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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

retraite

Et demain aux lueurs de l'aube les banderoles froissées annonceront qu'un immeuble vide à nouveau est réquisitionné, les femmes en boubou prépareront le mafé et leurs petits regarderont de leurs yeux ronds les rangées de C.R.S. retenus par leur hiérarchie perplexe et débordée.

 

Demain aux lueurs de l'aube, les matelas croiseront dans les escaliers désaffectés les militants soucieux et les pères africains euphoriques, on va mourir s'il le faut, mais on ne part pas, et les langues africaines retentiront et seront traduites par le griot présent, la réunion durera la journée s'il le faut.

 

Arthur arriva au squat de Béa en avance sur tout le monde, cela tombait bien, il en profita, dis moi ma Béa, oui mon Thutur, tu étudies bien à Jussieu, tout à fait, dans la section des langues, voui mon Thutur, tu ne voudrais pas te renseigner sur Dominique Premier pour que je reprenne contact .

 

C'est qui pour toi, c'est la femme, l'unique celle que l'on ne peut jamais oublier, celle qui ne veut pas, je n'ai pas besoin de t'en dire plus, tellement je sais que tu connais cela par cœur, puisque tu l'as vécu douloureusement aussi, celui qui n'est pas là, et qui pourrait bien vouloir, tu sais bien, oui.

 

Béa baissa la tête, chacun avait ses souffrances, elle aussi ne rechignait pas à monter sur les toits et à regarder de haut les efforts des hommes bleus pour forcer la porte en bas et procéder à l'expulsion, sa jeunesse et son adolescence étaient une dérive, mais elle n'avait pas lâché ses études.

 

Un accord tacite s'était fait, il était convenu entre tous qu'elle aurait sa place réservée, on protégerait sa tranquillité et son rythme de vie, parfois, lorsque son mentor en doctorat, sa Lolo, se joignait à la table, cela donnait une autre ambiance, très british, cela changeait des punks.

 

Il y avait bien moqueries et railleries variées qui fusaient parfois, le flegme petit bourgeois de Béa dénotait bien souvent parmi les excitations des énervés et des écorchés vifs habitués des squats parisiens depuis de longues années, mais Bea n'en avait cure, elle était leur protégée.


Ce petit mouvement de squatteurs, de rebelles et d'autonome en effet avait une histoire aux ramifications variées, un peu comme de l'histoire d'une famille très nombreuse aux cousinages très larges, on ne savait jamais vraiment qui connaissait qui, qui haïssait, aimait qui.

 

Et puis au détour d'une conversation ou d'une aventure collective on s'apercevait que l'on avait de nombreuses relations communes, alors on s'esclaffait, les coïncidences étaient monnaie courante et s'expliquaient simplement par les affinités politiques partagées.

 

Arthur et Béa attendirent l'arrivée tumultueuse des participants aux deux ouvertures simultanées de la nuit venante, l'immeuble du boulevard et la maison atelier du quinzième arrondissement, pour la maison, ils avaient déjà la clé, il suffisait d'y transférer les matelas et de tenir.

 

Pour l'immeuble, il fallait se mettre d'accord sur la liste des futurs occupants et sur la nécessaire organisation du futur fonctionnement de l'immeuble, dans les discussions de l'après-midi et au moment du concert, sous l'influence de Arthur un consensus s'était fait autour d'une autogestion responsable.

 

C'est à dire sans responsable, il avait été admis d'office et très rapidement que le désastreux fonctionnement du soixante-sept oscillant entre assistanat et domination néocoloniale ne devait pas se reproduire, les décisions seraient prises par tous au même niveau de responsabilité.

 

Le comité des mal-logés naissant avait choisi les familles les plus motivées parmi celles le plus dans l'urgence d'un relogement, il restait à voir quels punks et autonomes, plus aguerris aux techniques du squat, s'adjoindraient à l'aventure et seraient garant  du rapport de force local, nécessaire.

 

Car l'ouverture effectuée, rien n'était gagné, il fallait encore s'adjoindre le soutien populaire du quartier, ce n'était pas seulement un mode de vie pour certains, revendiquant la gratuité locative, ou une obligation de survie pour ceux revendiquant l'accès aux logements sociaux, c'était une lutte.


La première assemblée du comité naissant avait décidé de fonctionner en fédération d'immeubles en lutte et en assemblée générale régulière de mal-logés, cet immeuble nouveau serait donc fédéré comme tel au comité, sans pour autant qu'une telle revendication ne  soit officielle.

 

Le comité des mal-logés en effet dés le départ avait décidé au cours de son assemblée de revendiquer l'accession aux logements sociaux, et avait donc décidé de n'occuper que des logements H.L.M. et de ne pas revendiquer d'occupation d'immeubles et  de logements privés.

 

Ce qui n'empêchait nullement ces immeubles de se fédérer dans la lutte commune des mal-logés, une charte était en cours de rédaction et serait soumise pour modifications et approbation aux prochaines assemblées, la grande aventure des mal-logés pour les dix ans à venir se structurait.

 

Arthur déjà entrevoyait la force colossale qui se constituait, il était fier d'en être,  cela serait plus grand et plus fort que tout ce qui s'était constitué autour de la question du logement social, depuis au moins les années soixante dix, et les forces opposées pour le détruire étaient déjà à l'œuvre.

 

Les cinquante personnes présentes étaient silencieuses et écoutaient attentivement, les discussions n'avaient pas été très longues, l'accord général sur le texte lu allait de soi, le militant faisait des pauses pour permettre la traduction en trois  langues africaines, le griot dirigeait les débats et traduisait les questions en français.

 

Ce fonctionnement initial né de l'habitude de la palabre sous les arbres africains seraient le mode d'organisation tout à fait original du comité et serait conservé jusqu'à son extinction sous les coup bas portés par les forces d'encadrement des luttes, créateurs d'une association rivale.

 

Le texte de la charte fut lu, commenté et approuvé par l'assemblé initiale unanime, il contenait tous les éléments d'un contrat moral, d'un règlement intérieur, il fut la référence constante et la plate forme revendicative des mal-logés parisiens de 1986 à 1994.

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