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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

111-Capture-d.image.JPGQuand même, il se demandait ce que cela pouvait faire de tout miser sur une carrière professionnelle, des relations plus ou moins fines, plus ou moins affectives, des alliances d'intérêts en vu de résultats, une froideur pour le monde vivant, une peur de ce qui vit, remue, grouille, et l’indifférence face aux luttes nécessaires ?

Être un cadre de cette société inhumaine et barbare, fallait-il tout oublier ? Dominique avait-elle tout oublié ? Être l'élite d'une nation pilleuse et massacrante ! Se trouver heureuse de se faire courtiser par des abrutis friqués, s'en remettre à son carnet d'adresse pour son avancement, sa carrière ! Quel désastre !

C'est étrange la vie, Arthur ne parvenait pas à se convaincre. Dominique s'était mise sur son chemin, avait fait des pieds et des mains pour l'attirer à elle. Elle ne souhaitait pas le revoir ! Il lui faudrait vivre l'absence infinie, la présence continue, son obsession renouvelée. Mais qui pouvait donc vouloir d’un monde juste et agréable à vivre pour tous ?

C'était comme une exclusion sociale, une relégation violente. Une marginalisation affective injuste. Arthur ne correspondait pas au modèle dominant de la société voulu par le Capitalisme américain. La brutalité de la signification de son abandon le laissait encore démoli, et les luttes les plus justes étaient combattues par tous.

— Comment peut-on penser à l'infini, Dominique, que le monde — la planète et les humains — appartient aux bourreaux sans limite de nos époques ? Comment penser que tu puisses échapper au massacre, te mettre à l'abri ? Que seuls les faibles périront et que tu pourrais rester fière de toi ? Demain les tentes seront démontées et l'on fêtera la victoire. Toutes les familles seront relogées et le comité des mal-logés sera détruit par des forces contraires et organisées. Demain il faudra réfléchir à après demain.

Il fallait organiser la débâcle et ne laisser personne en plan. Arthur connaissait maintenant son rôle pour les mois à venir. La lutte était là aussi, dans les avancées comme dans les reculs, avec le même moral, la fine fleur de sa matière cervicale au service des compréhensions nécessaires. Et aller voir encore Mendes qui courrait sur ses dix-huit ans.

Simon avait reparu, mais ne circulait plus avec les mêmes gens qu’Arthur, un fonctionnement bizarre s’était installé dans tous les quats auparavant solidaires les uns des autres, la force collective magnifique obtenue avait eu des effets pervers, des idéologues aguerris étaient passés faire leur propagande partout.

Depuis que le fonctionnement unique du vol et de l'escroquerie s'était répandu dans presque tous les squats, chaque groupe s'était refermé sur ses petits secrets de survie et se méfiait de tous. Cela avait détruit toutes les convivialités en moins de temps qu'il n'en avait fallu pour les construire, la parano de tous envers tous s’installait.

Ils avaient tous changé. Arthur pouvait suivre ce chancre se répandre à la trace. Leur attitude à tous changeait, ils devenaient arrogants et fiers. Fiers d'être dans le secret des polichinelles et ils toisaient quiconque n'ayant pas le même fonctionnement, se rendant visibles par leur invisibilité, il suffisait de s’asseoir et d’observer..

Arthur était sidéré par cet abaissement soudain de la conscience collective, par cet appel aux chants des sirènes individualistes et consuméristes. « Le voleur » de Georges Darrien était devenu leur livre culte à tous. Quels changements ces radicaux-là entendaient-ils initier ? À mépriser le travailleur en lutte, dépassant son ordinaire de soumission habituelle.

Le comité était secoué et ne s'en remettrait pas. Les plus opportunistes de ses membres avaient déjà pris massivement leurs cartes aux partis politiques électoraux présents dans le comité de soutien à la Place de la Réunion, ce qui interdisait toute nouvelle occupation d'HLM, le moteur de leur mobilisation, ils étaient cuits.

