dissolue, l’ordonnancement de ses attitudes était déterminé par sa raison.

 

Sa raison commandée par un sentiment de justice emprunté au magasin de la générosité humaine, les règles si elles avaient été conscientes auraient été simples, se laisser porter, ne pas s’étonner, ne pas juger, ne rien interdire, comprendre, ce n'était pas le moins délicat, être Autonome.

 

Le lendemain, de bon matin, il commit son Premier acte d’amour et s’engagea tout entier dedans, le pont était dans le brouillard, il ne savait où il mettait les pieds, mais il s’élança vers l’autre rive de lui-même, si longtemps verrouillée, délivrant son être et chamboulant son existence.

 

Aucune des multiples personnes qui le croisèrent avec son curieux fardeau sur le dos, sur le boulevard entre Couronnes et Père Lachaise, ne se douta un instant que cet uluberlu peinant et soufflant à porter, tirer, traîner un canapé convertible deux places faisait là son Premier geste Autonome.

 

Il faisait chaud et il était en nage, épuisé par ses efforts, un point au côté et le souffle court, il crut qu’il n’y arriverait jamais, comptant les pas, les mètres, tirant de nouvelles forces de son exaltation, faiblissant et s’arcqueboutant, il parvint enfin à destination, il restait l'escalier à monter.

 

Au Premier étage, la porte s’ouvrit à son coup de sonnette, devant une Reine éberluée, "Mais qu’est ce que tu fous ? Qu’est ce que c’est que ce truc ?" "C’est un canapé lit, je l’avais dans la cave de mon ancien appartement, j’en avais plus besoin, je suis venu te le donner, il est propre"

 

"J’ai vu hier que tu dormais sur un matelas par terre, ça m’a donné l’idée de te l’amener, voilà !" "Mais t’es dingue ! Enfin, merci, c’est sympa, mais t’as porté ça tout seul ? Tu viens d’où ?" "Oh, c’était pas loin, juste à Couronnes, maintenant c’est fait, on le met en place, ça t’intéresse ?"


"Qui c’est" la voix de Nora s’échappa de la salle de bain, "C’est Arthur, il vient de m’amener un canapé-lit, il est complètement fou ce gars là !", Arthur mit le canapé à sa place, sous le matelas, des vibrations encore inconnues de lui le faisait palpiter intensément, il se sentait fort et béat.

 

"Tu veux un café?" "Bien sûr", Arthur reprenait son souffle, l'exercice l'avait exténué et à sa fatigue s'ajoutait de pleines volutes d'émotions diverses, l'appréhension folle, la pudeur mise à nue, jamais de sa vie il n'avait osait témoigner un si grand intérêt pour une personne.

 

 

Reine souriait, la candeur de ce type était phénoménale, il était passé deux ou trois fois chez elle et il avait vu un matelas par terre, ça lui avait donné l'idée de ramener un canapé clic-clac, tout seul, sur le dos, et le canapé était de bonne qualité, service à domicile gratuit,  sans demande.

Elle se serait trouvée seule, elle aurait éclaté de rire, elle en était bluffée, c'était bien la première fois qu'un tel truc lui arrivait, il s'était intéressé à son lit, se doutait-il bien de l'usage tumultueux qu'elle en faisait, il était rouge encore de ses efforts, ou pour une autre raison, elle s'attendrit.

 

Il n'avait pas apporté une table pour remplacer la vieille planche sur ses tréteaux, non, le lit, mais cela ne voulait peut-être rien dire, il avait apporté le lit parce qu'il avait le lit à donner, mais tous les mecs pensaient bien à la même chose, elle le soupesa derrière ses paupières mi-closes.

 

Il était rouge comme un puceau devant une belle et jeune fille, et il y avait fort à parier que ce n'était pas pour les fesses de Nora qu'il s'était éreinté la paillasse, Reine eut envie ce jour-là de traiter Arthur autrement des autres, celui-là était amoureux, elle le sentit pur, elle le voulut.

 

 Reine alors eut envie de se couvrir un peu plus que les autres jours, ne pas lui donner d'envies, ni d'espoirs, le peu qu'elle lui montrait en ce moment était de trop, elle ramena vivement le pan de son peignoir sur sa cuisse nue et fila dans la salle de bain, avec Nora, s'habiller d'une robe.

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