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Publié par Christian Hivert

francmoisin— Aussi, l’adolescent est parfois considéré comme dangereux parce que son comportement témoigne de son caractère asocial. Un ado en crise en veut à la terre entière. Mais surtout à sa famille. L’enfant chéri qui était toujours d’accord avec ses parents, c’est du passé. A 12 ans, il prend ses distances, critique de plus en plus le modèle familial. Si pour les spécialistes, il s’assume, pour les parents, il flirte avec l’insolence !

Le père Arthur se passionnait et expliquait comme à son habitude :

— Tu vois Arthur, c’est un signe auquel sans doute tu ne voudras pas croire, mais ce petit Mendes nous apporte à tous quelque chose, tu sais, j’ai passé quelques heures avec lui, c’est un gamin beaucoup plus sensible et moins frustre qu’il n’y paraît, tout se bouscule dans sa tête, mais il est bien conscient qu’il n’habitera jamais plus avec sa mère, il vient d’avoir quinze ans et il n’a jamais pensé à plus tard, plus tard c’est demain pour lui…

— Oui, je comprends bien père Arthur, sauf que pour Mendes il n’y a rien, il est le type même de l’enfant grandi sans école, pour tous ceux que je fréquente en ce moment c’est une vraie réussite, il n’est pas formaté le gamin, mais en même temps il n’est rien, il ne sait rien, n’a rien appris, juste à faire des cabanes de fortune dans des terrains vagues et des petits feux de camp pour des grillades, ah et avec ses clochards squatters à crocheter une serrure de l’intérieur et à passer par des soupiraux… et chez nous au squat, c’est cette vie sauvage là qu’ils viennent tous rechercher, on n’est pas dans le même discours. USINE c’est le contre modèle de ce que veulent les institutions de protection de la jeunesse dont il dépend, il faut trouver autre chose, et ne plus laisser seulement Simon s’en occuper…

— Oui, oui, mais justement pour Simon et Mendes, je lui en ai parlé un peu, lui dire que j’étais au courant, il n’a rien dit, mais il voudrait bien que ça s’arrête et Simon, il va passer un procès pour sa déposition à la brigade Mondaine, quand il a dénoncé le frère de Marie-France et qu’il dû se dénoncer lui-même, il va être condamné et fera quelque mois de prison, en sortant il y verra plus clair, et à lui aussi je lui ai dit qu’il fallait qu’il passe à autre chose, il dit qu’il lui faut du temps, en tout cas on va essayer cela, j’ai trouvé une famille comme je te disait, une perle, avec deux ados charmants et un chien, il est d’accord pour laisser Black chez vous au squat, et il essaye de rester là, si ça fonctionne on commence par lui apprendre à lire et écrire, et nous n’aurons pas Simon dans les pattes…

— Si Mendes veut bien s’y tenir plusieurs jours sans fuguer…

— Ils ont un projet, ce n’est pas leur premier accueilli, ils ont une petite exploitation, ils essaieront de l’occuper ! La fugue rappelle aussi, nous rappelle à tous l’importance d’occuper les jeunes. Qu’ils puissent s’accrocher à quelque chose, une activité dans laquelle s’épanouir ou encore un animateur auquel s’identifier, à qui ils pourraient faire confiance et se confier. Dire en acte ce qu'on ne peut pas dire en mots. Ils ont un bel espace, Mendes va découvrir plein de choses, je lui téléphonerai souvent…

— C’est un drôle de destin quand même pour notre époque moderne, j’espère qu’ils ne sont pas trop nombreux dans son cas, c’est le moyen âge, non ?

— Ça y fait penser Arthur, mais tu sais quand j’étais jeune, avant mon terrible accident, tiens d’ailleurs tu m’excuses, il faut que je me frotte le pieds… le père Arthur releva la jambe de son pantalon

— Tu, vois j’avais huit ans, je voulais plaire à tout le monde, j’étais un môme, un môme pauvre, mes parents ne s’entendaient pas, alors je jouais dans la cour pour essayer de me faire aimer, je jouais dans les champs aussi, et puis un jour à courir comme ça j’ai perdu ma jambe dans un faucheuse… le père Arthur finissait de désangler sa prothèse.

— Ah, c’est le meilleur moment, ça ne me fait plus mal, c’est juste emmerdant comme une chaussure trop serrée, il faut que je la retire par moment et que je puisse me gratter mon moignon comme si c’était mon pied… le père Arthur avait posé son moignon — coupé juste après le genou, ce qui lui permettait de fléchir la jambe —, sur son autre genou.

— Après l’accident, j’ai été pris en charge par une communauté de religieuses assomptionnistes, mes parents étaient vraiment pauvres, il y avait plein de frais pour les soins, elles m’ont élevés, à douze ans je voulais devenir prêtre. Nous ne faisons pas tous de bonnes rencontres, quand c’est pesant à la maison, on veut fuir, c’est commun à tous, je ne supportais pas chez mes parents, la discorde, l’inconfort… Il y a les jeunes qui savent pourquoi ils partent, leurs raisons sont mentalisées, et leur décision réfléchie à l’avance. Dans un deuxième cas de figure, ils n’ont au contraire rien prémédité :  Je ne sais pas ce qui m’a pris; c’était plus fort que moi, je devais partir, disent-ils. Mendes est de ceux là ! Nous allons faire tout ce que nous pourrons, mais toute sa vie sera une errance !

Arthur fut songeur au cours du repas. Un prêtre avec qui le père Arthur gérait cette communauté d’éveil, Patrick Zago, avait mis le nez à la porte de la chambre minuscule du Père Arthur, composée d’un lit une place, d’un petit bureau encombré de papiers pour d’autres et de deux chaises, sa pièce de consultation.

Il les avaient enjoint à venir à table, les stagiaires descendait l’escalier de bois menant aux chambres des étages supérieurs, la grande pièce servant de réfectoire collectif se remplissait des nouvelles que l’on se donne l’un à l’autre en fin de journée entrecoupées de distribution de courrier, à lire après le repas. Quelle différence de jeunes.

Arthur et ses compagnons étaient de nouveaux pionniers, repartant de zéro, avec les expériences des anciens les plus sincères, ils défricheraient à nouveau les terrains des luttes possibles, feraient de leur mieux pour combattre les injustices et construire le visage de ce monde dont tous rêvaient, ces solidarités, ces chances.

Tous avaient baissé les bras et ils arrivaient, jeunes et ébahis devant une tâche immense, peu nombreux et inexpérimentés, pleins d'énergie, l'histoire du local et du bar, et désormais l’USINE de Montreuil avait existé pour démontrer combien il était facile, à peu en définitive, de bousculer l'inertie, de refaire circuler l'espoir.

Chez le père Arthur, ils construisaient tous leur vie, commençaient le rythme paisible des activités répertoriées et encouragées par la société : ceux d’USINE cherchaient tous les moyens de se rendre odieux à cette société et tous ceux qui en faisaient partie, c’est à dire beaucoup de monde, pour certains tout le monde.

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