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Publié par Christian Hivert

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Brèves

Adam Kiss

De la psychologie au politique

Texte intégral

Tandis qu'en évoquant "les psychologues", on pensera ici avant tout aux psychologues cliniciens, "la psychologie" est à entendre d'abord comme psychologie sociale clinique (c'est-à-dire comme l'étude des processus subjectifs entre le comportement et le stimulus tels qu'ils s'articulent aux contextes groupaux dans lesquels le sujet s'inscrit) et "le politique" comme la régulation (forcément toujours plus ou moins globale et locale) des relations collectives au sein des sociétés et de l'humanité entière.

Ces options, déjà laborieuses et encore sommaires, invitent à la discussion, notamment pour savoir s'il y a, et même s'il peut y avoir, une autre psychologie, en particulier : si l'on peut concevoir une psychologie "apolitique".

Écocide. Exclusion.

La situation présente du monde, et celle des êtres humains sur la Terre, paraît difficile à intégrer à notre conscience. En voici deux faits saillants, et néanmoins pour l'heure laissés sans la suite qui mènerait à la résolution des problèmes qu'ils manifestent, ou ne serait-ce qu'au commencement de leur traitement :

Pour la première fois depuis que la vie est apparue sur la planète, l'action humaine semble en mesure de la détruire, et notamment de la rendre impropre à héberger la vie humaine.

D'un autre côté, alors que l'humanité paraît désormais disposer - ou pouvoir se mettre en mesure de disposer - des moyens nécessaires pour satisfaire les besoins fondamentaux de tous les êtres humains, le nombre absolu et le pourcentage des exclus ne cesse d'augmenter.

Par "exclus", nous désignons en premier lieu les victimes des génocides et des massacres, celles des famines et de maladies (dont certaines depuis belle lurette curables), mais aussi des êtres humains "de trop", privés d'espace social reconnu.

L'exclusion s'aggrave

Mais revenons un instant plus près de l'activité "courante" des psychologues. Qu'on le sache, non seulement l'insertion ou la réinsertion sociale des catégories d'exclus "classiques" (relevant en France de la psychiatrie, du droit pénal, de l'éducation spécialisée et de l'assistance sociale.) ne progresse pas, mais au contraire c'est l'exclusion qui se produit et prolifère sous nos yeux. Oui, dans ce pays dit développé, la désinsertion d'une partie croissante de la population qui, foin de rationalisation, au moment de son exclusion, n'est pas réputée pathologique, délinquante ou déficitaire, et qui le deviendra en majorité comme conséquence de son bannissement.

Qu'on n'imagine pas que je conteste par-là tout progrès, toute modernisation en bloc. Mais il s'agit bien de mettre en cause le détournement politique de l'ouvre collective de l'avancée scientifique et technique, captée par une minorité à son seul profit immédiat : la réinsertion négociable par ceux dont le progrès technologique a rendu la prestation superflue, pourrait et devrait s'inscrire dans le processus de modernisation.)

Où sont les psychologues ?

Le moment ne serait-il pas venu pour nous de chercher les critères de notre neutralité de psychologues, à supposer que celle-ci soit possible ?

L'affaire est le plus souvent entendue du côté des dominés des sociétés riches : ceux-ci nous rangent du côté des dominants. Cela se manifeste par la demande nettement minoritaire exprimée par des détenus, des assistés sociaux, des psychiatrisés, des élèves en situation d'échec auxquels nous offrons nos services. Pourtant, désormais ils n'ignorent plus notre existence, ni l'objet de notre offre. À leur sens, nous ne manquons pas de confirmer leur soupçon d'inféodation, puisque nous intervenons souvent auprès de ces populations sans leur demande, pour répondre à celle des agents de leur exclusion : leurs juges, les autorités administratives, les enseignants et les éducateurs. qui ne les trouvent "pas faits pour" eux. (Kiss 2003) Ils savent plus ou moins clairement que, sauf exception, nous psychologues sommes acquis aux normes dominantes ou, du moins, ne savons pas qualifier, si ce n'est négativement, leurs conduites, leurs manières d'être voire leurs existences ("souffrantes", "troublées", "à problème", "pathologiques", "délinquantes", "déficitaires", "dépendantes".).

