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Publié par Christian Hivert

bien

 

Faire les mêmes gestes quotidiennement pour aller travailler de quoi gagner le nécessaire pour s’entretenir et retourner au travail sans aucune possibilité de changer rien à l’organisation générale de ce train-train assoupissant, s’en retirer pour faire quoi, aller vers où, dormir.

 

A sept heures il prenait sa douche, seul encore dans l’immeuble désert, à sept heure trente, il éteignait l’alarme et téléphonait à la société de télésurveillance gérant la sécurité de l’immeuble, puis à 8h il ouvrait les portes aux hommes et aux femmes de la société de nettoyage.

 

A 8h30 il était enfin relevé, après avoir inscrit le commentaire du jour sur le cahier main-courante, R.A.S., et telle était sa vie, gardant pourtant tout l’espoir d’un monde à venir, à construire, fraternel, débarrassé de la barbarie, des scories incandescentes de l’enfance de l’humanité .

 

Et son cortège ininterrompu de misères, toute une fête promise, éternellement repoussée, tout un parfum aux effluves atrocement subtils flottait dans l’air du temps entre un vent d’infamies et des bouffées glaçantes d’horreurs, le dédain dépressionnaire de ces temps le choquait.

 

Si l’on n’y prenait garde la gauche au pouvoir dans les années 80 aurait tôt fait de déstructurer toute vie sociale et de détruire toute force politique d’opposition à sa gestion cynique des affaires, devant un peuple ébahi et muselé, alors ce matin là, il avait trotté vers le 17 rue des Vignoles.

 

C’était la seule porte ouverte connue pour sortir de la bulle asphyxiante où il se trouvait, il avait fait un arrêt au bar de Mourad, avait bu un café, il avait traîné dans les impasses où certains des marginaux fréquentant régulièrement leur bar habitaient, ils n’étaient pas encore réveillés.

 

La plupart n’émergeaient qu’à l’approche de l’après-midi, alors il s’était retrouvé là, devant le 17, à se dandiner d’un pied sur l’autre, depuis combien de temps déjà, il se dirigea sans envie vers l’ancienne fabrique détruite dont ne subsistait que les quatre murs et des morceaux de toiture.


Il se motiva douloureusement pour occuper sa journée à visiter les impasses de la rue, il y avait un trou dans un des murs à l’arrière, caché par la profondeur de l’étroite impasse, il trébucha désespéré sur les gravats en tas jonchant le sol, par endroits en épaisseur d’un demi mètre.

 

 Au fond s’enchevêtrait sur deux mètres de haut un fatras abusif de mille déchets, gazinières défoncées, paillasses éventrées, sommiers brisés, planches calcinées, portes fendues, meubles fracassés et divers fruits du labeur continu de récupération de Riton, fourmi de l’improbable.

 

C’était sa banque, au milieu trônait un canapé de skaï distendu, il s’avachit dessus, dans un sanglot, une larme par déchet entassé, et il y en avait dans la caverne d’Ali Riton, Riton, le vieil Arthur Bouteiller était venu saluer à sa manière lesjeunes nouveaux compagnons de la rue.

 

Il avait garé sa brouette au milieu de l’entrée vitrée du local et avait commencé à haranguer, "salut jeunes compagnons, c’est bien d’être venu renforcer le mouvement, on n’est jamais assez, je vous apporte le salut de tous les frères, votre arrivée est connue de tous, oui de tous."

 

"J’vous ai amené des affaires et du matériel, cela pourra vous servir dans votre entreprise, il faut se serrer les coudes, tenez prenez déjà ça, j’en ai encore  plein d’autre, c’est fou ce que les gens jettent, mais avec des petits gars comme vous, hein, et ben on va faire du bon travail,

 

Tenez, prenez tout" Robert avait jeté l’ancien, "Ca suffit Riton, y’en a marre de tes conneries, va foutre tes merdes ailleurs, ça fait des semaines que j’arrête pas de sortir des poubelles entières de ce local pour faire propre et toi t’arrêtes pas d’en ramener, c'est pas la décharge, merde,

 

Y a rien d'utile là dedans, fous le camp, tu m’fais chier, on n’a rien à faire ensemble", ils s’étaient engueulés pendant une bonne demi-heure et Riton, rouge et en colère était reparti poussant son éternelle emblème d’ancien compagnon chiffonnier d’Emmaüs, sa brouette.


Alain Stierne le vieux pape de l’Économie Distributive , unique rédacteur de Dis-Eco, fanzine ronéoté mensuel, était intervenu peu après pour tempérer les choses, "Soyez un peu gentil avec Riton les gars, il a perdu sa femme, la vieille Maria il n’y a pas très longtemps, il souffre,

 

C’est pour ça qu’il est un peu chiant, mais il a le coeur sur la main, c’est un gars qui a beaucoup fait dans sa vie et qui continue encore, essayez d’être cool, et même s’il vous fait chier sur l’alcool, elle est morte de ça Maria, il n’a pas réussi à l’en tirer, alors soyez compréhensifs."

 

"Bon, bon, on fera attention, je ne savais pas tout ça, mais s’il me casse les couilles, je lui dirais qu’il me casse les couilles" avait répondu Eric, Robert n’avait rien dit, il n’aimait pas Riton, ainsi la figure légendaire du vieil homme de la rue des Vignoles s’est imposée à eux.

 

Dans le fracas d’une vieille quincaillerie déformée et hors d’usage, Riton veillait, Arthur était installé là, le visage baigné, le coeur meurtri, bouée désamorcée ballottée par les flots, s'il pouvait trouver des éléments de réponse aux questions qu’il se posait, reposait éternellement.

 

Une direction vers où aller, souffrance balayée, avenir dégagé, certitude de ses envies, et qu’était-ce donc ces soirées passées avec les deux sœurs et toute la bande traînant autour à s’amouracher de Reine, comme le Premier imbécile venu, parce qu’elle était belle, il la voulait.

 

Parce qu’elle voulait que les hommes la voient, parce que son corps plein et souple attisait l’envie et qu’elle en montrait autant qu’il est possible sans être nue, Arthur tenta de faire revenir les images plaisantes de toutes ces soirées, Nora tenait la main d’Arthur c'était rituel.

 

La première fois que Nora avait fait cela, Arthur n’y avait pris garde, il avait laissé faire sans y accorder d’importance, tellement c’était le geste de sympathie qui s’intégrait le plus simplement du monde dans la nature doucereuse de leurs rapports devenus rapidement quotidiens.

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