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Publié par Christian Hivert

images.jpgLA MARGE

 

J’ai rejoint à mon tour les tapoteurs de canne,

Les tâteurs de pavés.

Mais je me sens moins vieux que ce jeune avachi

Qui se laisse glisser contre un mur pour s’asseoir.

Il faut lui pardonner ; il n’a pas de repère.

Rien que des géniteurs.

Avec d’autres paumés, il part à la dérive

Entre les mains de ceux qui le lobotomisent,

Enfant abandonné aux vendeurs de mort lente.

L’enclos de la cité n’a pas d’autre horizon

Que les tours et les barres

Aux façades grisâtres.

Ce qu’ils vont devenir n’intéresse personne.

Leurs parents, tout comme eux,

Ne sont plus qu’à la marge.

Que pourraient-ils donner ? Ils ne font que survivre.

C’est la misère mentale autant que matérielle.

Et l’entrée des immeubles et les caves sordides

Ne sont jamais des lieux incubateurs d’espoir.

Et l’on dit qu’on fera,

Et l’on dit qu’on va faire

Surtout quand ce terreau engendre la violence.

Bidonville au carré pour modifier l’image

Sans prendre les mesures

Qui pourraient tout changer.

Agir pour redonner leur part de dignité

A ceux qui ne croient plus

Qu’ils sont de notre monde.

Nous reconnaître en eux ;

Socialiser l’espace ;

Percer des avenues,

Désenclaver la vie

Et détruire pour toujours

Tous les quartiers ghetto.

Il suffirait pour ça d’en avoir le courage

Et d’exiger de ceux que nous avons élus

Qu’ils tiennent leurs promesses.

Mais j’ai bien peur, ami,

Que nous nous en foutions…

                                                              P.SELOS

                                                      Paris, octobre 2012

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