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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

U.S.I.N.E.

   Tu viens, on t'enlève ?  

   Oui, allons y !  

La voiture était le long du trottoir, les deux femmes s'installèrent à l'avant. C'est comme cela qu'il avait fait la connaissance du Père Arthur, son Premier et dernier client. Arthur n'était pas fait pour le tapin non plus, maintenant il le savait.

Le lendemain matin, avant l'effervescence du petit-déjeuner, le Père Arthur gratta à la porte de la petite chambre. Arthur venait de se réveiller, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas dormi dans un lieu en sécurité, chauffé.

   C'est la messe dans dix minutes à la petite chapelle à l'entrée, tu viens ?

   Non, merci Arthur, je ne suis pas croyant, désolé.  

   Tu n'es pas forcé, les histoires de foi c'est individuel, je passe te chercher pour le petit-déjeuner tout à l'heure, le service est court le matin, à tout à l'heure, tu as une petite salle d'eau au bout du couloir, si tu veux, prends une douche !

A deux pas de la station de R.E.R. « Arcueil Cachan » la communauté était formée de trois religieux et d'environ six étudiants ou jeunes professionnels qui voulaient y prendre un an pour réfléchir à un choix de vie au travers d'un  vécu de la vie communautaire, simplement vivre sous le regard de Dieu.

On l’appelait en fait la communauté d’Arthur, car il était au départ le seul religieux, avec une dizaine de jeunes. En septembre 1982, la communauté avait déménagé au 14, rue Carnot et en septembre 1983, Patrick Zago, un autre religieux était venu renforcer l'action du père Arthur, la structurer, l’encadrer.

Dans les locaux d’une petite pension de famille venant de fermer et que l’Assomption achète, par l’Association des Amis du Père d’Alzon, la communauté permettait aux jeunes accueillis de continuer à suivre les études dans lesquelles ils étaient engagés, ou à exercer le métier qui étaient le leur.

Là résidait l'une des spécificité de la communauté. Elle n'était pas un foyer tenu par une communauté de religieux, le jeune faisait partie de la communauté, il en était un des membres, il était responsable pour sa part de l'animation et de la vie de celle-ci, préparait et partageait les repas.

Il intervenait dans les décisions, c'était un mode de fonctionnement souple dont le but n'était pas de provoquer une rupture avec la vie qui était la sienne avant son entrée dans la communauté, mais de permettre de prendre un temps pour discerner mieux, voir confirmer une éventuelle vocation.

Arthur y était retourné souvent par la suite. Il aimait cette atmosphère préservée des bruits du monde, presque monastique. Les étudiants étaient calmes, légèrement distants. Arthur représentait pour eux l'irruption de ce bruit du monde. Le Père Arthur l'utilisait un peu pour cette raison, c'était son rôle d'éveilleur.

Car pour le Père Arthur, en bon prêtre assomptionniste, hormis la méditation et la prière, l'engagement du religieux auprès des démunis, des esquintés de la vie, était une des fonctions essentielles du sacerdoce. Il avait été aumônier des prisons de France, et interdit de prison à vie par l'administration.

Après l'office matinal de courte durée. Le Père Arthur tint à présenter Arthur aux pensionnaires présents au cours d'un copieux petit déjeuner. Il s'amusait follement de cette curieuse homonymie et y voyait le signe d'un mystérieux message adressé à l'ensemble de la communauté, rien de moins.

Deux heures plus tard Arthur sortait de la communauté avec un sac de victuailles rempli à ras bord, de quoi régler ses problèmes de faim pour un bon moment. La discussion avait été attachante, le Père Arthur s'était beaucoup intéressé au projet U.S.I.N.E. en construction. Ils décidèrent de se revoir.

Après l'ouverture du squat le Père Arthur leur proposa de les inscrire à la Banque Alimentaire fraîchement créée. Toutes les semaines ils seraient ravitaillés. Il leur suffirait de venir avec une camionnette et ils seraient servis en fonction de leurs besoins du moment et des arrivages de produits.

La Banque Alimentaire avait été créée par une réunion des trois grandes forces caritatives d'essence Chrétienne, les Emmaüs, le Secours Catholique et l'Armée du Salut. Son président Bernard Dandrel recevrait le Père Arthur et deux membres du collectif U.S.I.N.E. dès l'ouverture du squat.

Pour l'heure cela faisait bien trois mois — tout l’hiver, et Février était glacial — que le projet ne prenait pas forme faute d'avoir encore le lieu idéal pour l'abriter. Arthur venait de passer la nuit avec Patrice et Marcel à écrire à trois dans le petit Hlm de Montreuil. Il les avait laissé se réveiller, il fallait qu'il trouve.

Les provisions redistribuées par la communauté de Cachan le lendemain de la rencontre des deux Arthur avaient fait long feu. Arthur devait à tout prix encore faire bouger les lignes, donner l'impulsion manquante. Il quitta la cité Jean Moulin et fila dans les rues serpentant de Montreuil-sous-bois, désertes et maladives.

Il faisait une caillante à couper les doigts vifs et Arthur, mal fagoté, se recroquevillait dans sa veste de paletot décousue comme un escargot dans sa coquille. Il venait à nouveau de prendre une grande décision, un coup d'accélérateur pour leurs réunions ; le pieds-de-nez habituel qu’il faisait au destin, se secouer.

Il décida d'y passer la journée s'il le fallait mais de trouver le lieu avant la réunion du soir. Les troupes du début s'amenuisaient et ne résistaient pas à l'attente. Il fallait maintenant absolument agir très vite avant qu'ils ne soient lassés par des recherches toujours infructueuses, des déplacements en nombre devant des ruines.

Et c'était bien le choix du lieu qui posait problème. Au début, Arthur n'y avait pris garde. Il lui semblait que tout ceux qui se revendiquaient de l'ancienneté squatteuse allaient montrer par la pratique l'étendue de leur expérience et les bienfaits de leur savoir faire éprouvé ; ils ne proposèrent que des terrains vaguement murés.

Il ne s'en était pas occupé du tout, dans un Premier temps, attendant patiemment que les plus aguerris d'entre eux au sport de l'ouverture des portes et des sésames leur enseignent ces nouvelles connaissances si indispensables au nouvel équilibre de sa vie : avoir un toit au dessus de soi, promouvoir des activités

Et puis et c'était bien de cela qu'il s'agissait : ne plus payer de loyer, ne plus aller perdre sa vie à la gagner, renverser l'ordre du monde, constituer les forces de réserve d'une humanité libérée peu à peu de ses chaînes, de ses massacres et de la domination de peu sur tous, s’extraire de la production, la choisir

Marchant vite et filant dans les ruelles industrielles du Bas Montreuil Arthur levait les yeux vers les baies vitrées, les rideaux de fer, les lourdes fenêtres ou les portes cochères, guettant patiemment le moindre signe d'un abandon entretenu, des lieux vides  et en bon état, spacieux et correctement éclairés, le bijou quoi.

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