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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

terra-cosmica.jpgLe soleil réchauffait la terre et lui fournissait par transformations successives son énergie, mais Georges devait apprendre l'obscurité, il devait expérimenter par lui-même ces sensations des profondeurs, ces nouvelles facultés d'adaptation humaines, impossibles à étudier ou à reproduire en surface, la vie dans ses limites inusitées.

 

 

La plate-forme trônait au dessus des flots tel un mirador et effrayait la nuit de sa féerie de lumières multicolores. Le supermarché allait fermer ses portes. Des groupes de gamins jouaient au dessus de la mer en furie, paisiblement sur la dalle de fibres nanostructurés, reliant entre elles les tours de logement de la cité sus-marine.

 

Les pêcheurs rentreraient et les enfants iraient manger dans le réfectoire où les parents de permanence organiseraient leurs repas. Dans quelques semaines il irait s'enfermer avec ses instruments bio-analyseurs dans l'habitacle de l'ascenseur sous-marin qui les reliaient à la sphère d’habitation immergée par 2800 m de fond.

 

Une sorte de village mericole où les humains jouaient avec leurs capacités de développement. Le module comprenant ses appartements et son laboratoire d'observation serait aspiré par les puissantes pompes, et traverserait les sas concentriques d'adaptation. L'opération prenait six mois dans une absolue sécurité.

 

Il y avait été préparé pendant de longues semaines par l'armée sous-marine sur des simulateurs perfectionnés fruit des recherches spatiales. L'homme survivait aux modifications corporelles de l'absence de pression et de vie assistée dans l'espace; il pouvait donc survivre dans les plus grandes profondeurs, c’était l’avenir de l’espèce.

 

La colonisation des fonds sous-marins avait commencée un demi siècle plus tôt, qui paraissait futuriste, et le futur s'était installé, sereinement, année après année. Le langage sous marin s'était exprimé de manière insolite, par fréquence sonique qui avait put être décryptée et comprise par les linguistes humains et leurs ordinateurs.

 

Une civilisation de la profondeur et des enfants commençaient à naître. Les transformations avaient été rapides : les nouveaux nés avait du mal à survivre en milieu non stérile imposant l'alternative la plus aventureuse qui soit, la rupture avec le monde connu de la surface, leur inconnu, leur rêve et leur fantasme, leur manque.

 

Or seul ce monde connu pouvait décrypter, analyser et tenter de maîtriser. Il serait le lien. Georges était seul dans la pénombre, il visitait ses appartements, contrôlait les installations, dans une semaine sa mission commencerait, il s'y préparait psychologiquement, il y resterait quelques années absent, à ce monde de surface.

 

Avec pour seul bien une image tridimensionnelle à volonté, tout cela coûtait fort cher, mais les princes de l'agro-alimentaire, les trusts minéraliers et leurs argentiers de l'Ubavère y mettaient le paquet. Après cette mission, il aurait le droit de s'installer à Paris I, cela faisait 50 ans que sa famille en avait été chassée, comme tant d’autres.

 

Il se remémorait le chemin parcouru, la volonté de sa mère de le pousser dans ses études, quand il était monté, enfin sortit de sa zone franche, vers Lyon. Les concours, le mépris des gosses nantis, puis l'intérêt de certains pour ses capacités, puis la mission. Architecte pour l’extension en mer, Ingénieur en recherche sous-marine.


Spécialiste des langages soniques, cette mission couronnait sa carrière d'étudiant et le faisait réintégrer le processus par la grande porte avec une place au soleil de la volupté, pour lui, sa femme et ses trois enfants, c'était la consécration, il faisait partie de l'élite, il le méritait assez. Il composa une identification sur son télévisiocom.

 

Il dut attendre que les contrôles de sécurité donnent le feu vert à sa communication extérieure. Puis l'appareil émit un sifflotement et le visage de son père apparut. "Salut, qu'est-ce que tu veux ?" "Passes-moi mon fils !" les rapports entre ces deux là étaient très durs, ils ne se voyaient jamais et vivaient chacun dans leur réalité.

 

Ils ne se comprenaient pas. L'image de son fils remplaça celle du vieux. Il venait d'avoir 16 ans et allait bientôt partir mettre ses services à disposition de la banque, un jeune formé télécom, son avenir était assuré pour peu qu'il y mette du sien. Mais il le sentait encore trop fluide, pas assez mûr. C'est vrai qu'il avait encore le temps.

 

Dans trois ans au maximum il pourrait le retrouver, ils pourraient tous se réunir enfin. Leur vie allait changer.

"Salut P'pa, alors t'es prêt tu descends bientôt ?"

"Dans une semaine si tout va bien. Et toi ? Tout va bien ? Qu'est-ce que tu fais en ce moment?"

 

"Boah, je bricole, dis ! J'viens de rencontrer un type sensas, un banni qui vient d'arriver au village..."

Georges blêmit, la tuile !

"Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?"

 

"Non rien ! Fais gaffe à pas faire de conneries, dans trois ans, on monte tous à Paris, n'oublies pas !" Il se sentait inquiet, il ne voulut pas que son trouble apparaisse trop vivement à l'écran, il s'éloigna pour prendre une sucrerie aux algues et poursuivit "Qu'est-ce que vous faites ce soir?"

 

"Justement, on lance un jeu, c'est moi qui fait la bouffe alors justement, je vais pas m'attarder..."

"Et le banni, il sera là ?"

"Bien sûr ! "

" Bon, ben je te laisse, amusez vous bien ! On se recontacte avant ma descente ?"

"Ouais j'appelerai ciao j'tembrasse !"

"Salut Serge".

 Le village et ses jeux ! Drôle de vie !

 

Deux minutes plus tard, la station de surveillance de la zone Franche-Comté reçut un message. "Banni à identifier, village 573 dépendant de votre zone. En liaison avec Sûreté Economique et Sécurité Défense. Surveillance particulière de la famille Machecourt . Rapport hebdomadaire. Application des consignes classées D. "

 

Le télécom de l’Ecrivain clignotait, il effleura un bouton, une inscription se visualisa, il était invité à une soirée à l'autre bout du bourg. Voilà qui sans doute rechargerait ses batteries. Une petite promenade, quelques rencontres, un peu d'air ! Le café était déjà fermé, il ne s'en était pas aperçu. Il ferma sa fenêtre, se prépara et sortit.

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