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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /Juin /2009 11:55
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bien

Il en avait été si longtemps triste, puis avait pris sur lui, il serait son ami, il voulait son bonheur et son plaisir, il avait abandonné tout sentiment de jalousie, toute ambition de possession rétrograde, il voulait la liberté en toutes choses, un jour peut-être se lasserait-elle de lui, le regarderait-elle alors?

 

Et il n'aurait rien compris, il ne comprendrait jamais rien aux manœuvres des filles désirant se faire désirer, mais alors il refusait ce genre de jeu, ce n'était pas l'autonomie ni le respect de la personne, ce n'était que ruses guerrières et tromperies, il s'y refusait énergiquement.

 

Il se dirigea tranquillement en direction du Sacré-Cœur, sur les marches, peut-être y trouverait-il Patrice, Reine devait être en train de se coucher entre les bras de son amant, comment pouvait-il être, la nuit des bars était mollement animée, près de la place du Tertre, il y avait du mouvement.

 

Mais c’était l’usine à touristes, Patrice et lui ne s’arrêtaient jamais dans ces bars là, il reconnut une silhouette au loin, mais il n’était pas sûr, il pressa le pas, ils étaient deux, c’était elle, Rosalie était avec le jeune homme mince habillé en noir, il vivait généralement dans les squats de Berlin.

 

Un allumé, pour gagner un peu d'argent et vivoter, il se prostituait, Rosalie et le type étaient presque arrivés aux marches, il pressa le pas pour les rattraper, les ombres étaient passés devant le Sacré Coeur, avaient glissé le long, deux ombres fuyantes noires, le tout début des Gothiques.

 

La première fois où il avait rencontré ce type, c’était chez Rosalie, la première fois où elle l’avait amené chez elle, pour fumer un péte, puis ils étaient retournés au Nord-Sud, côtoyer la ronde des désoeuvrés du quartier, Rosalie avait les ongles longs vernis en noir, la bouche fardée de noir.

 

Rosalie entourait ses yeux d’un fort trait de crayon noir en oeil de biche, prolongeant jusqu’aux tempes ses sourcils généreusement étirés au khôl, son manteau, son chandail, sa minijupe assidûment rajustée sur ses cuisses rondes en bas-résille et ses bottines à lacets étaient noirs.


Elle habitait dans un fond de cour de la rue Marcadet vers le Boulevard Barbes, un jour, il n’y avait pas longtemps, une semaine au plus, peut-être un peu plus, avec toutes ces nouvelles rencontres et ce nouveau projet il avait fini par perdre la notion de l’écoulement des jours, il l'avait suivie.

 

Ils s’étaient croisés au Nord-sud en début d’après-midi, il était encore tôt, aucun des différents personnages dont la présence réciproque meublait le dénuement des existences des uns et des autres n’était là, ils burent leur café, Arthur paya, Rosalie était souvent sans un et se faisait offrir les boissons.

 

Et puis s’il lui restait un peu de l'argent demandé à ses parents chaque quinzaine, elle le mettait de côté pour payer une place de concert ou un bout de shit, parfois, en s’amusant, elle disait, "Non, désolé, moi je ne paye rien à moins de dix sac, j’ai pas la monnaie, tiens payes, tu bosses, t'as des sous".

 

Puis comme ils s’étaient déjà échangé les quelques phrases traditionnelles de mise au point régulière de leur connaissance de l’un et de l’autre commençant par la très courue "alors, qu’est-ce que tu deviens !", ils avaient convenu qu’il était trop tôt pour terrasser au bistrot, elle avait du bon matos.

 

Les autres n’arrivant jamais avant 15h30 ou 16h, ils avaient le temps d’aller se rouler un petit pétard chez Rosalie, du Nord-Sud ils en avaient eu pour une dizaine de minutes à pied, tout en prenant le temps, en croisant et papotant au passage avec les jeunes défoncés dont le frère de Danielle.

 

Ils traînaient toujours au même endroit, à l’angle de la rue Simart, à deux pas du square Clignancourt tranquille pour se faire son shoot à l’abri des curiosités effrayées de leurs concitoyens, puis ils entrèrent dans le petit immeuble du modèle haussmannien à l’entrée protégée par un code.

 

Sept étages et chambres de bonnes sous les toits, ils font le charme discret des rues aisées de Paris, l’ambiance d'ici et de la rue des Vignoles n’était pas la même, au rez-de-chaussée chaque immeuble ou presque accueillait une boutique bien éclairée, les gens flânaient pour leurs courses.


Les parents de Rosalie avaient tenu une épicerie, ils l'avaient revendue pour s’installer à Orléans, Rosalie habitait au fond de la cour, dans l’ancien appentis servant de réserve à l’épicerie, ses parents l’avaient conservé pour elle, c’était une pièce aveugle de quinze mètres carrés environ.

 

La pénombre continuelle de la petite cour éclairait faiblement en journée par l’unique imposte du dessus de la porte et les murs étaient bruts de béton, une ampoule pendait au milieu de la carrée, un matelas posé au fond, protégé de la dalle froide de ciment du sol par une moquette.

 

Deux étagères et une unique affiche de "Ecco & the bunnyman" avec la tête de Yann Mc Cullogh entourée d’un coeur tracé au feutre rouge, et le type était là, assis sur un petit banc de bois, à grelotter en slip, été comme hiver la pièce était toujours froide, elle ne voyait jamais le soleil.

 

"Mais qu’est-ce que tu fous là ?" "Je me fortifie le corps. Je résiste au froid !" "Mais, t’es complètement maso" "Mais non, je lutte, je résiste, il faut que je tienne encore dix minutes", plus tard le type s’était rhabillé, avant de devenir bleu, ils avaient fumé le pétard, occupation coutumière.

 

Arthur les rejoignit au moment où ils descendaient l’escalier vers le square Villette encore ouvert, "Tiens, salut, qu’est-ce que tu zones par là?" "J’me promènes, j’arrivais pas à dormir", trois à quatre groupes de noctambules veillaient  à l’accomplissement de la nuit.

 

Nulle trace de Patrice, "Tu viens avec nous ? On va se griller un petit pète dans le square" "Ah ouais, avec plaisir" "Tu connais J.P." "Oui, on s’est croisé chez toi" "Alors ton histoire de rade ça marche?" "Ouais, pas mal, y a beaucoup de monde,  c'est la fête et une super ambiance, et vous?".

 

"Et voilà, tu recrutes?" "Telle est ma vie Dominique"; Arthur était prisonnier d'un dialogue permanent avec Dominique premier,  à chaque évènement, chaque décision, chaque rencontre, elle commentait, il lui expliquait, plus encore que si elle avait été là physiquement, ses regrets absorbaient sa vie.

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres: I Reine - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture.. - Ecrire un commentaire
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