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Publié par Christian Hivert

statue-ile-de-paque-mouchoir.jpgLa soirée de bilan de cette opération fut festive comme à l’habitude, ceux qui y participèrent, ceux qui observèrent de loin et commentèrent, ceux qui trouvaient cela gonflé ; aux informations de la toute nouvelle troisième chaine on voyait nettement les ménagères s’éloigner dégoutées et portant leur mouchoir au nez.

Dans une esclaffade victorieuse tout l’attroupement usuel de l’USINE — pour une fois réuni devant le vieux téléviseur récupéré d’un trottoir parisien et réparé par un militant bricoleur de la commission-prison-repression — salua l’arrivée du leader borgne sur sa grande estrade, devant des premiers rangs physiquement écœurés.

Les nouvelles des autres groupes parvinrent peu à peu et complétèrent les chiches information du journal télévisé : certains avaient tenté de bloquer le départ des bus collectifs véhiculant le public de cette fête depuis le terminus de métro parisien, d’autres avaient récupéré sur les stands toutes les adresses des soutiens du borgne.

Les charcutiers et autres producteurs financeurs de ce regroupement politique haineux verraient leur nom sur une longue liste publiée par une toute nouvelle revue antifasciste REFLEX, il semblait à Arthur que seules les maigres forces autonomes continuaient de mener les combats menés avant par toute l’histoire du monde ouvrier.

Même pour les insoumis au service national emprisonnés, il n’y avait eu en soutien que les troupes commençant à se fédérer autour des « Béruriers Noirs », les insoumis concernés encore en liberté dont faisait partie Arthur et quelques punks et skins adolescents : derniers insoumis au service de la bourgeoisie et de sa guerre planétaire.

Le « foutage de bordel chez les bourges » était presque un sport à cette époque, un acte militant. Chez les « artistes/bourgeois de gauche » — engeance devenue très en vogue à partir de mai 81 — il était presque indispensable d'avoir « un ami Punk ». Les Punks les méprisaient largement plus qu'ils n’étaient regardés de haut.

Et puis surtout un Punk ça ne débarque jamais tout seul : au mieux ils se pointaient à quatre ou cinq, au pire à plus de dix, cherchant le moyen de picoler gratos, d’épater les filles — ils n’étaient pas tous très fins —, peut être même des trucs à chouraver — certains en faisaient leur gagne pain régulier —, des plans pour faire profiter les potes.

La dernière “incruste” de ce style dont Arthur avait entendu parler, de dix bouches inventives différentes, s’était déroulée à Versailles où ils avaient débarqué à une dizaine, l'époque ou Helno — future vedette des « Négresses Vertes » — zonait encore avec ses amis des bandes de punks ; des fois ils n’étaient pas invités.

Ils « tapaient l'incruste » alors :

— C'est Michel et Bertrand qui nous ont invités…

Puis l'alcool et le speed aidant ils avaient tout défoncé, ils s’étaient battus avec les vrais invités, puis ils avaient fui en entendant les sirènes arriver devant le pavillon cossu. Ils passèrent le reste de la nuit, planqués, dans une école maternelle à attendre les Premiers métros…

Parfois cela se soldait par des arrestations, parfois cela se finissait en nocée tardive à l’USINE, tous autour des victuailles et des boissons, à commenter divers exploits ; ce fut à un de ces moments d’ivresse et de piraterie collégienne que l’on entendit parler de nouveau de Mendes, placé depuis trois semaines chez des fermiers de l’Oise.

Il déboula sans crier gare au beau milieu d’un déballage de sacs à dos — petits, discrets et très pratiques, pour transporter les maigres butins d’une journée de « tchoure » — ; une bande de punks faisait l’inventaire du goûter pillé quelques instants plus tôt dans une boum, lorsque l’attention générale se porta sur Mendes, venant d’entrer.

Il était hilare, tous lui faisaient la fête ; il venait de s’enfuir de la ferme en volant le cyclomoteur d’un des enfants de la famille d’accueil, après leur avoir dérobé leurs tirelires : ce fut le héro du jour, adoubé par les plus âgés, son destin promettait, Arthur était effondré, ils n’aspiraient donc à rien d’autre ? Des petits bandits sans utilité.

Le téléphone sonna et Arthur se précipita :

— Oui… oui… père Arthur, il vient juste d’arriver, il a volé le cyclo des gamins, ah tu sais déjà ; ben oui ils t’ont appelé dès qu’ils l’ont su… bon ok, je t’attends.

Cachan n’était qu’à un quart d’heure de route à cette heure là : la famille d’accueil venait rechercher le petit et le reprendre comme si de rien n’était, ils n’étaient même pas en colère, ils comprenaient. Mais Mendes resta juché sur le toit de l’USINE, la tête dans les épaules, insensible à toutes les propositions ; il ne voulait pas être accueilli.

 

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