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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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La jeune fille l'avait apostrophé un jour, au détour d'un couloir, elle lui avait demandé de quel côté du fouet il se placerait, il avait refusé de faire un choix, il y avait d'autres solutions, ni victime ni bourreau, c'était possible, mais elle choisissait le manche, il n'y avait pas le choix.

 

La jeune fille avait bizarrement évolué depuis peu, c'était dix ans plus tôt, et les publications à grand tirage divisaient en deux les populations, les winners et les loosers, il n'y avait plus de classes, ni d'intérêts, ni de luttes, que des individus et des destins particuliers, un monde forcement injuste.

 

Foin de ses idéaux d'adolescente indignée, disparue sa capacité d'espérer, la loi générale était devenue la loi de l'argent, et il fallait en gagner ou disparaître, il fallait être du dessus du panier, une lame de fond contrerévolutionnaire et férocement réactionnaire recouvrait les mondes connus.

 

Alors tu ne pourras plus jamais m'aimer Dominique ? Tu ne me respecteras plus ?

La situation de ton compte en banque sera ton seul horizon ? Mais enfin Arthur, l'argent permet des tas de choses, l'argent rend libre d'aller où je veux, ah, et cela te plaît donc à ce point, d'oublier tous et toutes ?

 

Crois-tu donc Dominique que tu pourras habiter ce monde lorsque tous auront été exclus de ses bienfaits et condamnés aux ruisseau, ton fameux blindage d'indifférence résistera-il à cette vision constante du massacre et de la torture sociale généralisée, courir en enjambant les corps?

 

Comment pourra-tu te supporter et supporter ta condition de rescapée des injustices les plus criantes depuis le début des civilisations humaines, lorsque tu ne pourra plus ignorer les sdf allongés tout au long de ton chemin quotidien et que nul réconfort moral ne viendra absoudre ton égoïsme?

 

Allons Arthur, toi tu ne me pardonnerai pas, mais moi Dominique je t'aime et ne compte pas, je t'aime et tu ne sera plus jamais près de moi, je t'aime et personne dans cet immeuble ni ailleurs ne sait, et nous avons certains problèmes d'organisation interne à résoudre, travaille ta thèse.


Les anciens, dont encore Narco, ne voulaient pas que le rôle directif de gestionnaires de la lutte leur échappe, Arthur lutta ce qu'il pouvait, mais d'autres engagements prenaient son temps, Narco encaissa les contributions aux frais généraux et le militant culturel remplit des dossiers.

 

Arthur après un mois d'assemblée générale permanente laissa le terrain aux petits militants autoritaires incapables d'apprendre quoi que ce soit de l'autre, inaptes aux échanges culturels, avides de pouvoir, en lui il les nomma les "petits blancs chefs", Dominique Premier sourit, référence d'alcoolique.

 

Reine, inaccessible, logea dans l'appartement des chefs, sa dose devenue quotidienne de produits dopants en dépendait trop, Arthur ne comprenait toujours pas, il trouvait que Reine n'allait pas très bien mais ne savait pourquoi, tel un ami lointain, il l'approchait parfois, discutait un peu.

 

Le remue-ménage des Premiers jours suscitait l’attention, interrogeait les passants, Arthur pensait plus utile sa présence aux alentours de l'immeuble, à expliquer sans relâche aux habitants des coins et recoins les plus obscurs des impasses avoisinantes le pourquoi de cette occupation tapageuse.

 

Cela lui permit de tester les réactions, d’établir les premiers contacts, de percevoir les difficultés, les journalistes étaient à l'affût, une femme habillée d’un pagne traditionnel leur lança d’un square, non, pas de photos, il fallait influer si possible sur leur tendance à fortement déformer les faits.

 

Ce quartier dans les années 90 était considéré comme un lieu majoritairement populaire, il restait emblématique d’un Paris populaire en mutation, la question des mal-logés en région parisienne n’était pas résolue, des milliers de foyers attendaient l’attribution d’un logement décent.

 

Ils avaient tous déposé leur demande depuis de nombreuses années auprès des services publics, de nombreuses familles vivaient en hôtel meublé, Arthur les avaient vues lorsqu'il était veilleur de nuit et  huissier à la préfecture de l'îlot Châlon, tous les papiers, les dossiers n'y changeraient rien.

 

Le quartier était en train de vivre une profonde mutation puisqu’un programme de rénovation entraînait la démolition de certains bâtiments et l’expulsion de ses habitants si ces derniers n’étaient pas légalement installés, l'incendie criminel venait clore les situations les plus délicates.

 

Devant un café, un individu, surnommé Box, apostrophe Arthur, qu'est-ce tu as à donner, donner, c’est être plus, plus haut, accepter sans rendre ou sans rendre plus, c’est se subordonner, devenir client et serviteur, devenir petit, choir plus bas, Dominique Premier ajouta, tous ensemble.

 

Arthur laissa le vague de ses pas errer dans tout le quartier inchangé depuis deux ans, le mur d’une ancienne usine de chocolats couvert d’empreintes de mains réalisées lors de la dernière fête de la musique, des passages et impasses, des traces de squats, un café, le Refuge, la C.N.T.

 

Là, dans cette rue Arthur avait ses habitudes, des joueurs de cartes dans un autre café, un terrain d’aventures pour les enfants du quartier et une deux chevaux abandonnée, de vieux objets revendus aux puces couvrent imparfaitement le ravitaillement en médicaments, parfois en came.

 

La vie intense et diversifiée de ce quartier parisien fut à peine troublée par cette arrivée d'un village Africain entier, à peine cela enrichit-il les lieux de rencontre, les cafés, les restaurants, les enfants nourrirent le jardin d'aventures, des badauds passaient aux nouvelles chaque jour.

 

Les divers cafés, bar des îles, bar de l’amitié, Chez Ange, Le refuge jouaient un grand rôle dans la formation de réseaux de relation, ils étaient représentatifs de la situation sociale et de la majeure partie de la population du quartier, frontière de deux milieux, les futurs installés et les pauvres.

 

Arthur et quelques compagnons avaient l'écoute des bars en grande estime réciproque, ils étaient ceux du 67, dans un milieu où tout le monde se connaît, les regards interrogateurs, la méfiance dans les échanges s'estompaient, ces contacts suffisaient à les faire davantage accepter.

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