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Publié par Christian Hivert

vignoles.jpgEt ce cortège ininterrompu de misères et de renoncements collectifs ! Toute une fête promise, éternellement repoussée ! Tout un parfum aux effluves atrocement subtils flottait dans l’air du temps entre un vent d’infamies et des bouffées glaçantes d’horreurs. Les puissants resteront. Le cynisme de ces temps le choquait.

Si l’on n’y prenait garde – et l’on n’y prit garde – la gauche au pouvoir dans les années 80 aurait tôt fait de déstructurer toute vie sociale et de détruire toute force politique d’opposition à sa gestion insolente des affaires devant un peuple ébahi et muselé.  Ce matin là Arthur avait trotté vers le 17 rue des Vignoles, son local.

C’était la seule porte ouverte connue pour sortir de la bulle asphyxiante où il se trouvait. Il avait fait un arrêt au bar de Mourad, avait bu un café. Il avait traîné dans les impasses où certains des marginaux fréquentant régulièrement leur bar sauvage habitaient. Ils n’étaient pas encore réveillés, il pourrait attendre les deux sœurs.

La plupart n’émergeaient qu’à l’approche de l’après-midi.  Il s’était retrouvé là devant le 17, à se dandiner d’un pied sur l’autre. Depuis combien de temps déjà ? Il s’était dirigé sans envie vers l’ancienne fabrique détruite dont ne subsistaient que les murs et des morceaux de toiture, le vieux Stierne morigénait des militants :

— C’est pour ça qu’il est un peu chiant, il a le cœur sur la main, c’est un gars qui a beaucoup fait dans sa vie et qui continue encore, essayez d’être cool, et même s’il vous fait chier sur l’alcool, elle est morte de ça Maria, il n’a pas réussi à l’en tirer, soyez compréhensifs.

Le vieux Stierne était un militant étrange issu du catholicisme social mâtiné de solutions coopératives : il appelait cela « l’économie distributive » et le résumait dans un feuillet ronéoté de diffusion sporadique  « Dis-Eco » ; en ce bon matin d’attente des désirs d’Arthur, il défendait son vieux copain Henri Bouteiller : un cas.

Les jeunes n’avaient jamais su qui avait bien pu être Henri Bouteiller, dit Riton, fourmi des improbables récupérations quotidiennes de déchets abusifs – par endroits le quartier était une poubelle favelienne – et Riton déplaçait des tas et des objets d’une place à l’autre, poussant sa brouette emplie et tentant de leur trouver une utilité.

— Bon, bon, on fera attention, je ne savais pas tout ça, s’il me casse les couilles, je lui dirais qu’il me casse les couilles. avait répondu Éric.

Robert n’avait rien dit, il n’aimait pas Riton. Ainsi la figure légendaire du vieil homme de la rue des Vignoles s’est imposée à eux, sur un barda.

Arthur pensait que toute entreprise individuelle pour tenter de résoudre un problème était vouée à l'échec. Seul un puissant mouvement en actes pouvait interpeller la société et permettre de trouver des solutions politiques et économiques collectives. Comment, lorsque tous baissaient les bras et s’opposaient sans écoute ?

Ils étaient restés un long moment à se disloquer comme lors d'une manifestation tardive où personne ne veut rentrer et où les CRS sont obligés de pousser. Le local s'était refermé définitivement sur l'inactivité insolante des brisquards, imbus de leur contrôle incontesté sur les déserts, les deux sœurs s’étaient repliées chez Stupé.

Ils avaient vaqué comme ils le pouvaient, allant chez les uns les autres. USINE en avait intéressé certains ; ils ne voulaient affronter leurs chefs pour une histoire sotte de clés et de pouvoir ; ils les recevaient pour les conseiller et leur faire rencontrer des personnes motivées : tout cela s’enlisait dans une froideur hivernale terrible.

Le groupe du départ fluctuait. Un moment ceux du bar avaient tourné, viré, ruminé, cherché un autre endroit à squatter : pour refaire, pour continuer ; ils n'étaient plus aussi soudés ni disponibles. Certains s'étaient liés avec les jeunes du « Centre Autonome Occupé », avec des « Michel le Black », des « Groupe Germinal ».

Il leur fallait maintenant réfléchir à une autre histoire. On avait déjà trouvé le nom de cette USINE – cette Utilisation Subversive des Intérêts Nuisibles aux Espaces – qu'est-ce que cela pourrait être ? Arthur se sentait nettement incapable de l'imaginer. Pour l'heure il était à la rue, et par moment un peu de chaleur était bienvenue.

Il avait rendu les clés de sa chambre d'hôtel de Montmartre et avait démissionné de son poste de veilleur de nuit. Il désirait cette nouvelle vie de rebelle, d'insoumis, de squatteur. Il le désirait autant qu'il avait désiré Reine. De manière impulsive, non contrôlée, non vraiment réfléchie, c’était comme une mission impitoyable.

Arthur ne voulait plus lire avec sympathie les exploits des réfractaires dans la presse. Il voulait en être ! Il ne voulait plus participer à la production du gâchis immonde. Il voulait organiser la résistance à l'ordre infâme de la gestion du massacre courant. Il en avait le vertige, cela semblait immense et si simple.

Ils étaient de modernes chevaliers attendant de déferler sur les champs de bataille des combats concevables. Tous semblaient abandonner et ceux du bar étaient arrivés, ardents et ahuris devant une besogne démesurée ; peu nombreux et novices, pleins d'énergie, combattant l'abattement, avides et tranquilles, si souvent ivres.

En ce matin d’hiver là, toute la bande s'était disloquée. Robert avait enfin quitté la cave du local et vivait en Angleterre où les squats étaient mieux organisés, plus sociaux. C'était souvent des ouvriers en panne de logement et ils organisaient des collectes pour soutenir les grèves des mineurs contre Thatcher, plus solidaires.

Ils faisaient des braderies, des foires au troc, intervenaient pleinement dans le mouvement social des luttes. De plus ils poussaient leur raisonnement critique de la société jusque dans ses applications pratiques. Ils étaient écolos, mangeaient bio et évitaient de trop se servir du courant électrique, refusaient toute marchandisation.

Ils n'achetaient plus rien. Ils récupéraient, volaient, troquaient. Ils étaient contre la loi de l'argent. Ils étaient contre l'empire mondial. Ils boycottaient les produits des firmes les plus compromises dans l'exploitation sauvage du tiers monde. Ils étaient internationalistes et bâtissaient un réseau d'information sur les résistances.

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