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Publié par Christian Hivert

 

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Quand ils étaient Skins, ils militaient contre les Mods et contre la société. C'était là tout leur militantisme. Ils s'amusaient bien, se défonçaient souvent, parfois quelques bières fortes et un bon pogo pour faire monter l'adrénaline suffisaient, mais au bout d’un moment ils se retrouvaient tout seuls, face à leurs peurs, cramés de partout.

Et puis les Skins s'étaient séparés fâchés. Venus d'Amérique et d'Angleterre certains Skins avait pris le mouvement raciste par les cornes, et s'en étaient fait un emblème tatoué sur le front « Fait en France » traduction d'un Made in quelque part, rajoutant du bleu blanc rouge sur le bomber, éructant furieux des imbécilités entendues.

« La France aux Français » donna le terme de Faf à toute une génération nouvelle de nationalistes haineux et ratonneurs, des tortionnaires voyous sans principe ni patrie, si ce n'est celui des guerriers génocidaires et violeurs d'enfants que l'histoire exècre après s'en être servi, que les pouvoirs n'oublient jamais de médailler, puis d’oublier.

Ce qui est étrange, car par la suite on reprocha aux antiracistes et antifascistes d'avoir politisé un mouvement au démarrage neutre en politique – Le peut-on ? –, ne s'occupant que de musique, de beuveries en bandes, de jeux de confrontations virils, toutes sortes de choses parfaitement populaires et prolétaires sous toutes latitudes.

Le défouloir des jouvences paresseuses, incapables d’assumer des implications responsables ou les réfutant : autant de cadets en mutinerie contre la discipline des pères absents et des mères asphyxiantes ; Mendes lui regrettait l'asphyxie suave de sa mère et vitupérait contre la présence délogeante des beaux-pères autoritaires.

Toujours est ils que les Skins s'étaient vu coller une étiquette de fachos et les Punks une étiquette d'anars ; les uns coursant les autres pendant cette période intermédiaire qui vit l'expulsion des squat autonomes – de logement, d'activités et de concerts du 20ème et 19ème  en 1982-1983 – ce qui brouillait gravement les pistes.

Car si pour certains cela tombait juste, pour la plupart les idées n'étaient pas plus arrêtées que cela, pas plus que dans la plupart des bonnes petites familles possédant dans leurs relations le juif ou l'arabe qui lui était un type bien ; même la mère de Arthur, communiste atavique, souhaitait que les étrangers fissent guichet à part.

Mais ils avaient trop de choses à faire, trop de choses à détruire, ils haïssaient leurs mères, ils haïssaient le monde entier ; ce monde entier verrait qui ils étaient vraiment, vous qui les avez abandonnés, lamentablement abandonnés : ils étaient seuls, ils voulaient leur cracher à la gueule à tous et les maudissaient, pourquoi ? Parce que rien !

Devant eux c'était l'inconnu, personne ne les guidait, une nouvelle génération perdue pour laquelle il n'était prévu aucune guerre exterminatrice de prolétariat révolutionnaire comme fut celle de 14-18, aucune guerre génocidaire d'artisans, paysans, boutiquiers, manufacturiers gênant l'emprise industrielle comme en 39-45.

Alors c'était toute une génération perdue sur laquelle il fallait tester de nouvelles formes d'extermination, le phénomène de bandes auto excluantes et destructrices de liens sociaux et familiaaux avait été testé avec succès outre atlantique ; de bons sachets de drogues diverses les feraient s'entretuer et tenir tranquilles, naturellement.

Les sociologues américains l'avaient déjà étudié, il suffisait de supprimer certains gardes fous moraux des anciennes civilisations de paysans et villageois, la télévision remplissait bien ce rôle, pour que mécaniquement les bandes territoriales préhistoriques se reforment et s'entretuent, la drogue écrasant toute réflexion.

L'esprit antiautoritaire d'après Mai 68 avait puissamment contribué à cet avachissement ciblé des valeurs et coutumes de vie en un commun paisible et solidaire, déplaçant toute critique économique ou organisationnelle de la société sur une critique comportementale décalée sur des sujets mineurs de goûts et couleurs.

Alors il y avait une perpétuelle rivalité. La logique du mythe autocréé voulait que le skin de base était middle class ou working class et que le Mods était d'une classe beaucoup plus aisée. Mais dans les concerts il y avait des histoires de jeunes femmes. Alors entre les gars sur Paris cela s'était battu, il y avait des histoires.

— T'es Mod t'es skin, je veux ton parka…et le bleu blanc rouge sur le bomber…

Et les Modettes venaient faire du charme aux jeunes tondus, et quelques Skingirls sont allées voir des Mods, et ça devenait difficile de faire des histoires… Et puis ils vieillissaient peu à peu tous, ils n'allaient pas s'embrouiller avec des gamins.

Mendes s'était rapproché du frigo dans lequel il avait vu les bières, il faisait encore le timide, avec le regard biaiseux et plus malin, Simon l'apostropha :

Bon ça va prends en une, mais ce serait bien que t’arrêtes de boire.

Myrtille ricana de loin :

— On va jouer les papas mamans maintenant ! Nono l'assassina du regard.

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