Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

francmoisin-copie-1.jpg

Le père Arthur de Cachan, c'était toute une rencontre. Il y a quelques mois, Arthur trainait de réunion en réunion et tous tardaient sur les préparatifs d'ouverture du grand squat U.S.I.N.E. de Montreuil. Ce lieu emblématique de la future culture punk-autonome et du rock alternatif n'était qu'un projet.

Durant tous ces temps morts, il fallait survivre et trouver de quoi se nourrir et s'abriter, ne pas dépendre toujours des bons copains, ne pas lasser et ne pas accaparer. Arthur le communiste libertaire, l'Autonome insoumis était devenu ami avec un curé éducateur et le secondait certaines nuits.

Dominique l'avait repoussé. Reine avait fait de même ? Etait-il condamné à vivre en continuelle répétition le rejet et l'exclusion ? Cette source de ses souffrances les plus horribles à supporter. N'avait-il pas d'autre destin, d'autre avenir que de n'être jamais accepté ? Solitaire au milieu des foules, de trop ?

Arthur se souvint de tout. Il avait rencontré ce curé, son homonyme, Rue Sainte-Anne, alors qu'il tentait de s'y prostituer. Il n'avait pas fait un client, il avait rencontré Arthur Hervet, prêtre. Depuis ils cheminaient souvent ensemble. Cela lui donnait un rôle social et une source de revenus.

La lune éclairait les toitures d’ombres arrondies. Qui était-il pour mériter cette vie espérée ? Qu’avait-il donc à proposer de si mirobolant qu’il puisse en obtenir, en juste retour, l’apogée de ses rêves ? Il se désespéra, il n’était rien qu’un crétin, un jeune puceau éperdu devant l'amour de sa vie.

Le Père Arthur chaque mois lui donnait cinq cent Francs de soutien financier en échange d'une soirée d'écoute et d'échange auprès des prostitués masculins de la rue Sainte Anne, un soutien moral, une parole valorisante. Ils venaient tous de se faire expulser de leur squat de Bagnolet par des gros nervis.

Ainsi il aurait dû mettre son amour aux pieds de Dominique Premier, dans les formes chevaleresques définies par les classes guerrières et massacrantes. Il n'avait pas été recalé sur ses qualités intrinsèques d'être humain, d'être noble, d'être juste, mais sur son aptitude à se servir correctement d'une serviette.

Tous les lundis soirs il rejoignait le Père Arthur et Simon, avec certaines ouailles du Père Arthur en plus parfois. Bien évidemment la brigade mondaine eut pour priorité absolue de les mettre tous sur surveillance, dans cette rue où il avait fait la connaissance du Père Arthur, son Premier et dernier client 

Du gouffre ouvert il avait perçu anéanti ses quelques mots depuis ressassés à l'infini tangentiel. Je suis très touchée, je suis désolée, je n'éprouve pas les mêmes sentiments, soyons bons amis ?  Et oui Bons amis ? avait-elle dit. Des bons amis ne s'étant jamais revus sauf une ou deux terribles fois.

Simon prit le temps de répondre, à grandes enjambées il semblait fuir la réalité matinale, il prit son souffle.

   Tu sais Arthur, c'est une histoire particulière entre Mendes et moi, ça fait un an qu'on se connait, c'est un jeune mineur en fugue permanente, depuis qu'il a six ans, il se sauve!

Une terrible fois où Dominique Premier l'avait à peine regardé dans un concert où elle faisait face à trois étudiants le dévisageant de la tête aux pieds. Il lui avait laissé son numéro de téléphone, elle n'avait pas rappelé. Il s'était consolé secrètement démis dans la main de Nora à temps intervenue.

Au plus près possible de Reine. Nora tenait donc la main d’Arthur le soir et une partie de la nuit. Et jamais Arthur n’imagina un seul instant les trésors de patience et de tendresse recelés par ce geste. Dans cette main il se sentait comme un enfant nu dans son pyjama. Il ne voyait pas, cette chaleur suave!

Une direction vers où aller, souffrance balayée, avenir dégagé, certitude de ses envies ! Et qu’était-ce donc ces soirées passées avec Nora et sa sœur Reine, avec toute la bande traînant autour à s’amouracher de Reine ? Comme le Premier imbécile venu, parce qu’elle était belle, il la voulait !

   C'est un môme qui a besoin d'être aidé, c'est moi qui m'en occuperait.

   Ouais, Simon, mais ce n'est pas cela le problème, il faut que nous en parlions, on avait dit pas de mineur la nuit à U.S.I.N.E.

   Mais là le môme serait confié par un juge.

   Il faut leur en parler.

   Bon, de toutes façons ce n'est parce que nous en avons déjà parlé au collectif, ce n'est pas la même affaire en effet, mais il faut demander aux autres de toutes façons, et je veux en parler moi-même au père Arthur, je passerai le voir à sa communauté de Cachan, savoir ce qu'il en pense.

   O.K., c'est bon…Mais je te raconterais tout ce que je sais, par petits bouts, parce que c'est long et un peu compliqué, on ne se connait pas encore beaucoup.

Simon et Arthur avaient été mis en contact par le père Arthur. Simon avait été rue Sainte Anne également, beaucoup plus loin qu'Arthur.

Arthur ne s'était pas sentit de taille. Dominique Premier lui avait aussi parlé de son courage lorsqu'il avait quitté le lycée, interrompu ses études. Elle venait de courir et de se jeter dans ses bras. Oh cette unique caresse, cette intense bouffée chaleureuse l'avait noyé, englouti, puis avait reflué.

Et il s'était retrouvé seul avec son courage. De tout le lycée, il avait été le seul à ne pas supporter de participer à la construction d'un monde de massacre et de domination. Il ne voulait pas suivre ces études pour devenir un gestionnaire de l'ignominie générale qu'il condamnait. Il refusait.

Depuis sa discussion matinale avec Simon, Arthur s'était chargé d'un nouveau dossier, mais il ne parvenait pas à se représenter ce que pouvait être le destin possible de Mendes, ni même pas à se représenter ce que pouvait être sa réalité, ce môme vivait dans la rue la majeure partie du temps.

Alors en début d'une après midi d'après cette nuit, Arthur avait pris place à la terrasse d'un petit bistrot Dionysien. D'après les indications de Simon, la Maman de Mendes habitait non loin, dans une des ruelles rescapées de la résorption de la « petite espagne », ancien bidonville des années 1970.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article