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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

photo2_article_seisme.jpgLe Collectif USINE vivait ses derniers mois de gloire et d'efficacité. Il ferait tout pour partir en beauté.  L’attaque contre les Bleu-Blanc-Rouge avait été applaudie, mais les divisions s'élargissaient de jour en jour. Les forces occultes, les comités invisibles étaient à l'œuvre. Les jeunes étaient plus froids, plus distants, c'était la fin.

— C'est fini Arthur !

­— Dominique la fin n'est qu'un recommencement, tes hautes études ne t'ont pas encore éclairé là-dessus, il faut retourner à la décomposition pour refleurir un jour, tu étais la fleur que j'avais choisie, ma sœur qui n'a pas voulu de moi.

— Cesse donc !

— Dominique, il est des marquages indélébiles. Il est des vies échappant aux volontés obscures. Il est des forces du fond de l'infini vers des infinis nouveaux. Le temps ne s'arrête pas et n'a jamais été. Que crois tu donc construire de ta vie que l'on n'ait déjà patiemment repassé pour toi ? Tu seras cadre et tu perpétueras la séparation des sphères. Les chercheurs aiment à séparer les éléments pour les étudier. Les cadres des luttes et les idéologues divers font de même. C'est là le marquage indélébile de l'espèce humaine, appliquer des codes à des masses et les faire agir. La fine fleur de ta matière cervicale servira à cela. Tandis que les peuples meurent et les civilisations habitables disparaissent. C'est ainsi puisque tu n'avais pas l'imaginaire et la force des explorateurs. Tu feras ta vie à l'abri, dans l'encadrement d'une nation conquérante et exterminatrice. Tandis que d'autres encadreront la séparation des sphères  dans le monde à exterminer. Pour préparer le terrain à tes découvertes. Vous saurez tout pour gérer les pauvres et les riches. D'autres organiseront la simulation des gestions de ressources par ordinateur et détermineront avec précision chirurgicale quelles populations devront disparaître des tourmentes, dont les coutumes trop enracinées gênent l'expansion des maîtres tout puissants des hommes et des machines. Nous ne serons pas nombreux à exprimer notre révolte et notre désespoir. Quand au bout des génocides annoncés, quand au bout des horreurs programmées, quand nous survivrons encore et que la terre en fera des tours de joie, quand les temps futurs seront passés, une particule de moi traversée d'une onde de toi parviendra à son point d'infini et ensemencera. Les univers sont ainsi créés. Nous sommes si peu que c'est avec l'infime de nous et de rien que tout vient. Jusqu'à la chaleur des étoiles explosives et des agglomérats de particules glacées, dans les temps en constructions successives, dans la vibration éphémère matérialisant l'énergie. Bien avant le moindre sens, bien avant le moindre mot, bien avant la moindre intention, bien avant le moindre palpable, bien avant la moindre fanfreluche sur tes seins précoces, bien avant tes moindres envies des lèvres d'un autre, bien avant tes désirs d'importance, bien avant tes mensonges. Et je serai encore là dans le souffle de mes dernières particules, bien après les mondes froids et les galaxies lumineuses, après les temps des histoires terrestres, après la chute des civilisations, après le sable et le vent, dans les ondes d'un soleil s'effondrant, à quoi peut servir l'injustice ? Un jour on comprendra que rien n'est au dessus de rien et personne n'est en dessous de personne. Un jour viendra l'inutilité des orgueils. Un jour viendra la fierté des humains et des mondes. Un jour nulle domination ne sera nécessaire, Dominique, et tu pourras te reposer. Tu te diras  qu'un homme sincère voulut être ton frère, et tu le rejetas, parce qu'il t'aimait et voulait ta liberté, ne pas être un poids, ne pas faire de chantages affectifs, « ce sont les pires » annonçast tu fièrement, et il ne t'oublia jamais et tu ne voulu jamais le revoir, il ne t'était pas utile.

Arthur était conscient de l'inutilité parfaite de son obsession. Cette conversation quasi ininterrompue lui était un support à la réflexion. Dominique Premier n'eut jamais pu être présente en chacun de ces instants et il n'aurait été d'aucune aide dans la construction de sa carrière, et Arthur laissait filer sa vie dans des regroupements éphémères.

La jeune fille visiblement avait fait l'inverse même de tout ce qui faisait les valeurs intangibles de Arthur. Elle s'ébrouait au milieu des vainqueurs. Elle embrassait sans vergogne les idéaux les plus nocifs que les civilisations guerrières avaient connues. Arthur ne pouvait oublier, toute cette chaleur émotionnelle de leurs indignations.

Quel était donc cet étrange sortilège ? Aimer jusqu'à la perte de l'esprit celui ou celle dont la totalité des actes et des intentions mènent irrémédiablement à la perte du seul monde possible et supportable ? Un monde où l'on pourrait dire à l'être aimé « soit ma sœur, soit mon frère, soit libre de ton corps, soit maitre de ton esprit ».

Etait il donc possible que sa lettre de dix sept pages ait fait ricaner la belle pucelle à ce point ? De quoi pouvait-elle avoir eu peur par la suite ? Il ne pouvait y avoir nulle offense, nul esprit de domination, nulle tentative d'accaparement exclusif. Pourquoi donc ce rejet absolu, si violent ? Cette insurmontable offense, objet de ses déroutes.

Arthur était-il devenu si peu regardable qu'elle l'avait à peine regardé les deux fois où ils s'étaient croisés par hasard ? Comment passe-t-on du statut de bon copain à celui de fâcheux que l'on souhaiterait invisible ou disparu ? Quelle est donc cette force d'exclusion, à quoi sert-elle ? Arthur avait fait des photocopies d’un tract vers Jussieu.

Le squat et ses occupants étaient passés en procédure judiciaire d’expulsion, la date était presque fixée, il restait encore une audience civile à affronter, le tract exposait les éléments et appelait à une présence physique massive lors du procès à Bobigny. Arthur venait de récupérer ses mille exemplaires dans une toute nouvelle boutique à photocopies.

La silhouette le devançant légèrement sur le chemin du métro avant le parvis de la grande université lui fit bondir le cœur, cela ne pouvait pas ne pas être elle, aucun doute n’était possible mais la belle avait une sacrée avance, il courut, tenant serré son paquet de feuilles imprimées contre lui :

— Dominique, Dominique, c’est toi ?

 

*/*

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bourico 06/04/2014 13:24

Quel amour et l'amour de la vie…