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Publié par Christian Hivert

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CHAPITRE 7 - L'appartement

 

 

 

 

— On veut qu’ils ferment leurs gueules les gros affreux, on veut qu’ils ne puissent plus la ramener comme avant, on veut que pour le mec lambda, il n’y ait plus que trois solutions : être apolitique et venir pour la musique, être faf et se planquer ou risquer la cogne, ou s’ils ne veulent pas d’ennuis, dire « j’suis avec vous les copains ».

— Ouais et on ne veut plus côtoyer les pauvres types qui ont violé Cookie, ceux là et tous leurs potes, toute cette bande de rognures qui se croient forts parce que personne ne leur répond en face, il faut les éliminer de nos concerts, il suffit qu’une ou plusieurs fois on se serre les coudes et qu’on réponde ensemble, on est les plus nombreux.

— Ouais mais bon on peux pas faire la guerre tout le temps, pour moi un concert ça peut fritter un peu, c’est le pogo, mais être toujours sur la défensive… moi le trip warrior c’est relou, je vais au concert c’est pour boire des bières avec mes potes et écouter la musique que j’aime en disant merde à cette société, j’suis pas en guerre…

— Ouais, mais c’est pas la guerre qu’on veut non plus, on veut se faire respecter c’est tout et qu’on soit en sécurité, j’en ai marre de flipper à chaque changement de métro, ou de me planquer à chaque fois que je vois une bande au loin, alors mon programme c’est les sports de combat, bien s’entrainer et que la peur change de camp…

— Il ne faut pas forcément être le meilleur, le plus fort, mais il faut être fier de ce que l'on est. Il faut être prêt à défendre ses couleurs tout seul. Chacun s’intègre à la bande parce que individuellement il assume son truc. Après, les gens se sont rassembleront comme les bandes du genre Farid des Halles, c’est comme ça qu’on pourra être peinards.

— Ouais mais regarde quand j'ai fait la sécu pour les Bérus au festival à Lisieux où les tractations avaient été sur ma présence en sécu, à la fin tout le monde avait dit « OK ça ne pose pas de problème » ; ils étaient tous au courant que je bossais en sécu pour des privés mais ils ont tous fait les étonnés devant leurs copains, c’est pas clair… A un concert des Bérus à Cherbourg, on est venu me voir « Il y a quelqu'un qui a un drapeau français sur son blouson il faut lui faire enlever », et moi j'en ai un de tatoué, qu'est ce que tu veux faire ! Bon après je ne le montre pas, je ne fait pas de provocation. Mais si on te tape dessus, ça ne va pas te faire changer. Si le mec il ne fait pas d’embrouilles et qu’il est correct avec les autres, y a pas de raison, sinon on arrête le tri où ?

Les Punks débattaient sans cesse sur les limites de leur tolérance ou de leurs intransigeances, cette fois ci l’équipe de gestion des concerts prévus dans les sous sols d’USINE tentait de définir une démarche commune qui ne soit pas attaquable, Arthur essayait de suivre, il n’y connaissait rien, cela lui plaisait.

— On sait ce qu’on est, on sait qu’on est les moins organisés pour l’instant, et on va pas leur filer rencard dans un terrain vague… Il y aura peut-être de grosses, grosses bastons, mais il n’est pas question de rencontre officielle, on en a rien à branler… On ne se considère pas comme des voyous, mais comme des militants pour la contre-culture.

— Bon donc, si on en voit un de ces gros porcs dans la rue, on le plie pour que les mecs finissent par comprendre que concrètement il n’est plus anodin de se balader habillé en néo-nazi, tu croises des mecs avec des croix gammées en bandoulière, drapeau bleu blanc rouge avec des croix celtiques au milieu, ces mecs c’est de la propagande permanente. Ils sauront dorénavant que c’est dangereux de se balader comme ça. De toutes façons on est complètement déconnectés des organisations politiques. Premièrement, on est un peu dans le creux de la vague, on a tous l’impression que depuis que la gauche est au pouvoir ça ne sert plus à grand-chose de militer. On fait peur au PC, à la LCR, on est un peu vus comme des fous furieux.

— Oui mais là c’est une espèce de reconnaissance mutuelle entre nous, on bâtit une solidarité, pas de racolage, on est quelques dizaines à Paris, mais à un moment donné, on se reconnaît, la particularité de la scène alternative dans laquelle on traîne, c’est que la majorité des mecs viennent des mêmes endroits que nous. Comme nous, ils traînaient dans les squats, les concerts, avant de faire des groupes.

— Bon mais au lieu de faire de la boxe, ils ont fait de la musique. On est toujours fourrés aux concerts, je les connais depuis l’époque de Pali-kao et les Vilins, notre bande commence à être connue, on est ceux qui avons mis une branlée à tel gus, fait courir telle bande, on est la garantie d’un concert sans embrouilles, on peut s’entendre tous.

Ainsi de proche en proche la nouvelle association se structurait au milieu des quolibets pas sages des buveurs de bière ; Mendes, en jachère de famille d’accueil, jubilait d’être à nouveau le chouchou chahuteur : lui non plus ne comprenait pas que l’on puisse parler si longtemps, il pogotait, chantait du Johnny Halliday à tue-tête, faisait rire.

Rockàlusine se doublait d’une autre association à vocation d’insertion professionnelle : « Aspect », pour tout le versant institutionnel et comptable, notamment les dossiers de demande de subventions ou d’aides diverses ; ceux qui avaient cassé physiquement les « alternos du 19ème reprenaient là une visibilité et des rôles majeurs.

Arthur avait de grands doutes sur la clarté des objectifs revendiqués. Il était question bien sûr de faire des concerts à bas prix où le public soit mieux respecté des organisateurs que lorsqu’il s’agissait des gros butors à la KCP ; Arthur n’en voyais ni l’utilité ni la véritable différence : ce que l’on nomme alternative, qu’est-ce donc ?

Certains des plus moteurs de ces nouveaux regroupements d’organisateurs de concerts de rock marginal avaient été les plus farouches opposants de ceux qui quelques années auparavant tentaient de construire des structures alternatives au fonctionnement capitaliste et commercial général, et désormais ils montaient des dossiers.

— Ho Ho, y a-t-il des convictions fiables quelque part ? Ou bien tout dépend d’opportunités et de position de pouvoir, donc de conflits d’intérêts et de démonstration de puissance ? Arthur en hurlait dans sa tête.

Dès qu’un principe était mis en œuvre, dans l’instant même il était contredit par ceux là même qui le défendaient auparavant.

 

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