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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 14:03
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bien

CHAPITRE II

La rencontre

 


L’hiver avait passé vite, le froid également, le printemps, les robes légères et les clins de soleil coquins tardaient à souffler le renouveau, au cours de ces mois égrenés, Arthur et Patrice, compagnons inséparables, n’avaient pas chômé, faisant le plein de rencontres magiques.

 

Il avait semblé que Patrice apporta à Arthur, comme sur un plateau, jour après jour, tout ce qui lui manquait depuis de nombreuses années, au point que des choses tout à fait ordinaires comme de se faire des copains au travers de rencontres impétueuses se dévoilaient.

 

Patrice était le type même du nomade urbain, il n’ignorait rien ou quasiment des différents lieux de rencontre aléatoires que pouvait compter une ville comme Paris, d’endroits sauvages en places occupées par de farouches insoumis à l'ordre planifié de l’injustice, il avait déambulé.

 

Il n’avait d’ailleurs passé son temps qu’à cela, c’était une passion, un art, depuis sa montée à Paris, son C.A.P. de cuisinier en poche et l’amour de sa vie par la main, il avait dirigé son esprit partout où pouvait se renifler une connivence affectueuse et un goût pour la contestation.

 

De ce fait, il avait été amené à rencontrer toutes sortes de personnages très différents les uns des autres, une belle brochette de potes habitant aux quatre coins de la capitale, lui autorisant constamment de nouvelles errances, lui procurant de nombreuses relations, de nouveaux échanges.

 

Patrice promenait partout sa face de lune émerveillée, constamment enthousiaste, en perpétuelle découverte de la planète des hommes, Arthur lui emboîtait le pas, comme veilleur de nuit, il travaillait 12h, trois nuit sur quatre une semaine, quatre nuits sur trois la semaine suivante.

 

Cela découlait de la nouvelle réglementation mettant fin à l’ancien système d’équivalence où 12h de veille de nuit ne valaient que 8h de travail payé, Arthur s’était retrouvé avec du temps libre, le plus dur était de faire alterner les sommeils de nuit avec les sommeils de jour.

 

Cela le fatiguait beaucoup, mais en jonglant adroitement avec ses heures, il était libre de ses jours, Arthur rentrait par les trottoirs mal réveillés des matins de Barbès, croisant la foule de ceux, venant de quitter leur lit et s’engouffrant dans les entrailles communes des transports.

 

Arthur se prenait l’envie de flâner, de profiter de la levée du jour, de se retarder quelques heures, il allumait alors une cigarette en s’engageant dans la rue Christiani, la fatigue de la nuit irradiait son dos, sa nuque, les yeux, ses yeux de veilleur piquaient dans le frais matinal.

 

Le sous-sol du journal Libération, avant de tourner dans la rue de Clignancourt, venait de s'éclairer en général, il n'y avait plus cette effervescence baba-cool des débuts du journal et de la rue de Lorraine, son ancienne adresse, même là il était convenu désormais que le monde ne changerait pas.

 

Dominique Premier lui sourit dans ses souvenirs, du haut de ses quatorze ans et demis, elle lui avait fait le rapport d'une matinée passée à Libé, les mômes au milieu des bureaux, le débat permanent, elle en était fière, son père l'emmenait là où peu de gens allaient, fière dans ses tissus mauves.

 

C'était il y a tant de temps, le souvenir de cet amour tendre l'étreignait à chaque fois qu'il dépassait les marches qui descendaient au local flambant neuf du journal libéral reniant son passé gauchiste, "Toi aussi tu les as suivi dans leur dérive Dominique?" cela pouvait sans doute expliquer.

 

Car Dominique l'avait éconduit, prétendait ne l'avoir pas aimé, n'avait jamais voulu reprendre contact, Arthur attendait de rêver d'elle, car il savait que peu de temps ensuite il la croisait par hasard, une fois dans le métro, une fois au BHV, une autre fois à la FNAC, au loin, passante. A

 

rthur reconnaissait instantanément la silhouette, une fois ce fut des bribes assourdies de sa voix, il avait couru dans les escalators, les couloirs du métro, après la silhouette, elle était là devant, ne pas arriver essoufflé, se calmer, Dominique? Quelle surprise dis donc.

 

Et la surprise était à chaque fois de la plus cruelle des déconvenues, la belle et jeune Dominique Premier n'avait pas le temps de prendre un verre, les études tu comprends, je suis pressée, voici mon numéro de téléphone, tu m'appelles, j'aimerai qu'on se revoit, et elle n'avait jamais appelé.

 

Que pouvait-il s'être passé depuis ces moments de si chaleureuse connivence, quand le jeune corps de Dominique se collait au sien dans un moment d'émoi partagé et d'échange complice, cela n'avait jamais été plus loin, Arthur tenait compte du jeune âge de la fillette, attendait.

 

Elle prétendait, était-ce vrai, sortir avec des garçons plus âgés, Arthur attendait, avait attendu qu'elle se trouve disponible pour lui, avait supporté de la voir embrasser sous son nez le prétendant du moment, l'avait laissé le caresser, se presser sur lui, avait attendu d'être aimé enfin.

 

Quittant les escaliers de Libé, les yeux lui piquaient, c'était la cigarette, ou bien le froid devenait vif et cisaillant, Dominique n'avait jamais eu le temps, n'avait jamais été disponible, avait rit de sa déclaration, n'avait jamais appelé, jamais voulu avoir de ses nouvelles, cela ne collait pas.

 

On ne peut pas avoir des relations de confiance et de confidence pendant des années, se rechercher de loin dans les grands couloirs du Lycée Claude Monet, se rejoindre frileux chacun, s'accoler pour discuter à une fenêtre, avoir toujours à s'apprendre, à s'indigner, s'émerveiller et puis rien?

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres: I Reine - Communauté : ecrivains en herbe - Ecrire un commentaire
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