Du côté des dominants, elle ne l'est pas beaucoup moins : l'élite n'a pas besoin de nous ou de moins en moins : pour l'élargissement et le maintien de la fracture, réputée "structurelle" et non accidentelle, à la responsabilité de laquelle les dominés associent nos ouvres, les dominants trouvent la "vraie" police plus efficace, tandis que dans nos cabinets privés, le consensus entre consultants et consultés autour de l'indication par le "yavis syndrome" se resserre à mesure que le budget de loisirs de l'évanescente classe moyenne se rétrécit.

Nous n'avons pas volé cette image. On a l'impression que la plupart des tenants de la psychologie clinique dynamique se récrie devant l'exigence d'efficacité, tandis que, fidèles à un psychologisme encore plus radical, ceux de la psychologie cognitive et comportementale qui ne s'en offusquent pas, ne prennent en revanche pas en compte l'impact de la détermination sociale. En tout cas, pour tenter cette prise en compte, aucune initiative de quelque ampleur que je connaisse.

De même que la résistance des psychologues est restée insignifiante pendant les années brunes et rouges (Goggin), nous avons manqué à l'appel de la prévention des pathologies d'exclusion, - il en existe d'incontestables - que celle-ci passe pour cause ou effet. (Il serait évidemment loisible et souhaitable de se servir des deux approches de manière systématiquement complémentariste, dans un sens "social". Et si cela se produit très peu ce n'est pas pour des raisons épistémologiques.)

Sortis de chez nous

Il reste que dans les champs qui débordent l'aire des activités courantes des psychologues, on ne trouve guère d'actions, de recherches-actions et même de théorisations expérimentables. Elles seraient sans doute peu "qualifiantes", peu rémunérées.

Si nous admettons que la conduite des sujets est guidée avant tout par leur structure psychique, leur caractère, leur personnalité, partant qu'elle résulte en un mot prioritairement d'une quasi-détermination subjective, comment expliquerons-nous que des changements de politique entraînent une majorité de conduites telles (ou sont accompagnés de si peu de conduites différentes) que la répartition des structures, caractères, personnalités ne s'y reproduit pas ? Si au contraire nous supposons que la détermination situationnelle l'emporte au moins sur le plan des relations collectives, comment comprendrons-nous, sans recourir à la suspicion d'un parti pris politique élitiste, qu'aucun usage clinique n'en soit encore tenté ?

Assurément, ni la détermination situationnelle, ni celle subjective, ne peut être conçue seule, et même les deux ensemble, prises dans leur dialectique, ne sont exhaustives : il y a d'autres influences à intégrer. Le critère de pertinence de cette complexité ne peut être ailleurs que dans la confirmation des hypothèses et l'efficacité par rapport aux objectifs. Pour ne citer qu'un exemple : la détermination "sociale" de l'attitude subjective, puis de la conduite individuelle passe souvent par un groupe de référence proche qui lui-même peut s'articuler de bien des manières différentes à la société globale déterminant une régulation collective, une politique.

La banalité du mal - sans issue ?

Ce n'est pas le lieu d'exposer en détail comment, la néoténie (Bolk), la pulsion d'emprise et la crainte de la détresse (Freud), en passant par l'amour primaire (Balint), le transfert de celui-ci sur le groupe (Kaës), les deux formants de la pulsion (Denis) et leur emboîtement (Kiss) peuvent esquisser une représentation de la conduite agentique (Milgram), obéissante ou conformiste, - jusqu'à l'horreur illimitée produite, dans toute la banalité du mal (Arendt). Mais cette description et l'explication constituent à mon sens la première priorité de la recherche en psychologie : les victimes des Twin Towers et des exactions perpétrées par des soldats américains et britanniques en Irak le rappelleraient sur nos écrans s'il le fallait, tandis que par jour trente mille enfants meurent de faim et d'indifférence. Ce serait apprendre à ralentir, puis arrêter, enfin prévenir l'écocide, les massacres et la ségrégation.

