Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

francmoisin.jpg

C'était là qu'il se sentait le mieux. Après ces efforts, il souriait de nouveau à l'avenir de la vie. Il était sur les toits de la ville. Personne ne l'avait vu, personne ne le verrait. Et Dominique Premier, moqueuse comme à son habitude, lui fit part de ses réflexions les plus profondes. Il va falloir redescendre.

Que pouvait-il s'être passé depuis ces moments de si chaleureuse connivence ? Quand le jeune corps de Dominique se collait au sien dans un moment d'émoi partagé et d'échange complice. Cela n'avait jamais été plus loin. Arthur tenait compte de l'immaturité de la fillette, attendait qu’elle soit prête.

Il lui fallut enjamber une petite corniche pour aboutir à une terrassette nue, en vrac d'habitation. L'escalade au toit supérieur fut un jeu de maternelle et les toitures furent en zinc plus facilement marchables sous ses pieds. Il fallait vite trouver le passage intérieur le ramenant au magasin abandonné de la rue.

Elle prétendait, était-ce vrai, sortir avec des garçons plus âgés. Arthur attendait, avait attendu qu'elle se trouve disponible pour lui, avait supporté de la voir embrasser sous son nez le prétendant du moment, l'avait laissé le caresser, se presser sur lui, avait attendu d'être aimé enfin, elle s’était détournée, moqueuse.

Simon s'impatientait. Ils se parlèrent à voix basse, l'affaire était tranquille. Il fallait un peu de temps pour explorer les possibilités aériennes. Arthur se mit en chasse. Un Velux à demi ouvert lui barra la route. Il y mit le nez en le renversant et vit juste dessous deux corps nus copulant, ce n’était pas par là

    Excusez moi.

   Tout rapport humain est d'essence sadomasochiste avant tout. l'avait un jour apostrophé Dominique Premier au détour d'un couloir du lycée.

   J'aimerais être une mante religieuse, elles dévorent leurs amants.avait-elle ajouté. Il n'avait rien répondu, surpris. Se moquait-elle ? Il n'avait pas avoué.

Maintenant il ne fallait plus traîner. Les deux amoureux nocturnes savaient sans doute faire le dix-sept et les lumières bleues reviendraient l'interrompre dans son périple. Il se devait d'être vigilant et rapide. Il rampa jusqu'à l'autre bout du toit à l'aplomb de la rue et vit enfin le passage magique.

De toutes les barrières infranchissables tenant Dominique Premier au loin d'Arthur la plus difficile était le choix qu'elle-même avait fait, le rejetant dans les limbes de l'existence niée, sacrifié au bénéfice d'une réussite sociale future, le pensant inapte aux usages des mondanités des salons escomptés.

Cette petite boutique était une véritable aubaine. Le petit appartement au bout de l'escalier de bois était spacieux et tout à fait en bon état. L'état général de vétusté indiquait plusieurs années d'inoccupation. La boutique regorgeait de bouteilles de vins fins et d'alcools de qualité, les clés étaient au sol.

Toujours au détour de l’un de ses couloirs magique de sa mémoire, Dominique presque enfantine à force de jouer les grandes, ses cahiers serrés sur sa poitrine déjà développée lui confiait malicieuse: Les gens de milieux différents ne peuvent s’aimer vraiment, il y en aura un qui souffrira forcement !

Arthur huma les odeurs d’abandon et de vieilles poussières, fit un rapide inventaire des yeux et calcula, cela pourrait bien faire un logement pour un célibataire ou un couple, la boutique sur rue était non loin du marché de la Croix de Chavaux, emplacement idéal pour un petit local politique.

Le souvenir malheureux de cette Dominique Premier, elle avait ri aux éclats en réponse à sa maladroite lettre de déclaration, vint à nouveau le percuter. S'il en était toujours ainsi ? Que ce qu'il souhaite le plus au monde s'éloigne de lui à jamais, à chaque respiration, chaque pas ? Non, il était perdu.

Dix minutes plus tard il était dans la rue avec les clés de la boutique dans la main. Simon lui souriait.

   On va chercher des sacs ?

    Non, il vaut mieux revenir de plein jour, on a les clés, il vaut mieux filer, j'ai dérangé deux amoureux par un velux, les dulles ne devraient pas tarder, filons par les petites rues.

Dominique Premier vivait l'aventure en direct, elle se fit calme et lisse.

   T'es gonflé quand même, vous allez pouvoir vous bourrer la gueule, tu vas encore pouvoir faire le héro, hein !

   Que veux tu, il faut bien fédérer ?

   Oui, bien sûr, voyons, à grand coup de lampettes !

    Bon c'est cela, fais tes études.

Simon l'apostropha :

   Une bonne nuit en perspective, allons plus loin, j'ai le camion de livreur de mon patron!

   Ah bon, c'est bientôt l'heure d'aller se servir en légumes frais et en packs de bières.

De quatre à six heures un certain nombre de livraisons étaient laissés sans surveillance sur les trottoirs.

Cette Dominique Premier n'avait trouvé à s'exprimer que dans le compétition, le challenge, l'affrontement permanent, la non confrontation, la non coopération, la collaboration rampante avec les puissants et les médiocres, rien pour les richesses individuelles, tout pour les manipulations de pouvoir.

Elle avait fait fi depuis longtemps de ses jeunes idéaux de justice et de respect de l'autre. Elle avait fait le choix, puisque son mensuel favori Actuel disait que c'était mieux, beaucoup moins ringard, de faire parti des forts et que les faibles en crèvent. Elle était pour la compétition, le chalenge, la gagne.

Les compétitions même sportives étaient faussées depuis l'aube des temps. Cela elle ne voulait en être consciente, elle ne voulait en entendre parler. Arthur comprenait en fait la raison de sa féroce exclusion, les vainqueurs trichaient, ne respectaient aucune coutume, pillaient, massacraient.

Voilà pourquoi Arthur ne pouvait définitivement plus figurer dans son entourage. Le choix était simple, fi de l'affection, fi de toute gentillesse, elle avait revêtu son armure de guerrière sans âme ni principe que celui de gagner par tous les moyens de sa grâce naturelle. Arthur eut tout gâché comme un pauvre.

   T'en penses quoi de Mendes ?

   Mendes ?

   Oui, Mendes le jeune portugais avec qui je suis venu cet aprèm…

   Ah ! Beh, je ne sais pas moi, il n'a pas l'air embrouilleur, mais c'est un mineur, tu sais bien qu'on en a tous discuté à U.S.I.N.E., il n'y a pas longtemps, et qu'on faisait gaffe aux mineurs.

   Oui mais là ce serait différent, on le prendrait en charge complètement, j'en ai parlé avec le Père Arthur, il dit qu'il suffit d'aller voir un juge pour enfants à Bobigny, que lui connait, à U.S.I.N.E., il faut juste qu'il ait sa piaule à lui, pour lui tout seul.

   Mais quel âge il a, il fait super mino ?

Commenter cet article