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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

beaubourg insoumis

Que pouvait donc bien construire Mendes, mis au banc de toutes les qualifications nécessaires à l'exercice d'un métier ou d'une occupation, exclu des réseaux de socialisation ordinaires aux enfants de son âge, il avait pour préoccupation de toujours revenir à la maison où il n'était pas attendu.

Le squat U.S.I.N.E. et ses occupants ou animateurs réguliers formeraient ils de manière informelle un embryon de projet alternatif pour la construction de sa vie future, avait il déjà suffisamment de ressources personnelles pour s'en emparer comme d'une opportunité nouvelle, ou bien comparer ?

Combien d'entre eux étaient ils prêts en toute conscience à détourner leur attention habituelle sur le gringalet mal grandit nommé Mendes, qui ricanait sans vraiment parler, qui regardait de loin sans jamais s'approcher, quelle place lui ferait-ils dans leur quotidien ? Arthur n'était pas sûr, il fallait convaincre.

Le mouvement punk est tout entier marqué au sceau de la violence, qui apparaît notamment lors des concerts, impressionnants par l'énergie qu'ils mettent en jeu, par la haine de ce qui est chanté, par le volume du son, par les rapports de conflit qui semblent exister entre spectateurs et musiciens.

Les paroles des chansons sont un appel à I ‘insurrection permanente, à la destruction de la société. Les jeunes punks de l'U.S.I.N.E. cultivaient une haine massive et exubérante à l'égard de tout ce qui pouvait représenter une norme ou une autorité, ils étaient souvent fatigants, se trompaient d'ennemis.

Ils semblaient être des adolescents n’ayant jamais connu de limites, fugueurs et rebelles par incapacité de supporter les frustrations de la vie adulte intégrée, ces privations ordinaires subies par leurs parents et tous ceux qui leur ressemblent, en échanges des plaisirs fades de la consommation organisée.

Bien peu avaient un discours de construction collective, ils voulaient vivre l'éclate en permanence, écouter la musique qu'ils aiment à en abasourdir toute vie avoisinante, entrer sans payer aux concerts des copains, respirer des solvants forts pour ne plus être sur la même planète que tous ces soumis.

Dans quelle promiscuité avec ces punks en posture de rébellion Mendes allait-il se trouver ? Et dans quelle case allaient–il le ranger, ne pouvant le relier à aucun membre d'aucune bande fréquentée ? Allaient-ils l'exclure, allaient-ils le considérer comme un étranger ? Certains l'avaient regardé de haut.

Mendes encore là, au cœur des zones de révolte contre les injustices, risquait fort de ne pas être accepté, il leur était trop différent, tout ceci revenait à se demander quelle était la demande et qui la formulait, donc penser que Simon réclamait une chambre à l'U.S.I.N.E. pour se consacrer à son protégé.

Arthur pouvait-il couvrir cela, avec l'assurance du juge pour enfants, il n'était plus responsable, c'était sous l'autorité du père Arthur et du juge, il n'était qu'une personne digne de confiance, le môme devait habiter avec lui, ni plus ni moins, et il habitait U.S.I.N.E., Maria restait la mère, avait les droits.

Le père Arthur faisait office de substitut parental, et Simon faisait l'éducateur sauvage plus ou moins grand frère, les services des éducateurs de la protection judiciaire auraient alors le temps de trouver une solution, un placement d'où le jeune Mendes ne déguerpirait pas, enfin stabilisé, soutenu.

Arthur vit la camion de Simon se garer dans la rue, il l'attendit, puis ils se commandèrent deux nouvelles Sagres, l'air était frais, le soleil chaleureux et Arthur sentait la ouate douce de l'alcool l'envahir, il ne manquait plus que le petit pétard pour flotter tranquillement dans les aléas du monde abhorré.

En général Simon avait tout ce qu'il fallait sur lui, le pétard était sans doute déjà prêt dans sa poche, dès qu'ils sortiraient du bistrot ils fumeraient tranquillement le long du canal tout en se dirigeant vers la masure de Maria, maman de Mendes. —

— Salut Simon !

— Salut la révolution, ça gaze ? il s'en amusait.

—Dis donc, j'ai le camion pour tout le week-end.

— Ah oui, c'est intéressant…tu penses à quoi ?

—  Boh on verra, des petits déménagements, je suis passé à la Courneuve… j'ai un bout…

La Courneuve c'était la cité des quatre milles, plaque tournante du deal de cannabis en demi gros, plus rentable.

Les jours à venir étaient donc assurés et Arthur pourrait noyer l'incertitude permanente qui le minait dans un foisonnement d'activités hétéroclites et dérisoires, il avait hâte de rencontrer Maria, hâte de fumer un pétard, hâte de tromper son ennui, hâte de se perdre dans une conscience mollissant.

Lorsque rien ni personne ne venait le solliciter et le forcer à agir, ne serait-ce qu'en suivant, Arthur présentait de forts troubles de sa capacité à agir, il ne parvenait à prendre des décisions, il lui fallait les opportunités, des hasards, lancer souvent une pièce en l'air dont le sens de la retombée l'orienterait.

Dominique lui avait dit un jour :

   Les êtres que l'on aime, on n'a pas besoin de les fréquenter, ils sont là en nous et l'amour est si fort que l'on sait être en eux et cela nous suffit.

Arthur se demandait quelle place il occupait dans la conscience de cette Dominique là, pensait elle à lui, se souvenait elle ?

Arthur sans cesse se demandait quel était son rôle, si les changements souhaités de la société et des comportements humains seraient au rendez-vous, s'il était apte à faire progresser cette idée générale de transformation sociale pour l'épanouissement de tous, ne perdait il pas son temps ?

   Où est tu Dominique ? Qu'est-ce que je fais là ? A me préparer à m'occuper d'un gamin alors que je ne sais m'occuper de moi même, je traine mes guêtres en tout sens et je me perds, mes dialogues sont imaginaires.

 Dominique mettait à l'épreuve sans cesse, jouait avec les mots, espiègle, lançait des défis, des joutes enjouées.

Tromperait elle les êtres chers qu'immanquablement elle allait rencontrer et attirer à elle ? Elle avait un art consommé de mise en déroute d'autrui, des remarques à brûle pourpoint, sans laisser le temps de la réflexion, ni d'une réponse, elle tournait les talons, disparaissait, le laissant désorienté et floué, seul.

Elle devait y passer un temps fou, les préparer longtemps, les tester, peut-être les plagier, c'était toujours sans rapport, elle se demandait souvent ce que l'on avait à se dire d'original. Elle appuyait sur le mot original. Son inspiration venait des Shadocks, parce qu'ils cherchaient. Papa était chercheur.

Elle savait déjà ce que serait sa vie. Pas d'attaches sentimentales, des études et une carrière, elle voulait être cheffe, et chercheuse comme Papa.  

— A trente ans je me fais faire une fille, mais son père ne devra pas s'en occuper, et le deuxième enfant à quarante ans, cela me rajeunira. tout était inventorié.

Arthur sentait bien qu'il n'avait pas sa place dans le dispositif de l'adolescente lui avouant sa sensibilité émotive à l'écoute d'une voix d'homme Italien. Arthur voulait bien apprendre à parler Italien.

   Mais non, t'es bête, ça ne serait pas pareil, ça ne marcherait pas. elle aurait un mari Italien, un fils.

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