Cette exigence de scientificité et d'opérationnalité - notamment dans le politique - répudie toute orthodoxie : s'efforcer de s'astreindre à formuler ses idées en forme d'hypothèses susceptibles d'être infirmées et ses désirs ou ses engagements en forme d'objectifs et de méthodes à efficacité évaluable n'exclut pas le reste des actes et des réflexions, au contraire. Quiconque a cherché une hypothèse pour répondre à une question pertinente, sait combien de rêves, d'approximations vagues et d'erreurs la mise en forme d'une telle hypothèse requiert. En revanche, cette exigence se refuse à son tour à être repoussée, par exemple au nom d'une prétendue inaccessibilité du subjectif à l'efficacité ou à la scientificité.

L'herbe plus verte en Utopie

L'axe local-global permet d'envisager, en réponse à la régionalisation-mondialisation, l'action humanitaire "là-bas" et le travail social "ici", tour à tour identiques et différents, dans une perspective "altermondialiste". Mais l'enthousiasme se nuance à l'étude des écrits de cette mouvance : l'économisme est-il vraiment moins dominant à St Denis qu'à Davos ou dans la littérature néo-libérale ? Quelle est la place réservée aux sciences humaines et, précisément, à la détermination subjective ?

Il en va de même que d'autres idéalisations : La démocratie ne garantit ni la rationalité, ni les droits humains. (Voir par exemple la Suisse "démocratie témoin" empêtrée dans le procès de l'or juif, la France compromise dans le génocide rwandais, l'armée des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne partie pour démocratiser l'Irak, puis pratiquent la torture.) Écoutez ce que je dis, regardez ce que je fais.

S'identifier à l'inférieur (qu'on est)

Le point de vue présenté ici, caricature au trait, manquera-t-il de choquer, d'inquiéter ? Les envolées lyriques tournent souvent court lorsqu'il s'agit d'argent, de temps ou de contacts mettant à l'épreuve les limites de notre tolérance à l'altérité.

Si l'évolution de la qualité de vie subjective des prestataires peut constituer une évaluation de l'efficacité de l'aide psychologique et sociale, on comprend vite les résistances que l'introduction du questionnaire peut susciter au sein de nos équipes. De même, si un aspect de l'insertion des "bénéficiaires" passe par l'intervention dans leur réseau, la revitalisation de ce dernier par notre participation concrète et personnelle, on ne tarde pas à se heurter à notre difficulté de quitter les lieux où nous sommes chez nous et de surcharger notre emploi du temps.

Du passage de la psychologie au politique, les mécanismes que nous sommes amenés à décrire et à étudier, retournent facilement leur aiguillon contre nous et la délibération sur la hiérarchie d'importance des projets des plus généraux aux plus particuliers et celle des urgences décroissantes appelle à l'endurance : comment se contenter de ce que nous réalisons de nos idéaux exaltés ? Il est plus prudent de rester en marche, mettre un pied devant l'autre.

Bibliographie

 

Balint M., 1968. Le défaut fondamental. Tr.fr. Paris : Payot, 2003.

Bolk L., 1926. Le problème de la genèse humaine. Tr.fr. Revue française de psychanalyse. Mars-Avril 1961.

Denis P., 1997. Emprise et satisfaction. Paris : PUF.

Freud S., 1920. Jenseits des Lustprinzips. GW XIII.

Kaës R., 1999. Les théories psychanalytiques du groupe. Paris : PUF.

Kiss A. (dir.), 2002. (Dés)obéissance et droits humains. Paris : L'Harmattan.

Kiss A., 2004. Aide à jeunes majeurs. Accord tacite sur demande fictive. Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence.

Milgram S., 1974. Obedience to Authority. New York : Harper & Row.

Pour citer ce document

Adam Kiss, «De la psychologie au politique», Les Cahiers de Psychologie politique [En ligne], numéro 6, Janvier 2005. URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1235

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