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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

minu

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Dominique s’immisçait, parvenait à atteindre les réminiscences neuronales de Arthur dans les plus insolites de ses moments de découverte des marges embourbées de la société. Papa n’était pas seulement chercheur, il était psychologue pour l’enfance inadaptée, Dominique savait donc ce que Papa savait, forcément…

Le Père Arthur avait été aumônier de la prison de la Santé. Un aumônier semble-t-il controversé puisque, comme il le disait avec son humour bonhomme coutumier, l'administration pénitentiaire l'avait libéré de force. Il était trop proche des détenus sans aucun doute, pas convenablement gardien, abonné solidaire des réprouvés.

Arthur et le Père Arthur avaient pris leurs petites habitudes. Cela rythmait un peu le désarroi inaudible dont Arthur semblait souffrir. Ce désarroi si souvent masqué par son activisme débridé et ses accès de jubilation furieuse dans les fêtes collectives régulièrement organisées durant les nuits agitées du squat U.S.I.N.E..

Son lundi soir était réservé au Père Arthur. Il filait le rejoindre rue Sainte-Anne et ensemble, parfois avec des amies de Arthur, ils arpentaient les différents lieux de prostitution masculine de la capitale afin de porter à des êtres en souffrance le témoignage d'un intérêt humain non monnayé, Simon les suivait, Simon savait.

Le Père Arthur bien évidemment y mettait un vieux fond de ses croyances personnelles. L'amour chez lui  provenait et retournait à son sauveur et sa sainte trinité. Arthur avait des explications plus laïques. La diversité des motivations donnait sur le terrain la même compassion, Simon étant plus cynique bien sûr, il savait.

Peu importait à Arthur. Il en était des croyances comme des opinions politiques. À tous les niveaux il réfutait les idéologies et plaçait l'homme, ses tourments et ses aspirations, au cœur de ses préoccupations. L'aliénation était à combattre rue Sainte-Anne tout comme à l'U.S.I.N.E. ou dans n’importe quelle autre situation.

D'autant qu'un certain nombre de garçons passant à l'U.S.I.N.E. — plusieurs, pour ne pas citer de chiffres — circulaient également rue Sainte-Anne. Arthur les avaient discrètement croisés et reconnus, furtivement happés par une porte de bar. Les combines de survie étaient multiformes, draguer pour escroquer ou dévaliser en était une.

Jamais nous ne pourrons supporter de vous voir, de vous entendre, nous vous consommerons et nous vous jetterons !

Au bout des routes de nos dérives jamais nous n’aborderons les rivages de nos déroutes ! Nous savons que nous ne serons pas fier de ce monde, d’aucun monde ; où peux-tu te complaire ?

Dominique Premier en était si fière : elle seule était véritablement inoubliable, avait un prix sans se vendre. Elle le savait si bien qu'elle en jouait souvent. Arthur se demandait comment cela pouvait se faire qu'à ce point leurs destins se soient trouvés intriqués et qu'elle ait fait le choix d'une autre voie, d'une autre vie.

Arthur en serait mort. Le souvenir des amertumes le figea un moment. Elle avait ri de sa lettre maladroite de déclamation amoureuse :

   Je suis très touchée, je n'ai pas les mêmes sentiments.

Le couloir avait fondu devant lui.

Dominique Premier était là en intermittence, à chaque fois que des troubles majeurs envahissaient sa vie et son univers psychologique. C'était son trouble amoureux compulsif, lorsqu'il se perdait à ne plus savoir mener sa vie, à se figer d'horreur devant la peur de toutes les vies, inerte particule inconnue.

Lorsqu'il avait été tenté de mettre son corps encore intouché en vente sur le trottoir de la rue Sainte-Anne, Dominique Premier était là aussi un peu apeurée, malgré tout d'une disponibilité enjouée qu'Arthur ne lui connaissait pas.

   Tu es sûr d'aller jusqu'au bout, tu mets tes fesses en jeu ?

   Je m'arrête quand je veux, je refuse ce que je veux, quel risque ?

   Oui petit gars et quand tu sentiras le gland explorer ta fente tu en reparleras mieux ! une telle verdeur était inhabituelle dans les souvenirs qu’Arthur avait de cette jeune fille n’aimant pas la trivialité, « les choses triviales » précisait-elle !

   Vous les femmes vous vous y pliez ?

   Oui mais nous aimons peut-être !

   Et moi ?

   Toi tu veux de l'argent, en as tu si grand besoin ?

Le Premier soir il n'était resté qu'une heure. Il ne voulut pas louper le dernier métro pour retourner passer la nuit chez Patrice où ils trompaient leur faim en buvant des litres de thé et en mouillant des quignons rassis de pain récupérés des dessus de poubelle dans les ruelles de leur quartier du dix-huitième.

Il n'avait pas eu envie de traîner la nuit entière dans le congélateur aérien que devenait la capitale ni de rentrer à pied. C’était un Février glacial. Les voitures passaient au ralenti, le temps pour leurs conducteurs, hommes seuls de tous les âges, de jauger la qualité de la marchandise exposée, par leur vitre baissée.

« C'est comme au marché ! » s’était dit Arthur. « Oui, une foire aux esclaves ! » Que voulaient ces hommes ? Que demandaient-ils ? Combien étaient-ils prêts à payer ? Combien fallait-il leur demander ? Arthur s'angoissait follement à l'idée qu'une des voitures s'arrête à son niveau, son ventre se tourmentait.

Lorsqu'elles passaient devant lui il tournait la tête, respirant de grands coups. Si le gars l'appelait :

   Ho ! que ferait-il ?

Il n'était pas préparé à cela, personne n'était préparé à cela. Il n'y avait pas de cours du soir pour apprendre cela et pourtant cela existait. Arthur en devenait curieux.

Dominique Premier se fit plus courtoise, plus discrète, secrètement cajolante, dans la douceur bénie du souvenir enfiévré de son cou juvénile et de ses cheveux chatouillant yeux et nez, pelotonnée dans la chaleur de sa mémoire, au coin de l'oubli, par-là dans ses arcanes intérieures, son duvet de pleurs.

Les voitures — pour la plupart de bonnes voitures de gens gagnant bien leur vie — poursuivaient leur lent défilé. Arthur se mit à scruter les visages des uniques conducteurs jeunes, vieux, pas trop moches, ordinaires et quelconques, tous un peu gênés comme s'ils n'étaient pas là ; n’assumaient pas.

S'ils avaient pu se mettre une cagoule sur le visage, Arthur pensa qu'ils l'auraient fait. Tiens une femme ! Et pas vieille, ni vilaine ! Elle venait bien pour cela ! Ralentissant à chaque homme et scrutant, dévisageant ! Les sexes parvenaient à une forme d'égalité d'une bien étrange manière, avoir le droit de faire pire ?

La nature humaine est spécifique. Mise comme elle l'était, elle aurait pu draguer n'importe qui avec toutes les chances de réussite et elle préférait une relation rémunérée :

   Je choisis, je paye, je consomme et je rends l'article à son trottoir.

Simple comme :

   Bonjour !

   Bonsoir ! La jeune Dominique voulait devenir « Cougar », plus tard.

   Et prendre ta retraite dans un monastère, à l’abri des paroles et des actes !

   Arthur, voyons quel est donc cet intérêt à vivre ce que tout le monde vit, si l’on ne cultive pas ses possibilités, il faut du calme parfois, souvent, ne pas dépendre, ne pas souffrir, de l’hygiène corporelle, c’est tout ; les hammam, les saunas, c’est pratique aussi !

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