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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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Dominique Premier alors n'apparaissait plus, n'était plus sa vie, il n'était plus en lui même, son corps était libre de toute correspondance, ses réactions au monde devenaient mécaniquement célestes, il oubliait finalement le devoir d'exister, ses ego disparaissaient et sa souffrance enfin s'éteignait.

 

Alors l'appréhension pouvait se mouvoir à un niveau regardable, il savait s'il avait plus ou moins peur et l'inconnu avait la couleur des attentes, ce que la souffrance l'eut empêché de ressentir il le percevait de nouveau sans superposition brouillée, dans la voiture il fut heureux de ses sensations.

 

Il se demanda s'il s'agissait de courage ou d'indifférence, lorsqu'il aurait un groupe à terroriser de loin pourrait-il faire l'autoritaire, le prendrait-on au sérieux, les phrases étaient, on ne bouge pas, c'est un hold-up, il ne vous sera fait aucun mal ,personne ne bouge et tout se passera bien, en très convaincant.

 

L'attente était interminable, le troisième homme conduisait élégamment et ne parlait pas, les deux autres le regardait de temps à autre l'air de demander, ça va? Ca va aller? tu vas te débrouiller, tout va bien se passer. Ne te fais pas de bile on a tous connu cela, décontractes toi, ça va aller.

 

Le conducteur enfin desserra les dents et sans se retourner ni se départir de son flegme énonça quelques propos de circonstances, nous allons bientôt arriver, est-ce que tout le monde se sent prêt, je me gare moteur allumé devant la poste sur le trottoir et j'attends au maximum trois minutes,

 

Les deux autres se partagèrent la fin de la mise au point, si tu ne le sens pas tu ne fait rien et nous ressortons, n'hésites pas, nous nous moquons des héros, nous ce qu'on veut c'est le pognon, le reste est de la littérature poussive,  soit calme et reste lucide, respire à fond, ça va aller, relâches toi.

 

Dominique Premier revint sourire dans l'entrelas de ses synapses flottantes, ils étaient entrés dans le petit bureau de poste, les deux guichets étaient sur la gauche au bout d'un hall tout en longueur, la porte à surveiller faisait face à l'espace de consultation des bottins, et aux cabines téléphoniques.


C'était la petite poste ancienne aux bois chaleureux et aux odeurs de papier poussiéreux, deux files inégales de retraités et de chômeurs attendaient d'être servi par deux guichetières volubiles, on s'échangeait beaucoup d'informations météorologiques, prenait son temps et quelques sous.

 

Dominique Premier sourit à nouveau, Ben voilà mon gars tu voulais savoir, et tu y es, Arthur sourit, il n'avait pas peur, il fut froidement lucide, il calcula, le nez dans un bottin à l'envers il notait les éléments devant lui, les deux files à maîtriser, les réactions possibles, les héros cachés?

 

Il lui fallait se décider vite, le hall eut fait un mètre de large de plus il eut sortit le pistolet, des vagues d'adrénaline lui montèrent à la gorge et refluèrent par poussées vigoureuses et dispersions massives, il était presque au corps à corps avec les deux files, les complices l'observaient.

 

Alors petit gars, c'est la révolution dans ton cerveau, faut bouger maintenant, moins de trois minutes on t'as dit, Dominique Premier rigolait bien, mais le coin de son œil était intrigué et un peu inquiet, même au plus fort d'une rigolade générale elle conservait cet éclat triste au fond des yeux.

 

Arthur soupira et referma le bottin d'un coup sec, il n'était pas question de risquer une catastrophe humaine pour quelques billets dévalués, sa vie venait d'un coup s'enrichir grandement d'un nouveau savoir, il désirait vivre dans un monde agréable et doux, sans violence ni agression inutile.

 

Il secoua négativement la tête et sourit tristement aux deux autres qui acquiescèrent, ils sortirent d'un même mouvement empressé comme trois sportifs à l'entraînement, montèrent en voiture qui démarra et s'éloigna, Dominique Premier pouffa, j'ai quand même eu peur, dis donc.

 

Donc, il n'était pas fait pour l'attaque à main armée, et il n'était pas fait pour l'agression dévalisante et nocturne, courir le fatiguait, il aspirait aux froides tragédies stellaires pulsant leurs scories créatrices d'univers, comment impulser ce mouvement, dans la tristesse de son isolement.


Dominique Premier n'était là qu'en intermittence mais à chaque fois que des troubles majeurs envahissaient sa vie et son univers psychologique, c'était son trouble amoureux compulsif, lorsqu'il se perdait à ne plus savoir mener sa vie, à se figer d'horreur devant la peur de toutes les vies.

 

Lorsqu'il avait été tenter de mettre son corps encore intouché en vente sur le trottoir de la rue Sainte-Anne, Dominique Premier était là aussi, un peu apeuré malgré tout mais d'une disponibilité enjouée qu'Arthur ne lui connaissait pas, tu es sur d'aller jusqu'au bout, tu mets tes fesses en jeu?

 

Je m'arrête quand je veux, je refuse ce que je veux, quel risque, oui petit gars, et quand tu sentiras le gland explorer ta fente tu en reparleras mieux, c'est sur mais vous les femmes vous vous y pliez, oui mais nous nous aimons peut-être, et moi, mais toi tu veux de l'argent, en as tu si grand besoin?

 

Le Premier soir, il n'était resté qu'une heure, il ne voulut pas louper le dernier métro pour retourner passer la nuit chez Patrice, où ils trompaient leur faim en buvant des litres de thé et en mouillant des quignons rassis de pain récupérés des dessus de poubelle dans les ruelles de leur quartier.

 

Il n'avait pas envie de traîner la nuit entière dans le congélateur aérien que devenait la capitale, ni de rentrer à pied, les voitures passaient au ralenti, le temps pour leurs conducteurs, hommes seuls de tous les âges, de jauger la qualité de la marchandise exposée, par leur vitre baissée.

 

C'est comme au marché se dit Arthur, oui, une foire aux esclaves, que voulaient ces hommes, que demandaient-ils, combien étaient-ils prêts à payer, combien fallait-il leur demander, Arthur s'angoissait follement à l'idée qu'une des voitures s'arrête à son niveau, le ventre tourmenté.

 

Lorsqu'elles passaient devant lui, il tournait la tête, respirant de grands coups, si le gars l'appelait, "Ho", que ferait-il, il n'était pas préparé à cela, personne n'était préparé à cela, il n'y avait pas de cours du soir pour apprendre cela, et pourtant cela existait, Arthur en devenait curieux.

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