— Nous ne sommes pas nombreux sur le sable de cette place à dire notre désaccord. Les humains valent plus et mieux. Nous n'étions pas nombreux depuis toujours. Nous sommes un ferment puissant. 

Les forces internes au comité étaient disloquées, et ses soutiens naturels chez les jeunes squatteurs réduits à néant. Arthur avait du mal à en finir avec cette histoire. Dominique finauda :

— C'est avec toutes les histoires que tu as du mal à tourner les pages et finir non ?

— Tu me connais si bien.

Arthur s'en serait voulu d'aller servir la bourgeoisie massacrante contre les intérêts de sa classe d'origine. Il avait démarré très tôt son insoumission aux normes établies, dès douze ans à la faveur de fugues périodiques et limitées de son lycée et de multiples rencontres très politisées, toutes les têtes aspirant à des révolutions.

Ne pas pouvoir reculer. Être obligé d'y aller par le nécessaire besoin de ne pas dormir à la rue, de ne pas crever de faim. La preuve irrévocable à ses yeux de la totalité de son engagement. Insoumis, rebelle, squatteur. Ces mots-là l'aspiraient, il en faisait un état, une nouvelle situation, sa dérive prenait tournure et sens.

— Mais t'étais obligé que cela soit si dur que cela…

— Il faut bien connaître à fond toutes les données du problème Dominique, nous ne pouvons pas nous contenter des rapports mensongers des professionnels de la désinformation, il faut bien se rendre compte par soi-même !

Cela faisait des années qu'Arthur entendait dire que la prochaine fois ce serait pire qu'en soixante-huit, et il ne se passait rien. Les situations s'aggravaient, les quartiers se dévastaient, le mécontentement était général et la Gauche de pouvoir gérait le capital en amplifiant leur misère, prête à inventer toutes les justifications du massacre.

— Personne ne pouvait vraiment savoir qu'ils allaient faire cela, il fallait bien faire confiance, c'était une telle joie dans tout le pays !

— Je t'imagine bien en train de danser à la Bastille, Dominique, soulagée de ne plus avoir rien à faire pour lutter contre les injustices, toute indifférence dédouanée.

Pourquoi ces questions et ces atermoiements ? Qu’est-ce qui clochait ? Pour le moment, il n’y avait pas véritablement le choix, ils n’étaient vraiment libres ni les uns ni les autres, le Premier et le seul objectif du moment était le renversement de ce processus toxique utilisant leur force commune pour la subvertir, pour cela disparaître, pour le moment.

Ils étaient tous pris au piège d'avoir à renforcer le dispositif de reprise de contrôle des forces sociales revendicatives par les gestionnaires des luttes électorales. Quoi qu'ils fassent, quelles que fussent leurs actions, ils ne faisaient qu'amplifier le vaste mouvement mis en œuvre pour priver les travailleurs pauvres de leurs droits essentiels.

Et ce mouvement visait ni plus ni moins qu'à faire rentrer les rebelles dans les réserves de la misère prévues pour leur survie, à savoir de gigantesques camps de toile gardiennés jour et nuit par des vigiles peu conciliants où ils n'auraient ni chauffage ni lumière et un point d'eau commun. Ce que fit très adroitement l’Abbé Pierre en 1954.

Le pouvoir put alors transformer le grand élan de soutien populaire, en mouvement d’opinion et de compassion pour ces « pauvres sans logis » qui se révoltaient. La France pleurait dans les chaumières sur ces enfants morts de froid pendant l’hiver 53-54, alors que toutes les décisions prises feraient s’amplifier ce massacre.

 Combien y en avait-il eu avant ? L’hiver était rude mais l’abbé Pierre veillait. Le problème du nécessaire logement des travailleurs ne se posait plus en termes de structures économiques à bouleverser. La petite bourgeoisie et les bourgeois n’avaient plus rien à craindre d’une révolte des gueux, les rouges étaient vaincus.

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