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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

fesChapitre 4 – Sex, drugs, and rock’n’roll

 

 

 

 

   Tu ne pouvais me suivre, tu devais poursuivre tes études, devenir chercheuse, devenir cheffe, faire carrière et trouver un mari italien. Hélas, Dominique je fus si longtemps comme le malheureux garçon assis sur le mur détournant le regard, ni chaste ni sage, à me morfondre, ce ne sera jamais mon tour, les adolescents solitaires sont émouvants, il y a de la jalousie à regarder ceux qui s'ébattent librement, s'embrassent en public, prennent la parole en réunion.

   J'ai si bien connu cela Arthur, je me tiens toujours du bon côte de la ouate enveloppante et préservée, taraudée d'une jalousie rétrospective remontant à mon adolescence, cette incapacité à céder au désir spontané, rabâchant les identités remarquables, m'appliquant à suivre à la lettre tous les points de mon programme.

 « Plus de caresses moins de C.R.S. ». Arthur, Simon et le père Arthur démarraient leur ronde de nuit : l’humour était sauf ! Sylvain les salua de loin d’une main tenant une cigarette, et bien sûr remarqua qu’il ne laissait pas indifférent un conducteur passant. Après deux-trois mots d’accroche il est invité à s’asseoir sur le siège passager.

Le père Arthur avec sa bonhomie enjouée, lui répondit à son signe d’une paume franchement levée :

    À tout à l’heure Sylvain, cela fait longtemps que l’on ne s’est pas vus…

Puis en se tournant vers Arthur et Simon il poursuivit :

   Sylvain fait cela depuis des années, maintenant c’est de plus en plus dur, les patrons de café de la rue les jettent, ils ne peuvent plus draguer à l’intérieur…

   Ah, pourquoi donc ? Arthur s’intéressait aux détails de toute histoire, réclamait toujours précisions et résumés.

   Les patrons ont changé, c’était beaucoup d’homos du show-biz les anciens propriétaires

Le père Arthur avait tous les dossiers de la rue en tête. Il faisait un suivi personnalisé. Il y avait ceux qui ne voulaient pas parler, ceux qui avaient besoin, ceux qui décrocheraient avant d’en être malades, ceux qui ne s’en sortiraient pas. Le père Arthur Lundi soir après Lundi soir les voyait tous, leur parlait, apprenait cette histoire.

La rue Sainte-Anne avait catalysé tous les reproches des militants du FHAR ou des GLH contre ce monde capitaliste triomphant et les patrons du « Colony » ou du « Sept » étaient assimilés aux exploiteurs modernes, vendant cher des rencontres sécurisées, impossibles dans les boites hétéros de l'époque et dangereuses à l'extérieur.

Un véritable mouvement de libération de la morale sexuelle majoritaire voit le jour après mai 68. D'abord inspiré par la contestation des années 70, le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (F.H.A.R.) naît en 1971 dans les rouages du MLF — les homosexuelles en étant à l'origine — mais il périclite rapidement.

Néanmoins, la parole se libère avec force et le mouvement est irréversible. Revendiquant l'abrogation des lois discriminatoires, celle-ci est arrachée après l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1982. L'homosexualité s'organise dès lors en mode de vie toléré et admis, même si l'apparition du sida marque profondément cette minorité,

Aux Beaux-Arts était le QG du FHAR et ses assemblées générales aux prises de parole délirantes : on y scandait « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous! ». L’amphithéâtre des Loges, à l’école de la rue de Bonaparte, resta un lieu légendaire du militantisme gay, dans sa période la plus ouvertement subversive,

C’était furieusement bien loin du politiquement correct qui prévaut aujourd’hui dans les associations gays. C’est là que se réunirent tous les jeudis soir, de 1971 à 1973, plusieurs centaines d’homosexuels. Il était impossible de tenir un discours sérieux plus de cinq minutes dans cette salle, c’était un happening permanent !

Les lesbiennes doctrinaires ou les transfuges du gauchisme, futures célébrités du collaborationnisme de classe, étaient sans cesse interrompus par les Gazolines, des folles radicales qui scandaient des slogans hystériques : « L’important, c’est le maquillage ! » ou  « Nationalisons les usines à paillettes! ».

Entre deux envolées poétiques contre « la société hétéroflic », il y avait immanquablement un petit mec de province prenant la parole pour raconter sa vie en pleurant, un autre donnait son numéro de téléphone à la cantonade parce qu’il ne voulait pas rentrer seul chez lui… pas de leaders, pas d’ordre du jour.

Une libération de la parole pour les pédés, ils se nomment encore fièrement sous ce vocable revendiqué, comme les afro descendants avec Césaire se revendiquaient « Negres » et cela ne leur venait pas à l’idée de revendiquer un contrat de mariage ou des allocations familiales pour leurs gosses. Ils en auraient fait hurlé de rire !

Ce printemps des luttes autonomes et différentes a été fondamental pour beaucoup d’entre eux, pour toute une jeunesse pleine d’espoirs  avec des épisodes mémorables, comme ce strip-tease improvisé par l’écrivaine féministe Françoise d’Eaubonne et le vieil anarchiste Daniel Guérin, juchés sur les tables en formica de l’amphi…

Malheureusement pour les libertins libertaires, cette effervescence a vite rencontré ses limites. Au fil des semaines, il y a eu de moins en moins de monde dans l’amphi, et de plus en plus d’affluence au cinquième étage, où les corps-à-corps remplaçaient les discours ! Jusqu’à ce que les autorités fassent évacuer les lieux !

  Le FHAR aura duré deux ans et aura rassemblé quelques centaines de personnes seulement. Mais il aura inventé un style d’action très particulier, à la fois festif, subversif, provocateur et créatif qui aujourd’hui encore caractérise nombre de manifestations gays, puis peu à peu des gens très sérieux viennent gérer, modèrent.

Désormais l’association de lutte contre le sida Act Up Paris reprend le flambeau des révolutionnaires chevelus et des pionniers de la déculpabilisation, en tenant ses réunions tous les mardis soir dans le même amphi, les débats y sont encadrés, les prises de parole minutées et toute digression immédiatement censurée…


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