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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

à la niche

Il en était à se dire qu'il n'y avait rien à faire pour ce môme, les institutions avaient échouées dans leur remplacement de l'autorité parentale défaillante, il ne restait plus qu'à l'épauler jusqu'à sa majorité, en veillant aux mauvaises rencontres et en tachant d'en amener des bonnes, au milieu des punks énervés.

Quel genre de projet un tel môme pouvait bien avoir, de projet réaliste, qu'il puisse mettre en œuvre raisonnablement. La lecture et l'écriture était indispensable à ceux qui voulaient participer à la société moderne, mais d'autres modes de vie étaient possibles où l'analphabétisme était moins handicapant.

Quel accompagnement et construction pourraient bien motiver un moufflet de quatorze ans qui n'avait jamais voulu rentrer dans une école de son plein gré. Quand on l'y accompagnait de force, il se laissait conduire par lassitude, se bouchait les oreilles, fermait les yeux, rêvassait durant des heures.

Arthur ne pouvait déjà plus se désintéresser du sort du gamin, et il ne le connaissait même pas. Quand il l'avait vu pour la Première fois, Arthur n'avait senti aucune réticence mais aucun intérêt non plus, le môme était curieux et rigolo, une espièglerie gênée par la pauvreté du langage, moins de trois cent mots.

C'était un mélange de caillera de banlieue et d'insultes, de mots vulgaires portugais et également gitans. Cela n'avait guère besoin d'être compris, cela déclenchait le rire et la surprise, ce n'était qu'invectives et ironies. On ne passe pas sa vie à jouer les bravaches par ce que les jeunes appellent la tchatche.

C'était quand on lui posait une question, le petit rosissait, avait le regard en démarrage de fuite, baissait la tête, et ne savait ou ne pouvait ou ne voulait répondre. Il était clair qu'il voulait bien de la chambre et qu'on le laisse tranquille. De toute façon c'était la seule chose demandée à Arthur.

Arthur se demandait s'il passait voir le Père Arthur à Cachan ou s'il affrontait le collectif habitant de son squat. L'assemblée générale était d'accord sur le principe, les jeunes punks avaient râlé, crié à l'injustice, ils étaient presque tous mineurs et on leur demandait de partir le soir avant le dernier métro.

Maintenant c'était au tour du collectif des habitants du squat de donner son avis, Arthur pensa que c'était gagné. Ils s'entendaient bien tous et se faisait confiance, la chambre était disponible, c'était celle que François des Beruriers Noirs n'avait pas pu prendre, le tumulte oisif durait trop tard dans la nuit.

François travaillait dans une superette puis au rayon outillage du BHV, il devait se lever tôt, tandis que la majorité des autres préféraient franchir les heures de la nuit en montant le son, il n'y avait aucune insonorisation nulle part. Toute l'affaire était en règle, la chambre était libre, cela ne pouvait gêner personne.

   On va attendre Mendes au rade, avant on fume un pétard ?

   Dis donc, j'aurais cru qu'elle allait quand même nous payer un café ou quelque chose, elle s'en fout de notre gueule et de son môme pareil.

   Ouais, mais on sait pas comment ça c'est passé pour elle, et puis il y a des mauvaises mères…

   La contraception n'était pas très répandue, ça aurait pu être pire, quelques années de moins et c'était six ou sept petit Mendes pour le prix d'un.

   Dis donc le frangin Antonio, il est pas très causant.

   Oui, c'est un petit trou du cul de voyou, il ne s'intéresse à son frère que quand il a besoin de son aide.

   Et pour finir le tour de la famille, il y a un ou des pères ?

   Mais elle ne sait pas qui c'est, elle a couché avec tout le passage et la moitié du bidonville qui était là avant, il n'y a jamais eu que des beaux-pères, il y en a des fois qui restaient longtemps, et qui le faisaient chier, alors il se barrait. Maria elle fait les ménages, elle combine avec les Assedic et le travail au noir, mais comme elle dit, elle fait tout le ménage, l'homme aussi, et puis elle fait une sorte de cantine sauvage, le soir il y en a qui restent, de toutes façons elle ne veut pas partir d'ici, elle refuse toutes les propositions…

   Oui, ça j'avais clairement compris, le môme n'est pas à sa place ici, personne n'en veux, et dès le moment où il est casé, sa mère, tant qu'elle n'en entend pas parler, elle s'en fout, elle ne nous a posé aucune question, c'est quand même étrange !

Simon s'abritait d'un volet pour allumer le pétard.

   Alors voilà ce petit village où Mendes a grandi ?

La ruelle était bordée de maisons basses aux toits garnis de vielles moquettes ajustées à des tôles en guise de toiture. Ils passèrent devant un bar, « Le bar du treize ».

   Pas là, c'est le repère des beaux-pères. Allons au « bar de la plaine » sur la rue Cristino Garcia. Pour Mendes c'est plus discret, sa mère ne peut plus le voir entrer ou sortir, on s'attend toujours là quand je passe le prendre, c'est par là un peu plus loin vers la ligne de chemin de fer, il y a des petites friches qui doivent appartenir à la SNCF, Mendes avait construit une petite cabane de mômes. Dans la journée il y jouait avec les autres mômes de son quartier, et le soir discrètement il revenait y dormir. Il me l'a montrée, elle existe toujours. Mais maintenant il dit qu'il est trop grand. Ils allaient chiper des sucreries à l'épicier et c'était là qu'ils prenaient leur goûter et qu'ils jouaient.

   Mais il vit où exactement, chez sa mère y a pas la place, tu me dis qu'il n'est pour ainsi dire pas suivi, il crèche où ?

   Ouais beh c'est pour ça justement, je préfère que ce soit nous qui nous en occupions, il traine dans un squat de clochards, ça pue, c'est infect, et puis c'est pas bien pour lui, ils sont saouls. Y en a un ou deux de sympas, les autres c'est soit des loques archi finies, soit c'est des petits voyous hargneux, je voudrais le faire sortir de là, c'est des mauvais plans, des coups tordus, et puis il y a trop de défonce partout, des produits de merde, des médicaments trafiqués, y a toujours les pompiers. Même lui Mendes il me dit qu'il ne veut pas rester là, il en a marre, et il y en a qui lui font peur, ils se sont battus un jour entre eux, c'était sordide, il a peur qu'ils s'en prennent à lui et qu'ils le maquent pour faire des mauvais coups.

   Oui bon c'est sûr il sera mieux à l'U.S.I.N.E., c'est pas la même déjante.

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