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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

Bob-Marley.jpgLes invités devisaient gaiement un verre de punch ou de kir à la main, tableau immuable d'une collectivisation de l'ennui. Ceux-là n'étaient plus créateurs. Ils restaient assemblés par souci d'apparat. Ils parlaient d'un tel ou une telle  faisant ci ou ça, s'étourdissaient, s'animaient, complotaient rarement, étaient peu sages jamais.

Ils ne faisaient plus que parler. Tout se passait comme si leurs révoltes et leurs désirs étaient exprimés par d'autres. Ils se contentaient d'en absorber les turgescences sans vouloir jamais atteindre à l'essentiel. Ils vivaient par procuration et se justifiaient par la parole, alertes, papillons fébriles se désagrégeant avant le moindre envol.

Les actes leur importaient peu, Pourvu qu'il y ait la fête ou un semblant de fête du moins, de la musique, quelques tempos, quelques pas de danse que l'on regarde faire et que l'on commente, de l'alcool ou un quelconque autre euphorisant, des éclats de rire traînant, légèrement fanés, portant la lassitude d’une époque défraichie. 

Le sentiment illusoire d'être bien là entouré de quelques amis, bien à l'abri, avec de quoi manger et de quoi passer le temps, bien enfermés dans un huis clos préservatif. Les nouvelles du monde extérieur troublaient la fête quand les voisins réclamaient le silence vu l'heure tardive, le son tonitruait leurs moindres échanges verbaux.

Le décor est planté. Les personnages sont divers et raffinés. Ils sont interchangeables. Cependant tous les masques sont figés. C'est une galerie de statues animées. Ils bougent, parlent, vocifèrent, rigolent, dansent, plaisantent, mugissent, boivent, mangent, marchent, gaussent, « Ah mais comment donc ! ».

Il leur manque l'essentiel, la vie, et le fondamental, l'existence. Consciences abolies, niées, enterrées, décousues de fils blancs, ils aiment Bob Marley et le reggae. Ils gesticulent, ingurgitent et pendant une dizaine de minutes un joint va créer l'illusion d'un échange, d'un partage, d’un illusoire venu de mythes tropicaux.

Cet objet recouvert d'un papier de blancheur virginale passant de main en main, frôlant toutes les bouches, va leur donner l'impression de convoler de sourires en sourires lorsqu'il ne fera que buter malaisément sur tous les rictus mondains. Les mains se tendent en une envie possessive et les doigts se touchent par inadvertance :

—   Je marche pour palier à l'ennui féroce d'une vie sans issue. Il faudrait que je sois con pour être heureux, plonger dans les limbes de l'inconscience, être l'idiot de la famille, ne pas me rendre compte, justement ne pas être, ne pas avoir conscience de l'impossibilité métaphysique d'être. Les mots sont faits pour être vomis, oubliés, n'avoir ni passé ni futur, que le présent intangible. Je marche et une ombre me suit continuellement. C'est cela la société, toujours être suivi et suivre toujours…

Un instant Arthur hésita, il s'était trop bourré, il vacilla essoufflé, meurtri.

Le décalage l'avait surpris. Quinze verres empoignés se levaient et se vidaient, se baissaient et se remplissaient le gavaient de mots. Il allait pisser le front contre le saule, peut-être irait-il mieux ? Il supporterait cette assemblée festive, n'était-ce donc pas lui-même multiplié par quinze ? Il lui fallait s’assouplir.

Que lui avaient-ils fait ? Il ne les connaissait pas. Sur quoi pouvait-il les juger ? Il devait arrêter de jouer au vieux loup solitaire,  se frotter aux gens,  confronter ses idées. Un an déjà depuis le mouvement, depuis qu'il avait quitté Belleville. Un an de sommeil et de recul, cela devait suffire, le sommeil avait été obligatoire.

Des raclements de baskets sur le béton derrière lui. Une voix nasillarde glissant sur la nuit rendue pisseuse par les lumières de la cité. Une voix se voulant enjouée quand elle n'est qu'anxieuse :

—   On s'sauve sans dire au revoir aux aminches ? sacré Patrice ; une mine de bienveillance.

—   Non, enfin, ça n’allait pas trop là-haut, j'ai plus trop l'habitude des fêtes.

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