Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

beaubourg insoumis

Arthur ne savait pas trop, en général il préférait faire confiance en courant le risque d'être plus ou moins souvent déçu, il était souvent déçu. Il lui manquait des informations, et ce défaut perturbait sa réflexion. Il faudrait des semaines pour que cela sorte de Simon, quand à Mendes rien ne viendrait de lui.

Car le môme avait le chic pour trouver la pirouette esquivant l'ennui d'avoir à parler de lui-même. Comment voyait-il sa vie future, il ne savait pas, ne savait pas ce que voulait dire le mot projet, confondait la vie de maintenant avec la vie d'avant et la vie de toujours, pourquoi savoir ce que l'on veut ?

Puis il se mettait à rire au milieu d'une phrase, semblant se moquer, rougissait et en éclatant de rire tentait de dire :

   C'est drôle, le nombre de gens qui veulent que je fasse quelque chose, le juge, l'assistant, l'éducateur, mais moi je les fais travailler, et maintenant vous deux, mais tu me donne la clé, c'est bon…

   Mais franchement Mendes, qu'est ce que t'en as à foutre de voir ceux avec qui tu vas habiter, et ils vont t'expliquer comment ils fonctionnent, c'est pas pareil qu'ailleurs, c'est pas un foyer, c'est pas une famille, c'est pas un centre, c'est des copains qui habitent ensemble, tu sera pas agressé là-bas…

   Mais on va y aller, on va y aller, c'est bon, j'ai pas peur, faut pas croire, moi je m'en fous, je peux dormir ici, y a plein d'endroits, y a le squat…

   Oui justement le squat, pourquoi t'as pris un chien pour te protéger si t'es bien là bas… c'est tous des clochards, des voyous et des alcooliques !

Arthur se dit en passant qu'ils n'étaient pas loin, au squat U.S.I.N.E., de correspondre à cette brillante description d'imperfections humaines insupportables au bourgeois, mis à part que chez eux c'était plus choisi, organisé et politisé. Ils se pensaient habiter un lieu de culture rebelle et de contestation.

Ils s'étaient fédérés les uns les autres tout au long de discussions où ils s'étaient mis d'accord et point a point, houleusement souvent, sur les limites, souvent d'ordre morales, sur les moyens d'action, les manières de faire, les alliances, les valeurs partagées, les projets à mettre en œuvre.

Non compris toutes les volontés aléatoires et fluctuantes, les oppositions de points de vue, les retournements d'alliance, cela donnait aux oreilles d'Arthur une soupe inaudible et contradictoire de principes impossibles et de manières de faire, mais il considérait que tout était compatible et devait être solidaire.

Quelle serait donc la position de Mendes ? Habitant mais ne faisant pas partie du collectif, en tentative d'insertion tardive au milieu d'énervés revendiquant la désinsertion absolue, la désertion radicale de la société, de ses règles, de ses morales, de ses normes. Vouloir et avoir besoin, vouloir tout et n’avoir rien !

Ils parvinrent à le décider et rejoignirent le camion du patron de Simon. Le moufflet n'était pas très grand malgré ses quatorze ans, il avait encore son visage d'enfant, mâtinée de quelques rictus adultes en recherche et devenir. Il riait souvent aux éclats, masquait toutes ses peurs derrière la raillerie.

Son accoutrement dénotait de sa vie, pas une seule pièce de tissu qui ne fut défraichie, décolorée, salie, déchirée, décousue. Ni cheveux ni crasse n'avait vu le moindre miroir, aux pieds de vielles tennis déchirées et un pantalon trop court achevaient de donner à tous l'indication de son origine.

Tous ces jeunes ados qui devant le miroir de la chambre parentale mettaient tout leur temps à travailler leur accoutrement le plus près possible du mode de vie supposé de leurs idoles punks ne pouvaient parvenir à la moindre authenticité si on les comparaient avec Mendes, Mendes était déchet, eux juste punks.

Mendes était vêtu tel un enfant de pauvre de favelas lointaine, il glissait loin des mondes de la vêture recherchée, loin des mondes des savoirs partagés, des mondes d'espoirs et de justice, de luttes et de victoires, chaleurs et convivialités. Une glissade semblant ne pouvoir atteindre son équilibre retrouvé.

Mendes feignait de trouver sa situation enviable et son état général normal. Arthur croyait cela, comment en être sûr, il n'aurait jamais accès à Mendes. Simon non plus, c'était trop tard, le môme avait quatorze ans, ses évolutions étaient garanties. Il ne pourrait échapper à rien, les sociologues le prédisaient sans ambigüité.

Simon ne se rendait pas compte. Aucun travailleur spécialisé dans les organismes ayant pu avoir Mendes en charge n'avait pu remettre en marche le cheminement de ses pas vers un projet cohérent de vie en société, Mendes était la plante envahissante de la friche de son enfance, pas domesticable.

