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Publié par Christian Hivert

Qui veut noyer son chien (ce dont islamo-gauchisme est le nom)

Olivier Marboeuf  20 Février 2021

 

L’exercice de possession coloniale procède d’un geste de re-nomination. Le nom colonial vient toujours par-dessus un autre nom, une autre histoire, une épistémologie qui dit d’autres rapports au monde. Il est une manière de d’imposer une origine, de marquer une propriété,de dire que la chose commence à exister comme objet ou comme sujet à partir d’un nom qui la convoque depuis le néant sur une scène de la dignité en même temps que sur un marché qui lui attribue une valeur de transaction ou d’épouvante, c’est selon.Pour cette bouche coloniale donc, tout ce qu’il y avait avant le nom qu’elle prononce ne peut être que sauvagerie inarticulée, obscurité sans valeur, vaines croyances improductives.Cette manière de nommer par-dessus est ainsi un geste d’appropriation mais également de dissimulation et d’effacement qui rompt les généalogies, les alliances, les attachements, embrouille l’Histoire. Un geste qui sépare et rend les relations impraticables.

 

Dans «islamo-gauchisme», le préfixe «islamo» est donc d’abord une façon de nommer sans le nommer l’antiracisme politique. Grâce à de longues années de lutte et à la dynamique récente du mouvement Black Lives Matter en France, les sensibilités, les mots et les prises du mouvement antiraciste ont élargi brutalement leur audience. Les violences policières ont mobilisé plus que jamais, le racisme systémique est apparu soudainement même brièvement comme une évidence qui s’est même invitée, parfois à des heures de grande écoute, à la radio et à la télévision. La fête fut courte. Ça ne pouvait durer. Mais l’antiracisme ne peut être contré sur son terrain sauf à revendiquer la légitimité à être raciste ce qu’a fait Donald Trump de manière continue durant son mandat de Président de la plus grande "démocratie" du monde. Le moins que l’on puisse dire c’est que personne ne s’attendait au succès de cette approche qui fracasse à la hache la table des négociations et anéantit tout débat d’idées. Cette méthode épuise par la transparence et l’aveu de sa violence. Elle a inspiré.

 

L’inconvénient est qu’elle fait une confession à laquelle certains leaders européens se refusent ; celle de reconnaître le privilège et la domination, voire l’impunité du patriarcat blanc. Ce qui va à Donald n’est pas encore confortable pour tous et toutes. Pas encore. Mais en France, l’Etat a quelques autres atouts dans sa manche. Il arrive au même point par un chemin détourné grâce à des invité·es de choix : les indigènes musulman·es. Ceci nous oblige au passage à redéfinir de manière située plutôt que d’en chercher une traduction — ce que pourrait bien vouloir dire«blackness» dans le contexte particulier de la société postcoloniale française. Puisqu’une Matière Noire politique y fait irruption, y reçoit des coups et que le seul terme de «négritude» ne saurait suffire à nommer cette apparition dérangeante.

 

Pour revenir à notre sujet, il est évident que le préfixe«islamo» est ici une marque d’infamie, un adjuvant de terreur. Il vise à produire la honte et la peur. C’est aussi en cela que l’expression sur toutes les lèvres ministérielles participe à ce que l’on appelle des politiques de respectabilité. D’un côté l’annonce de mises à mort sociales, économiques quand elles ne sont pas des actes de violence plus directs encore. C’est la fonction «islamo», dirons-nous. La première lame. Et de l’autre, des offres de service au nom de la diversité dont nous parlerons plus loin, mais qui appartiennent àl a même mise au pas ordonnée par les Maîtres.

 

Dans le contexte français donc,il est possible de contrer l’antiracisme en ne le nommant pas, ou plutôt, en le renommant par le préfixe «islamo» avec toute l’odeur de poudre qui l’accompagne. Paradoxal parapluie sous lequel on entasse une foule de personnalités dont certaines, bien évidemment, ont quelques abjections pour le terme, défenseuses qu’elles sont d’une laïcité républicaine sans faille. Ce n’est pas grave, on n’est pas à cela près. L’autre aspect qu’invisibilise en fait cet habile «islamo» à part égale avec son camarade «gauchiste» — ce sont les luttes féministes intersectionnelles qui elles aussi hérissent le poil des universitaires conservateurs qui sont allés pleurnicher dans les pantalons du Président. Car il s’agit dans cette attaque, on l’aura compris, non pas de nommer un danger mais bien de protéger certains privilèges à l’heure où la figure du Maître blanc vacille, affaire après affaire, au point qu’on aurait presque tendance à l’imaginer sous les traits d’un criminel incestueux au-dessus des lois. Et ses ami·es avec. Impensable !

