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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

images-copie-2.jpgLa rue s’allongeait jusqu’au bout de la nuit, il n’était pas encore onze heures et ils savaient qu’ils ne resteraient pas après une heure du matin, la vie suivait son cours et tous ces êtres se confondaient dans une petite masse de réprouvés et de travailleurs obscurs et masqués, le travail sexuel était-il un travail plus qu’une prostitution ?

Qu’entendait-on par prostitution : tous le voyants moraux s’allumaient au rouge urgence dès qu’il en était question dans une simple conversation entre gens de biens et compassionnés. Et qu’était-ce donc, dés lors qu’il n’y avait ni injonction ni viol ? Même l’argument de la contrainte économique ne tenait pas :

La contrainte économique était le moteur des travaux les plus durs, handicapants et meurtriers, ils vendaient bien leurs corps, les prolos ; et après quelques années de silicose ou de maladies professionnelles meurtrières et non homologuées, on leur décernait une médaille du travail avant de les laisser mourir sans leur retraite.

Était-ce donc plus noble et plus glorieux ? Toujours il s’agissait de vendre son corps et son temps social pour des activités autres que son épanouissement personnel ou un épanouissement social collectivement consenti ; les mêmes patrons des uns se faisaient les acheteurs des autres. Arthur considérait cette exploitation comme identique.

Les mouvements et les choix d’Arthur semblaient être guidés par son intérêt immédiat doté de quelques valeurs humaines ramassées sur la chaussée commune. Ou peut-être léguées, comme abandonnées par une époque révolue, dissolue. La discipline de ses comportements était déterminée par sa raison.

Sa raison commandée par un sentiment de justice emprunté au magasin de la générosité humaine. Les règles si elles avaient été conscientes auraient été simples. Laisser aller, ne pas s'ébahir, ne pas juger, ne rien exclure, comprendre. Et ce n'était pas le moins délicat, être Autonome, refuser les règles non-comprises.

Cette douce faim de leurs corps et de leurs esprits brûlait leurs ventres et les poussait hors d'eux. Le sexe est la graine, l'amour est la plante. Que désiraient tous construire en réciprocité, confiants et sans crainte, sans ego, sans rien vouloir  d'autre que des attentions émues. L'acte sexuel était-il destiné à une très haute fonction ?

Est-ce-que vraiment ni science ni médecine ne pourraient jamais le découvrir, quantifier, analyser. Ce mystère reste inexpliqué. C'est  pour faire renaître l'autre à lui ? A son autre ? Pour une concorde sans arrière pensée, pour l'hommage et le présent. Leurs orgasmes tarifés étaient plus qu'un banal plaisir de la chair !

Ils atteignaient une autre dimension le rendant bien plus puissant. Sans aucun état de fatigue ni d'abattement, dans une genèse, dans la partition savoureuse des illuminations et des sérénités, dans la pure création d'énergie. Pratiquant l'art des excitations et de la chair dans l'ici et maintenant, ils se replaçaient dans l'ordre de la Nature.

Ils dépassaient largement le simple cadre de la nature humaine copulant, embrassaient le Cosmos dans tous ses sens, et alors était-ce donc si sûr qu’il n’y ait eu entre eux qu’une vulgaire histoire de rémunération. Comment en parler dans tout ce fatras d’ordre moral hypocrite institué par les possédants consommateurs ?

Qu’en était-il de la parole des prostitués eux-mêmes, qui n’arrêtaient pas de dire qu’il fallait les laisser tranquilles, que tout allait bien et qu’ils n’avaient besoin de rien, même pas de paroles bienveillantes, même pas d’intentions douces et solidaires ; était-ce à ce point de la forfanterie de leur part, fallait-il les écouter ?

Dominique Premier enfin se faisait moins présente à son esprit parfois. Il parvenait à se remplir de la vie environnante, elle ronronnait en sourdine :

   Te voici enfin casé, tu vois bien que tu peux te passer de moi ! semblait-elle lui murmurer.

   Bien obligé, tu es si hautaine, volontairement lointaine. Pourrais-je jamais t'oublier un jour ? Un jour enfin supporter toutes les injustices les plus basses et les plus ignobles ? Oublier les espoirs de l'époque de nos émois adolescents ? Supporter les trahisons multiples des futurs ? Oublier la fraicheur de tes convictions ? Nous voulions un autre monde ! Et nous avons un sordide souvent et correctement alimenté, sapé de mille vilenies, des multiples oublis du respect que nous devions à l'espèce humaine qui nous a fait naître et nous a éduquée, je ne suis ni un salaud ni une ordure comme vous autres pire encore, et nos plaintes sont inaudibles dans vos chuchotements

Pire  même que de son corps, de son cerveau qui lui serinait sans cesse les mêmes avachissantes rengaines. Comme un bruit de fond captivant. S'il avait disposé de ce temps pour une quelconque activité il eut pu avoir trente six vies. Il avait dit oui à sa vie, à cette vie qu'il ne remplissait pas.

Mais Dominique Premier était toujours là. Cela le figeait au fond des lits sans gloire ou devant des téléviseurs insanes, occupait son esprit en boucles infinies, en pure perte. Ses pleurs intérieurs  jamais ne cessaient :

— Mais oui Dominique les études, on ne peut s'attacher, se déconcentrer, bien sûr !

Dominique Premier avait évidement bien fait de choisir de longues et hautes études. Elle deviendrait une chercheuse émérite. Dès ses seize ans elle connaissait toutes les étapes de sa vie. Arthur l'aurait terriblement désorientée sans nul doute avec sa quête inapaisable de vérité et de justice, ses fréquentations de dépravés.

 Il ne parvenait pas à s’appartenir, à se diriger, à se remplir. La douleur le figeait. Se trouver soumis de manière répétitive au passé avait pour effet de figer son impulsion temporelle, passé, présent, avenir, et de le geler dans l’étau du dommage. Etre envahi par le passé mine la vie.

Arthur blessé ne vivait plus pendant de si longs moments, immobile. Les hormones embrouillaient son corps plus violemment encore que jamais et il n’arrivait à mettre de mots sur sa désespérance folle. S’il avait pu respirer, simplement respirer sereinement, il n’était pas maître de son souffle. La rue vaporisait ses relents de stupre.

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