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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

sainte-anne.jpgLes autres, les mâles, c'était pareil. Quand on a de l'argent tout s'achète et tout se vend. La ronde incessante des moteurs au ralenti, des sourires figés, des regards scrutateurs, le lassa d'un coup. Que foutait-il là ? Avait-il tant besoin du fric qu'il en espérait ? Il était l'heure pour lui de rentrer dans la soupente glacée.

Le lendemain soir il était revenu. Il avait retourné toute l'histoire dans sa tête. Il n'y avait pas de raison morale l'empêchant d'y retourner. C'était là à sa disposition, cela existait, c’était un moyen de survie, il ne l'avait pas inventé. En supporterait-il le contact intime que cela supposait ? Il pourrait toujours refuser en cours.

Son imagination et ses fantasmes avaient bien tenté de donner un contenu à ce qu'on allait lui demander. Rien ne l'avait vraiment effrayé. Il pensait pouvoir demander cinq cent francs, de quoi pouvoir remplir le frigo de Patrice pour une semaine. Ne plus avoir faim et trouver l'issue, bâtir sa niche, avoir chaud.

Arthur n'avait jamais eu de désir homosexuel. Ça ne le tentait pas, ne l'avait jamais vraiment tenté. S'il ne savait pas faire ou ne supportait pas de faire ce qu'on lui demanderait, il pourrait toujours interrompre la transaction. Il aurait simplement perdu son temps. Et puis si c'était une femme, comme l’autre, comme Dominique ?

Rarement, des femmes venaient au volant de grosses voitures : il lui sourirait et se montrerait avenant. Il s'était vêtu chaudement, ayant emprunté à Patrice son gros manteau de skaï confortablement doublé de laine acrylique. Prévoyant d'y rester plus longtemps et il était revenu à son poste, choisi pour voir les voitures pénétrant la rue de face.

Et si c'était des types ? Il resterait immobile sans bouger et n'engagerait à rien. À ce qu'il avait vu la veille les voitures s'arrêtaient rarement. Il avait vu deux négociations aboutir en une heure par les vitres baissées électriquement et ils étaient quinze, vingt  à attendre le long de la rue, comment faisaient ils ?

Attendre, attendre, et par une froide nuit d'hiver ce n'est pas tendre. Au bout d'une heure un groupe de deux femmes pas trop laides et un homme de taille corpulente se dirigea d'un pas décidé vers lui. Une partie carrée, il n'y avait pas pensé. Du bourgeois bienheureux en goguette visitant le marché nocturne des jeunes hommes.

Ils viennent de passer une bonne soirée et s'encanaillent à plusieurs. Ils plaisantaient entre eux, joviaux. Arthur, médusé, était adossé à la grille derrière lui, avait étendu les bras à l'équerre agrippant les barreaux, étirant son épouvante, soudain mou, il était clairement venu pour cela et cela se précisait, l’émotion envahit son visage.

Déchirant son effroi arrivait sa Première touche, claire nette et sans bavure. Les trois descendaient la rue directement vers lui, saluant rapidement les types du trottoir. L'appréhension cumulée de l'attente évoluait en montée du désir, d'envies troublantes.

   Tachons de ne pas avoir trop mauvaise figure.   

   Tiens toi bien, souris…  

Arthur voyait le bonhomme s'approcher. Il avait la cinquantaine, les cheveux blancs, le visage rond et éclairé, un grand sourire franc. L'homme parvenu à son niveau s'arrêta, les deux femmes s'écartèrent légèrement, le temps de la prise de contact, Arthur allait bientôt tout savoir, les souhaits, les contreparties.

   C'est comment ton petit nom?  

   Arthur…  

   Arthur ! Arthur ? Moi c'est Arthur aussi, nous avons le même prénom…  Arthur ou Jésus ? le type gloussa.  

   Pardon ?  

   Oui, quand je t'ai vu tout à l'heure, tu avais les bras en croix, comme notre sauveur, Arthur sauvé sauve Arthur sauveur…

   Sauveur est un prénom…

   Je suis curé. gloussa t-il à nouveau — en montrant son col noir et blanc orné d'une petite croix qu'Arthur n'avait pas encore repéré. — Tu croyais que j'étais client ?

   Eh ben oui… le curé éclata en un large rire sonore et enveloppant.

   Tu n'es pas trop déçu ?

   Euh, non pas trop. ils se sourirent.

Il n'osa pas lui dire à quel point il était soulagé.

   C'est la Première fois que tu viens n'est-ce pas ?

   Non, je suis déjà venu hier…

   Et tu as fait affaire ?

   Euh non, non, pas d'affaire…

   Bon, tu ne vas pas rester là, j'habite à Cachan où je dirige une communauté d'éveil à la vie religieuse. Nous avons une chambre d'ami, nous pouvons t'héberger cette nuit, ça te dit ?

   Euh… oui !

   Ça nous permettra de faire connaissance, de voir quel est le problème qui t’amène ici ce soir, peut être d'apporter une solution.

Arthur était curieux de toute nouvelle rencontre, cela ne l'engageait pas.

L'Eglise il savait à quoi s'en tenir et la religion tout dépendait par qui elle était portée. Pour sa part étant donné ses convictions communistes libertaires il n'y avait aucune chance qu'il se convertisse. Voir une communauté d'éveil à la vie religieuse de l'intérieur excitait sa curiosité, il fut la réussite la plus rapide et facile du père Arthur.

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