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Publié par Christian Hivert

bienDe tous les désirs humains couramment entrevus, un seul semblait commander toutes les démarches, se mêler dans toutes les attitudes, se fondre dans toutes les aventures, s’imbriquer dans tous les espoirs :

le désir de paraître aux yeux du monde, la mégalomanie, la lâcheté de l’orgueil, l’illusion d’être indispensable à quelque chose !

 

 

Même en songeant à en sortir, à s’en échapper, à s’en extraire, toutes les capacités talentueuses et ordinaires d’un individu se soumettaient à cette conduite primitive et animalière, quelles que soient les orientations prises et les priorités d’une vie, rien n’échappait, rien n’avait jamais échappé à cela :

 

 

combattre pour exister, se croire le seul, l’unique, même imperceptiblement, même sans en avoir conscience, misérablement englué dans des fantasmes de grandeur et chacun en fonction de ses possibilités désirant être plus, en avoir plus, accéder à l’infâme privilège de se croire meilleur qu’un autre, d’avoir mieux compris, de se croire plus efficace, de s’imaginer avoir fait de meilleurs choix !

 

 

 

Et Miro, sa bière ouverte à la main, qu’il n’avait pas encore bu, se creusait indéfiniment les méninges. Il avait beau se dire que si cette impulsion venue du fond des âges n’existait pas, ils n’auraient aucunement la possibilité ou la volonté de vouloir progresser.


Comme si c’était la conséquence adaptée à l’espèce humaine de l’instinct de conservation naturel à toutes espèces vivantes. Mais alors, dés qu’ils se mettaient en mouvement pour tenter de bâtir une force de renversement de la domination existante, ils se condamnaient à faire progresser une nouvelle force de domination, sous une autre forme !

 

Et alors, comment stopper cela ? Etait-ce possible ? Etait-ce pensable ou souhaitable ?

 

Ne serait-ce pas la mort ? S’il appliquait cela à lui-même et à ses compagnons, ils se condamnaient à subir les délires de domination des autres , Ils n’allaient tout de même pas s’extraire du monde, comme ces sectes que Télé-bidon1 montrait dans ses reportages.


Il fallait bien agir, être présent dans le monde. Mais au nom de quoi, au nom de quel idéal supérieur pouvaient-ils se permettre de vouloir changer le monde ? S’ils y parvenaient, ne feraient-ils pas pire ?


L’histoire était parsemée de ces révolutions qui avaient détruit un ancien pouvoir pour en installer un autre, tout aussi barbare, que le précédent la plupart du temps, avec se cohortes d’exploités sucés au sang par des poignées de privilégiés.


Déjà, rien que dans son petit groupe, il lui fallait faire une guerre constante et sans merci aux appétits des uns et des autres afin que personne ne puisse dire qu’ils ne visaient que leur intérêt personnel. Et par rapport au reste de la bande, il était hors de question de toucher aux privilèges établis des anciens lieutenants d'Emile

 

 


La complexité du problème l’envahissait et le désarmait. Il fallait quand même bien croire que son idéal était meilleur que le monde dans lequel il était. Il fallait quand même bien que cette société sans classe et sans exploitation, il combatte chèrement pour l’installer un jour, au moins pour préparer sa venue !

 

Mais s’y prenait-il correctement ? Ce qu’il organisait lui paraissait logique et efficace, ses compagnons le suivaient, en étaient convaincus, leur lutte était juste et leur manière de faire également !

 

Alors pourquoi ces questions et ces atermoiements ? Qu’est-ce qui clochait ? Pour le moment, il n’y avait pas vraiment le choix ! Ils n’étaient vraiment libres ni les uns ni les autres !


Ils étaient assujettis à des règles de survie comme tout un chacun, et il leur fallait utiliser des méthodes dont ils souhaitaient la disparition. Le premier et le seul objectif du moment était le renversement du processus.


Quels que soient les moyens utilisés, rien ne pouvait se construire de positif ou de nouveau dans les normes actuelles. C’était même la seule chose dont, après de nombreuses expériences et réflexions, il soit à peu près sûr !

 

 

Mais en même temps et parallèlement, il fallait donner vie, engendrer, imaginer les nouveaux comportements, les nouvelles normes de solidarité humaine qui permettraient la construction de ce monde sans classe tant attendu !

 

Tout en continuant d’utiliser des méthodes de coercition, de lutte, de pouvoir, de domination qui, seules, permettraient de vaincre. Comment ne pas s’y perdre ? Ne serait-il pas tentant de récupérer les privilèges à leur compte ? l’occasion faisait toujours le larron !


Comment pouvait-il être sûr qu’une fois le processus détruit, les guerriers victorieux n’en profiteraient pas, une nouvelle fois dans l’histoire humaine, pour se servir et établir un nouveau pouvoir ? quels pouvaient être les moyens de contrôle et de maîtrise collective ?


Il y avait eu tant d’échecs jusqu’à présent. Non décidément, cette mégalomanie et cet orgueil humain, qu’il connaissait pour les sentir en lui, avaient des racines trop profondes dans leur matière organique !

 

 

Et pourtant il fallait bien avancer, proposer quelque chose !

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