 

En résumé,les théories de genre, encore plus quand elles osent aller fricoter du côté de l’antiracisme et qu’elles ne font pas du jeune homme arabe leur unique épouvantail, deviennent fatalement de l’islamo-quelque chose. Évident. Implacable. En d’autres occasions, on en aurait ri. Et puis il reste un autre vaste territoire dans ce mot valise en forme de caravane. Le«Gauchisme», comme ennemi historique de l’État, surtout quand ce dernier s’ébroue dans la plus brune des boues. «Gauchisme»nomme ici comme son voisin «islamo»plusieurs choses à la fois. On pourrait le prendre d’abord comme synonyme «d’articulé». Puisque ce qui a surpris, puis fâché au plus haut niveau de l’État est d’entendre soudainement la force d’une pensée antiraciste articulée, dans la rue, à la radio, sur les plateaux pourtant bien gardés de la télévision.C’est la stupeur devant la belle promesse démocratique de l’émancipation quand celle-ci prend un chemin inattendu. C’est l’aveu qu’on ne croit pas possible que ceux et celles qui ont subi tant de violence et d’anéantissement, les vastes classes islamo-populaires de France, puissent se permettre de répondre par autre chose que des cris.

 

Car l’émancipation ne peut être qu’une invention et une récompense républicaines. Elle ne peut s’imaginer autrement que comme une élévation vers les lumières des Maîtres, mimétisme imparfait de leurs mœurs délicates et de leur pensée raisonnable. Rejet de l’obscurantisme, c’est-à-dire négation de soi pour le peuple ignorant. Si l’État vise l’Université aujourd’hui, c’est pour signaler au contribuable que c’est avec son argent que cette horreur se diffuse dans les esprits faibles des périphéries de l’Empire. Nous savons qu’il y a bien d’autres foyers de l’antiracisme politique en France, aussi nombreux que précaires.

 

Il est à prévoir que le monde associatif sera des prochaines cibles et que les conventions seront signées de la promesse de renoncer à faire quoique ce soit qui puisse ressembler à cette infamie. L’autre traduction de «gauchisme» est plus évidente. C’est l’anticapitalisme, encore et toujours. Mais ce qui effraie, c’est que ce dernier puisse trouver un nouveau souffle, une nouvelle voix dans sa fréquentation de «l’islamo» antiracisme pour qui n’a pas foot ce jour-là —. S’agencent de nouvelles alliances et espaces critiques qui font du projet colonial l’une des scènes primitives du capitalisme néolibéral, en  dévoilant sa  propension à l’écocide et à l’extractivisme, autant que ses racines sexistes, racistes et patriarcales.Voilà ce que nomme notamment l’islamo-gauchisme du gouvernement : la possibilité d’une lutte antiraciste décoloniale aux multiples sensibilités qui est aussi un anticapitalisme inclusif. Et c’est peut-être ce dernier point qu’attaque l’infamie du terme. Il sert à préparer l’espace pour des politiques de consentement au capitalisme de la diversité.

 

Marketing des niches minoritaires qui est la seule issue, si on en anéantit les potentiels politiques et les désirs d’émancipation incontrôlables, à la poursuite habile d’un système dont le corps central reste le Maître blanc qui pleurniche en même temps qu’il exécute, qui caresse en même temps qu’il châtie.

 

C’est pour cela qu’il nous faut apprendre à nous nommer nous-mêmes,dans la diversité de nos sensibilitécar nous devons maintenir ce qui nous lie, dans les écarts et les tensions, sans nous laisser séparer et organiser selon une dignité inventée pour le confort d’un Corps qui n’est pas le nôtre. Et ne plus subir des noms qui cachent notre urgence à fabriquer et à vivre d’autres vies, à respirer un autre air que celui des pets du mourant national.

 

Rennes, le 20 février 2021.

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