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Publié par Christian Hivert

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Béa baissait la tête, chacun avait ses souffrances. Elle aussi ne rechignait pas à monter sur les toits et à regarder de haut les efforts des hommes bleus pour forcer la porte en bas et procéder à l'expulsion. Si sa jeunesse et son adolescence étaient une dérive, elle n'avait pas lâché ses études : elle comprenait si bien Arthur.

Un accord tacite s'était fait. Il était convenu entre tous qu'elle aurait sa place réservée. On protégerait sa tranquillité et son rythme de vie. Parfois, lorsque son mentor en doctorat, sa Lolo, se joignait à la table, cela donnait une autre ambiance, très british. Cela changeait des Punks, elle connaissait depuis l’enfance tous les brisquards.

Il y avait bien moqueries et railleries variées qui fusaient parfois. Le flegme petit bourgeois de Béa dénotait bien souvent parmi les excitations des énervés et des écorchés vifs habitués des squats parisiens depuis de longues années. Bea n'en avait cure, elle était leur protégée, une classe à part, rebelle et efficace, elle connaissait Dominique Premier.

Ce petit mouvement de squatteurs, de rebelles et d'Autonome en effet avait une histoire aux ramifications variées. Un peu comme de l'histoire d'une famille très nombreuse aux cousinages très larges. On ne savait jamais vraiment qui connaissait qui, qui haïssait, aimait qui, depuis Rueil, Montesson, Vaucresson, depuis tant d’années.

Et puis au détour d'une conversation ou d'une aventure collective on s'apercevait que l'on avait de nombreuses relations communes, on s'esclaffait. Les coïncidences étaient monnaie courante et s'expliquaient simplement par les affinités politiques partagées, une histoire de luttes ouvrières et sociales sans ouvriers, une bizarrerie.

Arthur et Béa attendirent l'arrivée tumultueuse des participants aux deux ouvertures simultanées de la nuit venante, l'immeuble du boulevard et la maison atelier du 15ème  arrondissement qu’Arthur avait prévue pour lui-même. Pour la maison, ils avaient déjà la clé. Il suffisait d'y transférer les matelas et de tenir.

Pour l'immeuble il fallait se mettre d'accord sur la liste des futurs occupants et sur la nécessaire organisation du futur fonctionnement de l'immeuble. Dans les discussions de l'après-midi et au moment du concert, sous l'influence d'Arthur, un consensus s'était fait autour d'une autogestion responsable.

C'est à dire sans responsable. Il avait été admis d'office et très rapidement que le désastreux fonctionnement du 67 oscillant entre assistanat et domination néocoloniale ne devait pas se reproduire. Les décisions seraient prises par tous au même niveau de responsabilité. Et leur lutte ne servirait pas aux futurs gestionnaires du capital électoral.

Le comité des mal-logés naissant avait choisi les familles les plus motivées parmi celles le plus dans l'urgence d'un relogement. Il restait à voir quels Punks et Autonomes, plus aguerris aux techniques du squat, s'adjoindraient à l'aventure et seraient garants du rapport de force local, nécessaire, et des règles de sécurité.

Car l'ouverture effectuée, rien n'était gagné. Il fallait encore s'adjoindre le soutien populaire du quartier. Ce n'était pas seulement un mode de vie pour certains, revendiquant la gratuité locative, ou une obligation de survie pour ceux revendiquant l'accès aux logements sociaux, c'était une lutte pour les droits de tous les travailleurs.

Depuis des années, si ce n'est des décennies, les médias principaux à destination des jeunes, sous couvert de rébellion et d'idées contestataires, déconstruisaient patiemment toute idée de révolte et de volonté de justice sociale, jusqu'à considérer l'opprimé comme responsable de son sort et les militants comme fascistes rouge-bruns.

Cela avait commencé vingt ans plus tôt avec l'aventure hirsute des petits bourgeois d'Actuel dont le but atteint depuis était de séparer à l'infini les militants d'un monde plus juste d'une faune pouvant être potentiellement dangereuse pour les intérêts biens compris de leur caste sociale, tous fils de la bonne bourgeoisie collabo de toujours.

On y retrouve depuis les Premiers numéros le futur guerrier pro atlantiste, pas encore tout à fait médecin, ni vraiment humanitaire, testant déjà ses élucubrations néo-colonialistes. S'est-on demandé par la suite pourquoi il ne s'intéressait jamais qu'aux territoires riches en minerais, pourquoi on ne le vit sur aucun théâtre de luttes sociales ?

Dans l'ambiance bienheureuse des blasés de tout, des revenus de rien, des pas encore parvenus à grand chose, au milieu des expériences psychédéliques auto valorisées et des comportements les plus néfastes à la vie en communauté, des communautés tentaient de survivre à l'effondrement d'un monde, en construire un qui soit juste.

Dans leur recherche constante d'icônes médiatiques et intellectuelles à proposer au bas peuple honnis et vilipendé, ils raclèrent les fonds de tiroirs des invendus du moment, si possible du plus médiocre et du plus nuisible, confondre tout et rhétoriser le reste. Cela se vendait bien, cela divisait bien, cela nuisait beaucoup.

Libération prit la relève. Fort d'une imposture majeure due aux foisonnements idéologiquement flous de sa création, toute une jeunesse potentiellement révolutionnaire put peu à peu apprendre à se dégoûter d'elle-même et, toute honte imbue, rentrer dans le rang gestionnaire du massacre dominant, tenir tous les postes.

Ainsi grâce aux leçons fumeuses, à longueur de colonnes, on pouvait apprendre et se persuader que le combattant de l'injustice était un dictateur nazillon et que le puissant maître des guerres était le modèle absolu à suivre sous peine de n'être qu'un vulgaire looser. Etre puissant ou mourir, être moderne ou être bombardé.

Etait-ce donc ceux-ci que Dominique Premier courtisait à en perdre ses nuits, puis à en perdre ses vies, puis à en perdre ses familles, puis à se perdre dans ses ennuis. À tenter de figurer dans les réunions mondaines où elle avait peine à se faire inviter. Générer de l'activité commerciale, diriger des thèses, faire figure d’importance.

Toujours à la course d'interviews frelatés des mondes insipides. Relatant les fondements de courte pensée d'intellectuelle de cour d'Empire en devenir. Ses hirsutes rodomontades répétant le bréviaire inchangé depuis des décennies des recherches en cours de sa section universitaire : savoir redire à l’infini en y saupoudrant une dose d’originalité.

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barnush 25/03/2014 16:03


très belle écriture, beaucoup de sens, bravo…