Mendes feignait n'avoir ni peurs ni appréhension, pas d'angoisse non plus, son sourire se préparait toujours à l'hilarité exutoire, tout questionnement figé par la déferlante de pitreries. Arthur croyait cela, comment le savoir vraiment, Mendes était le mystère opiniâtre, la charade recroquevillée dans son papier froissé.

Simon saurait-il déjouer les ponts levés et les murailles d'esquives désopilantes ? Quel était son intérêt, quelles étaient ses intentions ? Il disait avoir été moniteur de colonies de vacances, il avait donc un diplôme et un savoir, mais un môme sauvage, un oublié de l'obligation scolaire, un mis au coin à perpétuité ?

Alors Arthur mit ses possibilités de réflexion et d'interrogation en mode automatique et tira sur le pétard tendu par Simon. Il pouvait se sentir une nouvelle importance, il aidait un mineur en fugue à s'en sortir, et puis il lui permettait d'être en sécurité plutôt que de vivre à la rue. Pour le reste ; plus tard !

   Bon, j'irais bien voir le père Arthur ce soir, comme ça nous mettons tout en route rapidement, tu crois qu'il lui faudra combien de temps pour avoir un rendez vous avec le juge ?

   Je n'en n'ai pas la moindre idée, mais comme il s'agit d'un mineur, ils devraient réagir rapidement, bon, ok, on fait ça…

   De toutes façons pour le collectif, tout le monde est ok, c'est juste histoire de présenter Mendes et de mettre les points sur les i, c'est les jeunes punks de l'après midi qui gueulaient…

   Mais qu'est ce qu'ils ont à dire ceux là, ils ont qu'à retourner chez leurs parents, ils nous font chier…

   Heu, Simon, nous c'est pas comme ça que l'on a prévu de faire, on écoute tout le monde et ensuite chacun tient compte de ce qui se dit au travers du domaine où il intervient, et les jeunes ados anars ou punks ont leur mot à dire chez nous, ça leur fait comme une formation, une mise en pratique.

   Pratique de quoi, tu les as pas vus, toute la journée ils gesticulent sans rien branler si ce n'est de se défoncer, ça va bien qu'ils ont papa maman derrière eux sinon ils seraient comme les clochards du squat à Mendes, qu'ils aillent trouver un boulot s'ils se font chier, j'en ai rien à foutre de leur tronche.

   Euh, attends, attends, on ne fait pas des choses rien qu'avec eux, on fait plein d'autres trucs avec des adultes, des comités de lutte, mais eux ils sont encore ados, ils sont en formation, ils n'ont pas encore choisi vraiment, ils se confrontent, personne ne sait ce qu'ils vont devenir, ils veulent du nouveau.

   Du nouveau, mais vous voulez tous la même chose, votre révolution là, mais vous faites jamais rien, que des réunions, vous passez votre temps à vous engueuler, putain avec l'espace que vous avez, vous pourriez vous faire de la tunes.

   Non, alors là non, c'est très important pour nous, le non-marchand.

   Mais vous êtes cons, sans tunes vous pourrez jamais rien faire, c'est débile votre truc, vous vous ferez toujours avoir, y en aura toujours un parmi vous qui se fera du blé sur votre dos.

   Ce n'est pas notre objectif, on veut fonctionner de manière différente, on pense que c'est possible. On veux essayer de fonctionner autrement que dans la concurrence permanente que nous propose la société dominante, sans chefs, sans domination, nous ne voulons pas créer un autre ou un nouveau pouvoir, nous ne voulons plus d'aucun pouvoir, que chacun soit son maitre et libre…

   Oui, bon ben toi tu me sembles sincère, mais tous les autres ils ne viennent que pour s'amuser et se défoncer, ils ne respectent même pas l'endroit, j'en ai vu qui pissaient dans la cage de l'ascenseur, ou dans les couloirs du squat, vous ne pouvez rien construire, vous errez d'un squat à l'autre.

   Euh non, errer c’est quand tu sais pas quoi faire, que t’es perdu, que t’arrives pas à t’en sortir... tu vois! Le clochard de 50 ans plein d’alcool qui veut plus rien... Je ne me suis jamais considéré comme ça! Moi j’ai choisi de quitter mon hôtel pour ne plus payer de loyer à un propriétaire, c'est une lutte.

   Boah, vous allez vous faire expulser et personne ne se souviendra de vous, vous ne pouvez rien faire durer.

   Ouais bon, peut-être que tu as raison, mais moi quand j'essaye quelque chose je vais jusqu'au bout, en tout cas maintenant cela nous est utile pour héberger Mendes, alors on en profite…

Commenter cet article